La Journée mondiale de l’hépatite, célébrée chaque 28 juillet, sert de rappel fort d’une menace sanitaire souvent ignorée qu’est l’hépatite. Au Cameroun, le taux de prévalence avoisinant les 12 % est un signal d’alarme, mettant en lumière l’urgence d’actions concertées pour endiguer la progression de cette maladie dangereuse.
L’hépatite n’est pas une maladie unique, mais un groupe de maladies inflammatoires du foie. Les virus de l’hépatite A, B, C, D et E sont responsables de ces infections, chacun ayant ses particularités en termes de transmission, de symptômes et de gravité. Cependant, l’hépatite B et C se distinguent par leur potentiel particulièrement dangereux. Ces deux formes virales sont responsables de la majorité des cas d’hépatite chronique, de cirrhose et de cancer du foie, des complications souvent mortelles.
La facilité de transmission de ces virus est un facteur aggravant. L’hépatite B se transmet par contact avec du sang contaminé (partage de seringues, rapports sexuels non protégés, transmission mère-enfant lors de l’accouchement), par voie sexuelle et même par la salive. L’hépatite C, quant à elle, se transmet principalement par contact sanguin, notamment par le partage de matériel injectable. Ces modes de transmission touchent particulièrement les jeunes, souvent moins informés sur les risques et les moyens de prévention. Le fait que 9 % des femmes enceintes au Cameroun soient atteintes d’hépatite souligne l’importance de la prévention et du dépistage prénatal.
L’hépatite se caractérise souvent par une absence de symptômes apparents, surtout dans les phases initiales de l’infection. La plupart des personnes infectées par le virus de l’hépatite B ou C ignorent leur état pendant des années. Ce silence est l’un des principaux obstacles à la lutte contre la maladie, car un diagnostic précoce est nécessaire pour enrayer sa progression. Lorsque des symptômes apparaissent, ils peuvent être confondus avec d’autres affections, ce qui retarde encore le diagnostic. On peut observer de la fatigue, des douleurs abdominales, une jaunisse (jaunissement de la peau et des yeux), des nausées et des vomissements.
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Cependant, l’absence de symptômes ne signifie pas l’absence de danger. L’hépatite chronique, si elle n’est pas traitée, peut évoluer vers une cirrhose du foie, une maladie grave qui provoque une cicatrisation progressive et irréversible du foie. La cirrhose, à son tour, augmente considérablement le risque de cancer du foie, une maladie souvent fatale. Le chemin vers la cirrhose et le cancer du foie peut s’étendre sur plusieurs décennies, soulignant l’importance d’un diagnostic précoce et d’un traitement adapté.
Le taux de prévalence de l’hépatite au Cameroun est alarmant, et l’ignorance qui entoure cette maladie représente un défi important. La sensibilisation des populations est primordiale pour encourager le dépistage et la prévention. Il est indispensable de diffuser des informations fiables et accessibles sur les différents types d’hépatite, leurs modes de transmission et les mesures de prévention à prendre. L’éducation sexuelle, la promotion de pratiques de santé sécuritaires (utilisation de seringues stériles, pratiques sexuelles protégées), et l’accès à des tests de dépistage abordables et faciles d’accès sont essentiels.
À l’occasion de la journée mondiale de l’hépatite, plusieurs initiatives ont été prises au Cameroun pour sensibiliser les populations et promouvoir le dépistage. Des campagnes de dépistage gratuit ont été organisées dans plusieurs hôpitaux à travers le pays, offrant aux populations la possibilité de connaître leur statut sérologique et de bénéficier d’un accompagnement médical approprié en cas de diagnostic positif.
Marcus DARE
INTERVIEW
« Campagne de dépistage des hépatites au Centre Hospitalier Régional : MAINA TOUMPIM fait le bilan »

Quels sont les objectifs de la campagne de dépistage des hépatites ?
Notre objectif est de sensibiliser la population à l’importance du dépistage des hépatites B et C, qui sont les plus dangereuses. C’est le premier pas vers une prise en charge efficace. Nous voulons aussi toucher en priorité les femmes, car notre hôpital a une vocation particulière dans ce domaine, tout en accueillant bien sûr tous ceux qui souhaitent se faire dépister. »
Comment se déroule la campagne jusqu’à présent ?
La campagne se déroule dans d’excellentes conditions. Le matériel nécessaire est disponible et nous constatons un fort engouement de la part de la population. Au premier jour, nous avons déjà enregistré plus de 40 personnes. Nous espérons atteindre au moins 250 dépistages d’ici la fin de la campagne. »
Quelles sont les perspectives pour les personnes testées positives ?
Pour les patients dont le résultat est positif, la prise en charge est assurée. Ils sont orientés vers un médecin référent qui s’occupe du suivi et prescrit des examens complémentaires, comme la charge virale. Pour encourager les gens, nous avons mis en place une réduction de 30 % sur les frais de ces examens, ce qui rend le dépistage et la prise en charge plus accessibles.
Qu’est-ce que l’hépatite et pourquoi sa prévalence augmente-t-elle ?
L’hépatite est une inflammation du foie causée par un virus. Il existe quatre types principaux : A, B, C et D. Les hépatites B et C sont les plus mortelles, d’où notre focalisation sur leur dépistage. L’augmentation de la prévalence s’explique par la forte contagiosité de l’hépatite B, les modes de transmission et les habitudes qui facilitent sa propagation.
Quels sont les modes de transmission et les symptômes ?
Les modes de transmission sont multiples : de la mère à l’enfant, par contact avec des objets souillés, par des rapports sexuels non protégés, ou encore via le sang lors de transfusions non sécurisées ou de tatouages réalisés avec du matériel non stérile. Les premiers symptômes, souvent asymptomatiques, apparaissent généralement entre deux semaines et six mois après la contamination. Ils incluent un jaunissement de la peau et des yeux (ictère), des urines foncées, une fatigue intense, des nausées, des douleurs articulaires ou une décoloration des selles. Ces symptômes sont identiques chez l’homme et la femme.
Quelles sont les complications et les moyens de prévention ?
Sans dépistage ni prise en charge, l’hépatite peut évoluer vers une cirrhose du foie, un stade terminal où les traitements sont malheureusement inefficaces. Le principal moyen de prévention est la vaccination contre l’hépatite B. Le vaccin, introduit dans le programme de vaccination des enfants nés après 2008, offre une immunité de dix ans. Ceux nés avant cette date doivent se faire tester et vacciner pour se protéger et éviter de contaminer les autres. Le vaccin est disponible au CHR et dans d’autres pharmacies, à des coûts variables.
Pouvez-vous nous présenter le service de laboratoire du CHR ?
Notre laboratoire est doté d’une unité de biologie moléculaire de pointe. Grâce à la pandémie de Covid-19, le gouvernement a équipé plusieurs hôpitaux de matériel permettant de réaliser des tests PCR. Nous disposons d’équipements de dernière génération, comme deux extracteurs automatiques capables de traiter 96 échantillons en 40 minutes, et des séquenceurs génomiques, dont un Illumina Nexec, le seul de ce type dans la région.
Quels types d’examens réalisez-vous ?
Nous effectuons de nombreux examens de diagnostic : les charges virales des hépatites B et C, les PCR pour la Covid-19 et la Chlamydia, le génotypage de l’hépatite C, ainsi que du séquençage génomique pour la surveillance des variants du virus de la Covid-19. Nous prévoyons également de commencer à réaliser les charges virales du VIH. L’avantage pour la population est que ces examens sont désormais réalisés sur place, alors qu’il fallait auparavant envoyer les échantillons à Yaoundé et attendre des semaines pour les résultats.
Quel message souhaitez-vous adresser à la population ?
Nous souhaitons informer la population de Garoua et des environs que le laboratoire du CHR est équipé d’un matériel de pointe pour tous leurs diagnostics biologiques. Les coûts sont abordables et les délais de rendu des résultats sont très courts. Nous sommes prêts à les accueillir et à leur fournir des services de qualité pour tous leurs besoins en matière de santé.
Propos recueillis par Marcus DARE















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