L’atelier de développement des capacités pour les spécialistes nationaux de lutte contre les VBG en situations d’urgence et des rosters de sages-femmes humanitaires a eu lieu le lundi 17 novembre 2025 à Yaoundé en présence du ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff), Pr Marie Thérèse Abena Ondoa.
L’urgence humanitaire au Cameroun, causée par les crises sociopolitiques et sécuritaires dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, met 3,3 millions de personnes en besoin d’assistance en 2025, selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA). Face à l’impact dévastateur de ces crises sur les populations vulnérables, en particulier les femmes et les filles, l’UNFPA, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille (MINPROFF), organise un atelier crucial de formation pour constituer un roster national de sages-femmes humanitaires et de spécialistes en violences basées sur le genre (VBG) en situation d’urgence.
Un engagement crucial pour les femmes et les filles
L’atelier, qui se tient à Yaoundé du 17 au 21 novembre 2025, a été officiellement lancé le 17 novembre sous la présidence du ministre de la Promotion de la femme et de la Famille, le Pr Marie Thérèse Abena Ondoa. L’initiative répond à une réalité incontournable, en l’occurrence : les besoins essentiels des femmes ne s’arrêtent pas en temps de crise. À cet effet, Liliane Munezero, coordonnatrice VBG-UNFPA Cameroun, souligne : « L’UNFPA est une agence liée à toutes les questions de santé sexuelle et reproductive et aussi à tout ce qui est droit des femmes. La vision du top management de l’UNFPA est que chaque grossesse soit désirée, chaque accouchement soit sans danger et que le potentiel de chaque jeune soit mis en valeur. Pour atteindre ces objectifs, il y a trois résultats transformateurs recherchés, à savoir : « zéro besoin non satisfait en planification familiale, zéro décès maternel évitable et zéro violence basée sur le genre, y compris les pratiques néfastes ». Pour l’action humanitaire, on reconnait que lorsqu’il y a une crise, les besoins humanitaires ne s’arrêtent pas. Les femmes continuent d’accoucher et la santé sexuelle continue. Donc, c’est important qu’il y ait une approche de riposte spécifique pour la prise en charge des populations lors des crises humanitaires ».
Le roster : un mécanisme de réponse rapide et qualifiée
Une cinquantaine d’experts participent à cette session intensive, incluant des sages-femmes issues des délégations régionales du ministère de la Santé publique, des psychologues, des travailleuses et des assistantes sociales. L’objectif principal est de s’assurer que ces professionnels soient dûment qualifiés et prêts à être déployés dès qu’une crise survient, garantissant ainsi une prise en charge immédiate et compétente des urgences. Le Dr Marquise Kouo Ngamby, spécialiste en Santé sexuelle et reproductive à l’UNFPA Cameroun, précise l’enjeu de la formation : « Cette initiative permet d’accompagner la capacitation des sages-femmes afin que celles-ci soient déployables s’il y a une crise qui survient. Pour qu’elle soit déployable, il faudrait qu’elle ait les compétences nécessaires. En ce qui concerne la santé sexuelle et reproductive, il s’agira pour nous ici de s’assurer que ces sages-femmes maitrisent le Dispositif minimum d’urgence en santé de reproduction (DMU-SSR). Ce dispositif est un ensemble de six objectifs qui doivent être complétés pour que, si une crise survient, la sage-femme soit suffisamment outillée. »
Ces objectifs cruciaux visent à sauver la vie des femmes et des filles en situation de crise et tournent autour de six thèmes principaux, à savoir : la coordination, la prévention des violences sexuelles et la prise en charge des survivants, la prévention de la transmission du VIH-SIDA, la prévention de la surmortalité et de la surmorbidité, la prévention des grossesses indésirées et des grossesses précoces et le retour au service complet de santé sexuelle et reproductive après que la crise soit estompée. « Les participants se familiariseront également avec les 12 kits inter-agences en SSR, des outils standardisés qui permettent la mise en œuvre pratique du DMU en cas d’urgence humanitaire », ajoute le Dr Marquise Kouo Ngamby.
Des professionnels mieux outillés pour l’action
Pour les participants, cet atelier représente un renforcement de capacités essentiel. Fabiola Geneviève Bell, psychologue participante à cette formation, témoigne de l’importance de l’initiative : « À travers cet atelier de cinq jours, UNFPA nous donne l’occasion de nous renforcer parce que certes nous luttons déjà à notre façon contre les violences basées sur le genre, il est important de renforcer nos capacités. Je pense qu’à travers cet atelier, nous aurons de bonnes informations ainsi que de bons contacts afin de mieux prendre en charge les personnes victimes de violences. »
Soucieux des crises qui perturbent les systèmes de santé et de protection, exposant des millions de femmes et de filles à des risques accrus de mortalité maternelle et de VBG, le Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale (WCARO), à travers sa feuille de route humanitaire (2023-2025), veut garantir la disponibilité des travailleurs sociaux sur le genre et les sages-femmes humanitaires dûment qualifiés et prêts à être déployées en temps opportun.
Au terme de cette session, les nouveaux professionnels feront partie du roster national pour la prise en charge des urgences d’après les principes d’appropriation nationale et de durabilité. Cet effort concerté est une étape vitale pour protéger les droits et la santé des millions de Camerounais affectés par les crises.
Junior NTEPPE KASSI
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Réaction
« L’objectif est de répondre à la situation humanitaire dans notre pays »
Pr Marie Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF).

« Notre pays est confronté à des situations spéciales dans certaines régions, notamment le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, l’Extrême-Nord et l’Ouest pour des raisons évidentes. Il en résulte des violences de toute sorte, particulièrement des violences sur les femmes et les filles qui aboutissent à des complications. Ces abus, qui peuvent se retrouver dans la sphère reproductive, peuvent contribuer à des complications pouvant conduire à la mort. C’est pourquoi nous nous retrouvons ici pour une formation basée sur le genre et une formation avec les sages-femmes qui suivent les femmes enceintes au quotidien et qui encadrent aussi la santé sexuelle et reproductive. Ces professionnels de santé travaillent dans des zones de crise. Il faut donc prévenir ces violences et quand elles surviennent, il faut une prise en charge appropriée et surtout prévenir la survenue de ces violences. C’est pour cela que nous sommes là pour constituer un groupe de formateurs de référence. Cette formation couvre les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Il y aura beaucoup d’échanges entre les experts au cours de cette formation. Les personnes qui auront bien intégré cette formation pourront être sollicitées ailleurs pour apporter leur expertise. Mais l’objectif est d’abord de répondre à la situation humanitaire dans notre pays. »
Propos recueillis par Junior NTEPPE KASSI















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