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Atelier international de virologie : le CIRCB mobilise les forces vives contre le défi du VIH avancé

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Avec 510 000 personnes vivant avec le VIH dont 20 000 enfants, et des taux de mortalité atteignant 50% chez les patients hospitalisés à un stade avancé, la riposte s’organise autour d’un plan national intégré, d’innovations thérapeutiques et d’une transition financière pour pérenniser la lutte contre ce fléau.

 Le Centre International de Référence Chantal Biya (CIRCB) a organisé ce 20 novembre 2025, à Yaoundé, un atelier international de virologie d’une importance cruciale, rassemblant experts nationaux et internationaux autour de la lutte contre le VIH avancé. Cette rencontre stratégique intervient dans un contexte où le Cameroun compte environ 510 000 personnes vivant avec le VIH, dont 20 000 enfants, et où la stagnation des taux de mortalité liés au sida inquiète la communauté scientifique. Le Professeur Alexis Ndjolo, Directeur Général du CIRCB, dresse un tableau préoccupant. « Le VIH avancé représente aujourd’hui la principale cause de mortalité dans notre lutte contre le sida. Les patients à ce stade présentent souvent trois ou quatre infections opportunistes qui engagent leur pronostic vital. » Les statistiques révèlent une réalité amère : en Afrique subsaharienne, le taux de mortalité chez les patients hospitalisés à un stade avancé varie entre 25% et 50%, avec un tiers des décès survenant dans les premières 48 heures d’hospitalisation.

La tuberculose, la méningite à cryptocoque et les infections bactériennes sévères demeurent les infections opportunistes les plus meurtrières. Le Professeur Carlo-Federico Perno de l’Hôpital Pediatrico Bambino Gesù de Rome alerte sur les difficultés de diagnostic : « L’identification clinique seule manque 30 à 40% des cas de VIH avancé en l’absence de tests CD4. La raréfaction de ces tests dans les pays à ressources limitées constitue un défi majeur. »

Une réponse stratégique et coordonnée

Face à cette urgence sanitaire, le Cameroun a développé une approche offensive sous le leadership du Ministre de la Santé Publique, le Dr Manaouda Malachie. Le Dr Roger Ayeh Awoh, coordonnateur VIH/Tuberculose/Paludisme au Ministère de la Santé Publique, dévoile les contours de cette stratégie. « Notre plan national s’aligne sur les standards internationaux. Le diagnostic repose sur un test CD4 disponible en première ligne, suivi d’une prise en charge appropriée et intégrée. »

La prise en charge du VIH avancé nécessite une approche multidimensionnelle. Le Dr Pierrette Omgba du Comité National de Lutte contre le Sida précise. « Notre paquet de soins inclut non seulement le traitement de la tuberculose – l’infection opportuniste la plus fréquente – mais aussi la prévention et le traitement d’autres infections comme la toxoplasmose et la méningite cryptococcique. »

Innovations et recherches prometteuses

Les travaux présentés lors de l’atelier ont mis en lumière des avancées significatives. Le Dr Alex Nka a partagé ses recherches sur les infections chez les populations clés, tandis que le Dr Willy Pabo a présenté les résultats encourageants de l’étude EDCTP READY sur la prise en charge personnalisée des adolescents vivant avec le VIH depuis la naissance. La surveillance de la résistance au dolutégravir, présentée par le Dr Collins Chenwi, apparaît comme un élément crucial dans la lutte contre le VIH avancé. « Le développement de résistances compromet l’efficacité des traitements et aggrave le pronostic des patients », souligne le chercheur.

Le VIROFORUM a permis des échanges enrichissants sur des cas cliniques complexes. Les Drs Suzie Tetang, Aude Christelle Ka’e et Ngoufack Ezechiel et Désiré Takou ont partagé leurs expériences respectives sur la prise en charge des nouveau-nés, adolescents et adultes en situation de maladie avancée, mettant en lumière l’importance d’une approche personnalisée selon les populations.

Défis financiers et résilience

Dans un contexte de réduction des financements internationaux, le Cameroun affiche sa détermination à prendre en main son destin sanitaire. Le Dr Ayeh Awoh assure : « Le Ministre de la Santé voit cette situation comme une opportunité. Nous développons un plan de transition sur cinq ans où le gouvernement camerounais augmentera progressivement son financement pour combler les gaps et assurer la pérennité du système de santé. » Cette vision prospective s’appuie sur une collaboration étroite entre recherche et clinique. Le Professeur Ndjolo insiste sur l’importance de la formation. « Le CIRCB a pour mission de diffuser les résultats de nos recherches et de renforcer les capacités des acteurs de santé. Cet atelier est crucial car c’est à ce stade avancé que les patients décèdent souvent à l’admission, avant même la prise en charge par le système. »

Vers une nouvelle approche thérapeutique

Les experts appellent à une révolution dans la prise en charge. Le Professeur Perno explique : « Aujourd’hui, le VIH avancé inclut aussi les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers liés au virus. Nous devons recréer l’attention sur le VIH car la maladie avancée réduit l’efficacité des thérapies et accélère la progression vers la mort. » La solution passe par l’innovation et le suivi rigoureux. « Nous devons utiliser les tests de résistance et sélectionner les traitements vraiment efficaces », conclut le Professeur Ndjolo. L’approche holistique devient impérative, intégrant la gestion des comorbidités associées et garantissant une observance thérapeutique stricte, le traitement devant être maintenu à vie.

Perspectives d’avenir

La cérémonie de clôture, présidée par le Professeur Ndjolo, a abouti à des recommandations concrètes pour renforcer la détection précoce et améliorer l’accès aux tests CD4. La collaboration internationale, notamment avec l’Université de Rome Tor Vergata et l’OMS, s’avère essentielle pour développer des solutions adaptées aux contextes à ressources limitées. Alors que le Cameroun s’engage résolument dans cette bataille décisive, l’atelier du CIRCB a posé les bases d’une riposte concertée et innovante. La synergie entre recherche, clinique et politiques publiques apparaît comme la clé pour relever le défi du VIH avancé et progresser vers l’élimination du sida comme problème de santé publique d’ici 2030. Le compte à rebours pour sauver des milliers de vies est lancé, porté par une volonté politique affirmée et une collaboration scientifique internationale prometteuse.

Elvis Serge NSAA

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INTERVIEW

Dr Joseph FOKAM, Secrétaire Permanent du comité national de lutte contre le sida -CNLS

 

« Élimination du Sida d’ici 2030 : le Dr Joseph Fokam détaille la stratégie camerounaise »

Dr Joseph Fokam, Secrétaire Permanent du Comité National de Lutte contre le Sida.

Dans cet entretien exclusif, le Dr Joseph Fokam, Secrétaire Permanent du Comité National de Lutte contre le Sida, explique la feuille de route du Cameroun pour éradiquer le VIH. Objectif principal : zéro décès et zéro nouvelle transmission d’ici 2030. Il revient sur les avancées significatives du pays, les défis persistants du dépistage tardif et de la maladie avancée, ainsi que les stratégies innovantes mises en place pour une prise en charge globale et gratuite des patients.

On parle d’élimination du Sida au Cameroun. Que signifie concrètement cet objectif ?

L’élimination du Sida comporte deux aspects fondamentaux. Premièrement, cela signifie qu’aucune personne ne devrait mourir du VIH. Toutes les personnes vivant avec le virus doivent avoir une espérance de vie normale, équivalente à celle des personnes non infectées. Deuxièmement, l’élimination implique l’arrêt des nouvelles transmissions. Notre objectif est qu’il n’y ait plus de transmission du VIH d’ici 2030. Concernant la mortalité, nous voulons éliminer les décès liés au VIH. Cela nécessite de comprendre pourquoi certaines personnes continuent à mourir du sida malgré les avancées thérapeutiques.

Où en est le Cameroun dans cette lutte ?

Le Cameroun a réalisé des progrès significatifs. Grâce au traitement antirétroviral gratuit, au suivi par charge virale gratuit et au dépistage gratuit, la majorité des personnes vivant avec le VIH ont une qualité de vie normale. Cependant, trois défis majeurs persistent : Le dépistage tardif pour certaines populations, les perdus de vue qui interrompent leur traitement, les échecs thérapeutiques chez certains patients sous traitement. Ces situations exposent les patients au risque de maladie avancée.

Qu’entend-on précisément par “maladie avancée” ?

La maladie avancée désigne une personne vivant avec le VIH, dépistée tardivement, et présentant un système immunitaire affaibli avec un taux de CD4 inférieur à 200. Cette immunodépression expose particulièrement aux infections opportunistes. Au Cameroun, nous identifions trois infections opportunistes majeures chez les patients ayant moins de 200 CD4 : La tuberculose, la toxoplasmose, la méningite cryptococcique. Ces infections émergent principalement chez les personnes au stade avancé du VIH.

Quelle stratégie le Cameroun met-il en place face à ce défi ?

Le Comité National de Lutte contre le VIH a publié de nouvelles directives intégrant un volet spécifique sur la maladie avancée. Notre approche comprend : Un test de CD4 gratuit pour tout nouveau diagnostic positif. Des tests systématiques pour la tuberculose, la méningite cryptococcique et la toxoplasmose si les CD4 sont inférieurs à 200. La prise en charge gratuite de ces infections opportunistes. Ce dispositif complet positionne le Cameroun parmi les pays leaders dans la prise en charge de la maladie avancée.

Quelle est l’ampleur de la maladie avancée au Cameroun et quelle distinction faites-vous entre VIH avancé et Sida ?

Le Cameroun évalue sa riposte sur la base des objectifs 95-95-95. Nos données montrent que : 96% des personnes dépistées positives sont mises sous traitement antirétroviral, 93% de celles sous traitement présentent une bonne réponse thérapeutique. Environ 7% des patients n’ont pas une réponse optimale au traitement, les exposant au risque de maladie avancée. La distinction entre VIH avancé et Sida est cruciale. Le stade Sida correspond aux stades 3 et 4 de la classification OMS, caractérisés par l’apparition d’infections opportunistes graves comme la tuberculose.

Quel message souhaitez-vous transmettre au public ?

Nous voulons que le public comprenne que le VIH est maîtrisable au Cameroun. Grâce à la Couverture Santé Universelle mise en place par le Ministre de la Santé Publique, Dr Manaouda Malachie, tous les services essentiels sont gratuits : dépistage, médicaments, charge virale et prise en charge de la maladie avancée. Il serait inacceptable que dans un pays où tous ces services sont gratuits, des populations échappent encore à la prise en charge. Notre engagement est d’atteindre chaque personne concernée pour éliminer le Sida comme problème de santé publique d’ici 2030.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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