Cette initiative, portée par Annie Hortense Atchoumi, présidente de l’Association des sage-femmes et assimilés du Cameroun (ASFAC) et coordonnatrice de projet, transcende le simple cadre d’une plateforme numérique pour la formation et la recherche scientifique en santé maternelle et reproductive en Afrique. Elle incarne l’unité africaine et une volonté commune de parler d’une même voix face à ce défi majeur.
La situation est préoccupante. Les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), datant d’avril 2025, révèlent un ralentissement inquiétant des progrès dans la réduction de la mortalité maternelle depuis 2016. « Près de 260 000 femmes ont perdu la vie en 2023 des suites de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement à l’échelle mondiale, soit l’équivalent d’un décès toutes les deux minutes », alerte le rapport. Cette fragilité a été potentiellement exacerbée par la pandémie de COVID-19.
Au Cameroun, la réalité est tout aussi sombre. Les données du Système d’information sanitaire de district (DHIS2) de 2022 mettent en lumière les causes immédiates de ces décès dévastateurs. L’hémorragie (19,5 %) et les infections (19,4 %) sont les plus meurtrières dans les maternités camerounaises. « Près de 40 % des mères qui décèdent le font des suites de complications souvent évitables. » La dystocie (18,6 %), l’éclampsie (11,8 %) et les ruptures utérines (10,7 % ) contribuent également lourdement. Ces pourcentages révèlent des lacunes criantes en matière d’accès à des soins de qualité, de formation du personnel, d’équipement des structures et de sensibilisation communautaire. Chaque décès est trop souvent le résultat d’un retard de diagnostic, d’un manque de ressources ou d’une prise en charge inadaptée.
Face à cette urgence, l’initiative camerounaise prend tout son sens. La plateforme numérique, développée avec le soutien du ministère de la Santé publique et du partenaire technique et financier FERRING-SEVE-BIRTH, vise à combler ces lacunes.
Annie Hortense Atchoumi, présidente de l’Association des sage-femmes et assimilés du Cameroun (ASFAC), a insisté sur l’importance de cette union continentale. « Il est crucial que l’Afrique se réunisse pour parler d’une même voix afin de mettre fin à la mortalité maternelle sur notre continent. » Elle a souligné que cette plateforme sera un atout majeur pour les sage-femmes, “piliers des salles d’accouchement” leur offrant un accès facilité à la formation continue et aux dernières avancées de la recherche.
Des représentants de huit pays africains : Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Togo, Gabon et Cameroun, sont présents à cet atelier. Chacun a présenté la situation de la mortalité maternelle, de la santé reproductive, de la formation et de la recherche dans son pays, permettant un échange riche et des discussions constructives.
Wayim Kaze Ludivine Sandrine, une sage-femme présente à l’atelier de validation, a exprimé son enthousiasme. « C’est un véritable privilège d’assister au lancement de cette plateforme. » Elle a affirmé son impact direct sur la profession. « En tant que sage-femme elle viendra nous aider dans notre objectif fondamental : la réduction du taux de mortalité maternelle. » Cette initiative favorisera également une collaboration renforcée avec d’autres spécialistes comme les pédiatres et les gynécologues. La sage-femme a conclu. « La création de cette plateforme sera la bienvenue, car elle donne accès, où que tu sois, à la formation continue et aux sujets qui te préoccupent ».
Cette plateforme numérique favorisera l’accès à des informations actualisées et à des pratiques basées sur des preuves, essentielles pour améliorer la qualité des soins et cibler précisément les causes de décès. L’aspect recherche scientifique facilitera également la collecte de données, l’analyse des tendances et l’identification des meilleures pratiques, permettant au Cameroun et, par extension, aux autres pays africains, de développer des stratégies adaptées et efficaces. C’est un pas de géant vers un avenir où chaque femme africaine aura la chance de donner la vie en toute sécurité.
Elvis Serge NSAA
Réactions
« La formation et le numérique pour vaincre la mortalité maternelle »

La mortalité maternelle reste un fléau inacceptable en Afrique, particulièrement au sud du Sahara, où les causes sont pourtant évitables. L’urgence est de converger les efforts pour atteindre les objectifs de 2030.
La plateforme numérique récemment lancée est un atout majeur. Comme le souligne la présidente Hortense, la formation et la compétence sont clés. Les sage-femmes, qui réalisent les trois quarts des accouchements, bénéficieront d’un renforcement de leurs capacités. Cet “embryon” prometteur aura un impact positif considérable sur la réduction de la mortalité maternelle, offrant un grand espoir pour le continent.
« Cette plateforme numérique est un atout crucial contre la mortalité maternelle et infantile en Afrique »

Je suis au Cameroun en tant que sage-femme de santé publique et militante dévouée à l’amélioration de la santé des femmes, des enfants, des adolescents et des jeunes. En tant que sage-femme de santé publique, je suis très intéressée par cette nouvelle plateforme qui va permettre de renforcer la qualité de la formation pour nos consœurs dans nos pays africains. C’est une initiative que nous accueillons les bras grands ouverts et nous allons l’accompagner pour qu’elle puisse apporter de bons résultats. L’objectif est ambitieux : cter positivement la santé de nos populations, notamment en inversant la tendance des mortalités maternelles, néonatales et infantiles dans nos pays d’Afrique.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA















Comments are closed