La lutte contre la malnutrition aiguë modérée s’intensifie. Ce jeudi 20 novembre 2025, grâce à un projet conjoint de Plan International Cameroun, du Programme alimentaire mondial et du ministère de la Santé publique, fondé sur l’utilisation de produits locaux, les mamans apprennent à préparer la bouillie enrichie, dite « bouillie 5 étoiles », un traitement de douze jours qui redonne espoir dans l’une des régions les plus pauvres du Cameroun : l’Extrême-Nord.
Dans le village de Mokong, au cœur du Mayo-Tsanaga, une dynamique nouvelle s’installe dans la lutte contre la malnutrition aiguë modérée. Ici, les mamans ne sont plus de simples bénéficiaires : elles deviennent actrices de la prise en charge nutritionnelle de leurs enfants. Grâce à une initiative menée par Plan International Cameroun, en partenariat avec le ministère de la Santé publique et le Programme alimentaire mondial, les femmes sont formées à préparer la « bouillie 5 étoiles », une recette locale enrichie qui utilise exclusivement des produits disponibles dans la communauté.
Dans cette région marquée par la pauvreté chronique et l’insécurité alimentaire, cette approche simple et accessible apparaît comme une véritable bouffée d’oxygène. Les conflits, la sécheresse et les faibles récoltes rendent difficile l’accès à une nourriture suffisante et nutritive. Cette situation entraîne une malnutrition aiguë chez les tout-petits, mettant leur santé et leur développement en danger. Christelle Avamba, mère bénéficiaire, témoigne : « Avant, je ne savais pas comment composer une bouillie complète pour mon enfant. Aujourd’hui, j’ai appris à utiliser ce que nous avons à la maison pour lui redonner des forces. » Ce témoignage illustre l’impact concret d’une formation qui redonne confiance aux parents, souvent démunis face à la malnutrition.
Selon les équipes sur le terrain, la maîtrise de cette bouillie enrichie n’est pas seulement un apprentissage technique, mais une véritable opportunité pour les familles d’assurer elles-mêmes la récupération nutritionnelle de leurs enfants. Une démarche saluée par les autorités sanitaires. Ngedé Mponge épse Mahamat Marlyse, Chef de service du Suivi de la Diététique et des Interventions nutritionnelles au MINSANTÉ, souligne : « Cette stratégie est parfaitement adaptée aux réalités locales. Elle mise sur des produits que les familles connaissent déjà et permet une prise en charge rapide, efficace et durable des cas de malnutrition aiguë modérée. »
La campagne déployée à Mokong s’inscrit dans un vaste programme couvrant les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Danay, du Logone-et-Chari et du Diamaré. Son objectif est clair : renforcer les compétences nutritionnelles des parents et réduire durablement les cas de malnutrition chez les enfants de 6 à 59 mois dans l’Extrême-Nord. Les séances de démonstration attirent chaque semaine des dizaines de mères, motivées par les résultats observés chez leurs enfants.
Au-delà des chiffres et des rapports, elle redonne surtout espoir à des familles qui, chaque jour, se battent pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Dans une région où la pauvreté reste l’une des plus élevées du Cameroun, chaque cuillerée de bouillie enrichie représente une victoire : celle de la résilience communautaire, de la solidarité et de la détermination à sauver des vies.
Samuel ADJEWA
Réaction

Il faut d’abord savoir que Plan International est une ONG qui œuvre principalement pour les enfants, et en particulier pour ceux qui souffrent de malnutrition. La nutrition reste un véritable fléau, comme le confirment les chiffres du ministère de la Santé.
Depuis plus de dix ans, nous menons des activités de nutrition pour les enfants malnutris, notamment dans l’Extrême-Nord, mais aussi dans d’autres régions du Cameroun. L’Extrême-Nord se distingue par le fait que la malnutrition touche pratiquement tous les départements de la région. Aujourd’hui, nous sommes particulièrement présents dans le département du Mayo-Tsanaga, à Mokon, où un programme est en cours pour accompagner ces enfants.
Ce sont surtout les mères qui sont au centre de ce programme, car ce sont elles qui accompagnent quotidiennement les enfants sur les sites que nous appelons « foyers d’éducation positive ». Nous sommes donc là pour soutenir ces mères.
Par ailleurs, depuis 2022, nous avons élaboré un guide national de prise en charge de la nutrition, en collaboration avec la délégation régionale de la Santé. Ce guide a été validé par le ministère, et nous travaillons aujourd’hui à son amélioration et à sa vulgarisation au niveau national. L’objectif est que toutes les communautés puissent l’utiliser pour continuer la prise en charge nutritionnelle localement.
Il est essentiel de noter que pour lutter efficacement contre la malnutrition, il faut travailler avec les communautés et utiliser les produits locaux. Nous pensons que cette approche permet de réduire significativement le taux de malnutrition dans nos régions.
L’une des principales difficultés concerne le matériel. Par exemple, les balances pour peser les enfants ne sont pas toujours disponibles, et nous devons parfois utiliser des équipements inadéquats. C’est un réel problème, car le suivi nutritionnel des enfants nécessite un pesage précis quotidien. Si nous obtenons davantage de financements, l’achat de matériel fiable sera une priorité.
En dehors de ces contraintes, la communauté adhère très bien au programme. Nous bénéficions du soutien des leaders communautaires, ainsi que de mères et de pères référents identifiés dans les villages, qui accompagnent activement les bénéficiaires.
Propos recueillis par Samuel Adjewa














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