Dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction, Gaia Pallecchi, spécialiste des violences basées sur le genre en situation humanitaire en Afrique de l’Ouest et du Centre en service au bureau régional de l’UNFPA basé à Dakar au Sénégal fait le point de la situation humanitaire dans la région.
Beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre sont en crise. Quelle est la situation humanitaire VBG dans la région ?
En effet, c’est un sujet vraiment important, surtout à la conclusion de ce magnifique atelier pour former des spécialistes VBG et des sages-femmes humanitaires à être déployés en situation d’urgence. Donc, la situation des VBG en Afrique de l’Ouest et du Centre, surtout en contexte humanitaire, est très grave.
L’aperçu de la situation humanitaire que les UNFPA ont déjà lancé au début de l’année 2005 nous parlait d’une situation catastrophique avec presque 26 millions de personnes de la région en besoin d’assistance humanitaire pour un besoin monétaire de 108 millions de dollars. Si on regarde les sept contextes humanitaires, notamment le Cameroun, la Centrafrique, le Burkina, le Mali, le Niger, le Nigeria et le Tchad, nous avons un besoin d’assistance aux survivants de violences basées sur les genres estimé à presque 8 millions de personnes. Les fonds, l’année passée, n’ont pas été reçus et tous les pays ont besoin de redoubler les efforts.
Si on regarde un peu les statistiques, déjà la situation dans la région est dramatique. On a 1 sur 3 femmes qui, en ligne avec la statistique globale, ont été victimes d’une forme de violences, soit physiques, soit sexuelles, au cours de leurs années de 15 à 49 ans. La situation est en situation d’urgence quand les conflits armés, les déplacements et tous les risques, même pour les catastrophes naturelles comme les inondations, augmentent notamment ce pourcentage.
Donc la violence sexuelle devient pervasive, la violence par partenaire intime reste la forme la plus forte. En fait, nos statistiques en 2024 ont évidencié presque, selon la collecte de données faite par les mécanismes de coordination dans ces sept pays humanitaires, presque 22 000 cas de violences basées sur les genres. Et là-bas, aux alentours de 38 %, étaient des cas de viols, 37 % étaient des cas de violences par partenaire intime.
Et on ne parle même pas des pratiques néfastes qui sont très pervasives dans la région, comme par exemple les mariages d’enfants et les mutilations génitales féminines. Enfin, je pourrais parler pendant des heures, mais les plus importantes sont les conditions par les survivantes. Et ces survivantes sont toujours stigmatisées dans leur famille, dans leur société.
Ils n’ont même pas la possibilité de demander des services. Cela fait que les services stratégiques sont très importants. Et dans le contexte actuel, il y a un grave manque de services qui sauvent la vie, comme la gestion des cas, la gestion clinique des viols et des espaces sûrs où ces femmes à risque, ces filles à risque, puissent être accompagnées dans leurs processus.
Qu’est-ce qu’un roster ? À quoi est-ce que ça sert dans la région ?
Les rosters humanitaires, en fait, répondent à une approche des préparations aux urgences que nous avons pilotée dans la région, suite à une demande de notre directeur régional qui, ensemble avec les représentants de tous les pays affectés par les crises humanitaires de la région, s’est vraiment engagé à améliorer la disponibilité des personnels qui pouvaient être formés et déployables dans les contextes d’urgence.
Là, donc, le roster est juste une liste des sphères nationales qui ont été formées, qui ont passé par une formation officielle et qui ont pris aussi des autres cours en ligne, qui se sont préparés à faire à travers de l’échange pour leur permettre d’être disponibles. Donc, il faut un peu de roster pour augmenter la qualité des services de santé sexuelle et reproductive et aussi des VBG, permettre l’intégration entre ces deux secteurs stratégiques et mettre en place des mécanismes de préparation aux urgences. Aujourd’hui, que je vous parle, je suis très heureuse de communiquer que déjà 13 pays de la région ont mis en place des rosters, les ont activés et ont commencé le déploiement.
En fait, cette approche a été employée depuis déjà une année et nous avons réussi à avoir plus de 1500 sages-femmes humanitaires de la région et 560 spécialistes VBG. Certains pays, en incluant les Cameroun, par exemple, ont déployé des sages-femmes humanitaires dans les cas des conséquences des inondations et l’année passée, en 2024, ils ont réussi à aider plus de 1000 naissances dans ces contextes d’urgence. Les autres pays ont amélioré aussi les partenariats avec des universités pour garantir la formation continuelle des sages-femmes et certains ont même inclus certains mécanismes de préparation d’urgence dans leur cadre de préparation aux urgences nationales, en mettant effectivement les sages-femmes humanitaires dans le contexte de ce mécanisme de réponse.
Est-ce que les experts formés à l’occasion de cet atelier peuvent intervenir dans le reste de la région ? Comment l’UNFPA compte les utiliser ?
Ça, c’est vraiment notre grand souhait que les experts formés puissent être disponibles pour les autres crises, surtout en considérant la nature des crises qui sont toutes liées dans cette région, surtout dans le Sahel et dans le bassin du lac Tchad. Je vous explique un peu quels sont les mécanismes de fonctionnement des Roster pour comprendre comment améliorer ce mécanisme.
En fait, les Roster commencent avec un appel à candidature qui est partagé aussi avec des ministères et d’autres agences des Nations Unies. Une fois que les experts sont identifiés, ils passent à travers la formation. Même bien qu’ils reviendront dans les institutions dont ils font partie, alors les mécanismes pourront être multipliés.
Par exemple, nous pourrions penser à mettre en marche les mécanismes de seconde main, c’est quand les espèces restent prises en charge par l’organisation et vont faire une expérience pendant trois à six mois, presque une année, avec une autre institution. Ou bien, ils pourront être pris en charge par les nouveaux organismes qui peuvent couvrir les frais. Et quand ils reviennent dans leurs fonctions normales, ils gardent leurs postes.
Ces deux mécanismes sont déjà corroborés dans la région. UNFPA, par exemple, emploie un mécanisme un peu pareil à celui des Roster, qui est le mécanisme SURGE, qui est en fait un Roster global. Dans la région de l’Afrique de l’Ouest-du-Centre, nous avons formé des centaines d’experts qui sont parties dans tous les pays.
Et donc, on a vraiment de l’expertise qui peut être capitalisée. Dans les moments, les experts nationaux sont en train de faire de l’expérience dans leur propre pays. Et cela permet aussi la constitution des communautés de pratiques, où ils peuvent échanger et garantir leur motivation, rester bien motivés et apprendre des autres qui sont partis, qui sont revenus.
Cela pourra donner aussi aux partenaires plus d’idées sur comment prendre en charge ces mécanismes. Ce qui est fondamental, c’est vraiment garantir que ces profils soient bien intégrés dans la fonction publique où ils sont. Et pour ce faire, on a besoin de tout petits moyens.
On n’a pas besoin de grands fonds. Le bureau régional de l’UNFPA continuera à supporter ces tâches, mais les Roster sont aussi lancés à l’initiative nationale. Et c’est ça, les échanges sont tout à fait possibles, surtout parce que les collègues qui sont aussi censés supporter les Roster ont parfois d’autres nationalités, donc ils voient concrètement l’expérience de l’expatriation. Donc c’est vraiment notre souhait que dans le futur, ces mécanismes deviennent vraiment un mécanisme régional.
Quels sont les besoins de la région en termes de personnel dans le domaine des violences basées sur le genre ?
Les besoins de personnel spécialisé pour répondre à la crise humanitaire et surtout amener des services qui sauvent la vie pour les survivantes de violences basées sur le genre sont vraiment massifs, urgents, structurés et capitaux.
Depuis les derniers mois où on a eu beaucoup de coupures budgétaires, nous avons remarqué que tous les sept pays humanitaires ont souffert de graves manques. Par exemple, au Cameroun, l’analyse qui a été conduite a remarqué que presque 75 % des partenaires d’implémentation étaient obligés de réduire leurs interventions, et surtout ceux qui travaillaient sous la réponse à la VBG. Les 50 % ont déclaré avoir fermé des centres qui offrent des services stratégiques pour les survivantes, comme les centres pour les femmes et les filles. Et les 60 %, c’est une enquête qui a été conduite entre mai et juin, ont déclaré qu’on n’avait plus de personnel disponible pour conduire des séances de gestion de l’information qui souvent sauvent la vie des survivantes parce qu’ils donnent de l’information stratégique pour avoir accès aux services. Donc on a vraiment besoin de profils spécialisés, des gestionnaires des cas, des agents de support psychosocial, des psychologues qui puissent aussi assurer les référencements à des services de santé mentale plus spécialisés. On a besoin aussi de profils non spécialistes, par exemple des supports et des liens communautaires.
Souvent les populations affectées ne parlent pas les langues, n’ont pas de personnel féminin, ont besoin de sages-femmes qui puissent faire des liens aussi avec les services de santé sexuelle et réproductive. Et le manque de personnel est très lié aussi au manque de matériaux pour la prise en charge des survivantes. On a vraiment besoin de kits de dignité, on a besoin de kits pour l’implémentation et la gestion du matériel.
Enfin, tous les secteurs sont vraiment appelés, surtout pour intégrer la composante de mitigation des risques VBG et des réponses à la VBG avec le personnel qualifié qu’il est possible d’employer dans les régions touchées par les urgences humanitaires.
Propos recueillis par Junior NTEPPE KASSI













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