À Yaoundé, la pollution de l’air devient un problème de santé publique de plus en plus préoccupante. Les résultats des capteurs de qualité de l’air disséminés dans la ville révèlent que les niveaux de particules fines PM₂.₅ continuent de dépasser les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les particules microscopiques, issues principalement des gaz d’échappement, des feux de cuisson au bois et du brûlage de déchets, pénètrent profondément dans les voies respiratoires et le système sanguin, provoquant une série de troubles respiratoires et cardiovasculaires.
Depuis quelques temps, plusieurs rapports d’experts environnementaux et sanitaires font état d’un pic inhabituel de maladies respiratoires dans les hôpitaux publics et privés de la capitale. Asthme, bronchites chroniques, infections pulmonaires et hypertensions sont fréquemment rapportés par les services de pneumologie. Selon les médecins du Centre hospitalier de Jamot et de l’hôpital central de Yaoundé, les enfants et les personnes âgées sont les plus exposés. Une tendance jugée « extrêmement inquiétante » par les épidémiologistes.
Les principales sources de cette pollution sont bien identifiées. Le trafic routier, avec un parc automobile ancien, mal entretenu et majoritairement fonctionnant au diesel, représente près de la moitié des émissions de particules fines. À cela s’ajoutent les milliers de foyers domestiques qui utilisent encore le bois ou le charbon pour la cuisson, ainsi que le brûlage à ciel ouvert de déchets ménagers dans les quartiers non desservis par un système de collecte efficace. Plus de 60 % du réseau routier reste non bitumé, ce qui favorise aussi la remontée de poussières fines dans l’air, particulièrement en saison sèche.
En réponse à cette situation, la mairie de Yaoundé et le ministère de l’Environnement ont récemment engagé des actions pilotes. Des capteurs mobiles sont déployés sur des taxis, tandis que des campagnes de sensibilisation ont été organisées dans les écoles et les marchés pour alerter sur les effets de la pollution de l’air. Une « Semaine de la qualité de l’air » a également été initiée pour tester la piétonnisation temporaire de certaines avenues très fréquentées, notamment celle de Kennedy, avec des résultats encourageants sur la baisse locale de la pollution.
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Cependant, ces efforts restent insuffisants au regard de l’ampleur du problème. Des experts plaident pour un renforcement des contrôles techniques des véhicules, la promotion de carburants moins polluants, la généralisation de l’usage du gaz de cuisine, et surtout une stratégie ambitieuse de verdissement urbain. Le ministère de la Santé, de son côté, travaille à la mise en place d’un registre de suivi des maladies liées à la pollution de l’air, pour améliorer la prise en charge des patients exposés.
L’enjeu de santé publique est d’autant plus important que la pollution atmosphérique ne touche pas uniquement l’environnement mais constitue désormais une cause non négligeable de morbidité en milieu urbain. À l’heure où Yaoundé s’étend et se densifie rapidement, le défi est de construire une ville respirable et durable, en mettant la santé au cœur des politiques de mobilité, d’urbanisme et d’aménagement. C’est à cette condition que la capitale camerounaise pourra protéger efficacement sa population contre les effets invisibles mais dévastateurs de l’air vicié.
Mireille Siapje













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