Alors que l’opération, lancée le 24 avril 2026, devrait initialement s’achever le 29 mai 2026, le gouvernement, par un arrêté du Premier ministre Joseph Dion Ngute, a repoussé l’échéance au 31 juillet 2026. Cette prolongation de deux mois, officialisée face aux difficultés de terrain, s’accompagne d’une rallonge budgétaire substantielle de 6 milliards de francs CFA, portant l’enveloppe totale dédiée à cette vaste entreprise à 19,3 milliards de francs CFA.
Il est des moments où la patience devient vertu et où le temps, pourtant précieux, se mue en allié de la rigueur. Le Cameroun, confronté à la complexité de son quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat couplé au Recensement de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE), a fait un choix stratégique : celui de ne pas sacrifier l’exhaustivité sur l’autel du calendrier. Alors que l’opération, lancée le 24 avril 2026, devait initialement s’achever le 29 mai 2026, le
gouvernement, par un arrêté du Premier ministre Joseph Dion Ngute, a repoussé l’échéance au 31 juillet 2026. Cette prolongation de deux mois, officialisée face aux difficultés de terrain, s’accompagne d’une rallonge budgétaire substantielle de 6 milliards de francs CFA, portant l’enveloppe totale dédiée à cette vaste entreprise à 19,3 milliards de francs CFA. Loin d’être un aveu de faiblesse, cette décision s’impose comme un acte de lucidité administrative et un pari sur la qualité des données, socle de toute politique de développement durable.
Le financement de ce sursaut opérationnel repose sur une ingénierie budgétaire mixte, reflet de la coopération internationale et de la mobilisation des ressources intérieures. L’enveloppe additionnelle est le fruit d’un cofinancement, avec une contribution de 4,5 milliards de francs CFA provenant du projet HISWACA de la Banque mondiale, un programme régional dédié à l’harmonisation des statistiques, tandis que le Trésor public camerounais abonde à hauteur de 1,5 milliard de francs CFA. Cette injection de liquidités, bien que massive, apparaît comme le prix à payer pour garantir l’intégrité d’une opération qui, selon les termes mêmes de ses architectes, est le préalable indispensable au pilotage des politiques d’import-substitution et à la maîtrise des indicateurs macroéconomiques. Elle survient après un long cheminement marqué par une révision drastique du budget initial, qui, après avoir culminé à 64 milliards de francs CFA, a été ramené à 13,3 milliards avant d’être ajusté à la hausse pour répondre aux impératifs du terrain.
Le nerf de la guerre, sur le terrain, a rapidement été la question des ressources humaines. Les quelque 30 000 agents recenseurs, véritables soldats de l’information statistique, se sont trouvés au cœur d’une tempête sociale. Les retards de paiement de leurs primes et indemnités, dénoncés avec vigueur sous le slogan éloquent de « no money no work », ont grippé la machine et menacé de compromettre l’ensemble de l’opération. La rallonge budgétaire répond donc à une urgence sociale : il s’agit de régulariser les arriérés et de motiver un personnel essentiel. À ce jour, il ne resterait plus qu’un millier d’agents à régulariser sur les 31 000 engagés, un processus qui devait être achevé au plus tard le 15 juin. Cette situation souligne la fragilité d’une logistique reposant sur une armée de fonctionnaires temporaires, dont la lassitude et les conditions de travail, parfois rudes dans les zones enclavées, menaçaient de vider de sa substance un dénombrement pourtant vital pour la nation.
Au-delà de l’aspect financier, cette prolongation est une réponse technique aux difficultés de couverture territoriale. Le Cameroun, dans son ambition de combiner le recensement démographique et le volet agropastoral, a ajouté une couche de complexité à une opération déjà colossale. Les régions frontalières, les localités rurales difficiles d’accès et la diaspora camerounaise constituent des défis que le
calendrier initial de 35 jours ne permettait pas de relever de manière satisfaisante. Le report est donc un gage de sérieux, destiné à réduire les omissions et à améliorer une couverture géographique qui, sans cela, aurait laissé des zones entières dans l’ombre statistique. L’image satellitaire avancée et le plan de mobilisation sociale, évoqués pour assurer que personne ne soit abandonné, témoignent de cette volonté d’exhaustivité.
Les enjeux de ce recensement dépassent de loin le simple comptage d’une population qui, selon les projections, avoisine les 28 millions d’habitants. Il s’agit de la clé de voûte de la planification nationale pour les décennies à venir. Les données actualisées sur la démographie, l’habitat, l’agriculture et l’élevage sont attendues pour affiner la répartition des ressources entre les régions, délimiter les circonscriptions électorales, orienter les investissements en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures et, surtout, pour nourrir le suivi des Objectifs de Développement Durable (ODD). L’histoire des recensements au Cameroun, marquée par des écarts de plus de vingt ans entre les éditions, a montré les dangers d’une obsolescence des données : une béquille pour l’action publique qui conduit à des décisions aveugles. Ce recensement de 2026, bien que tardif, est une boussole pour guider le pays vers l’émergence.
L’augmentation du budget et le report des délais, s’ils démontrent une capacité d’adaptation, placent également l’exécutif devant une équation redoutable. Les mois supplémentaires accordés ne suffiront que si la question des paiements est réglée et si la logistique suit. Comme le soulignent les experts, deux mois sont une fenêtre de tir, non un luxe. Le pari du Cameroun est risqué, mais le coût d’un échec, avec des données biaisées ou incomplètes, serait autrement plus lourd pour la crédibilité de l’État et l’efficacité de ses politiques. Cette enveloppe de 6 milliards n’est donc pas un simple ajustement comptable, mais un investissement dans l’intelligence territoriale, une reconnaissance que la connaissance précise de sa propre population est le premier des devoirs d’un État moderne.














