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ASTUCE SANTE

Boire l’eau de pluie : Bonne idée ou danger pour la santé ?

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Après une forte pluie, l’eau recueillie dans une bassine ou une citerne peut paraître claire et propre. Pourtant, cette apparence ne garantit pas sa potabilité. Avant d’être consommée, l’eau de pluie doit être correctement traitée afin de limiter les risques pour la santé.

La consommation de l’eau de pluie reste courante dans certains ménages. Pour certains, cette pratique relève d’une habitude, avec l’idée que l’eau tombée du ciel est naturellement propre. Pour d’autres, elle s’impose en raison des difficultés d’accès à l’eau potable. Après une pluie, des familles placent ainsi des récipients

sous les gouttières pour recueillir l’eau qui ruisselle du toit. En quelques minutes, les seaux se remplissent d’une eau limpide, parfois utilisée pour la cuisine, voire directement pour boire. Pourtant, cette apparence claire ne suffit pas à garantir qu’elle est potable. Cette question a notamment intéressé des chercheurs camerounais. À Mvog-Betsi, à Yaoundé, Andrew Ako Ako, du Hydrological Research Centre de Yaoundé, Coretta T. Nzali et George Elambo Nkeng, de la National Advanced School of Public Works de Yaoundé, ainsi que Lydia Likowo Lifongo, du Département de chimie de l’Université de Buea, ont étudié la possibilité de récupérer l’eau de pluie pour compléter l’approvisionnement domestique du quartier. Leur article, publié dans la revue scientifique Water Supply, a été reçu le 6 mai 2021 et accepté le 18 juin 2021.

Une eau utilisable mais pas directement potable

L’étude menée à Mvog-Betsi s’intéressait à un problème concret. Dans ce quartier de Yaoundé, le réseau d’eau ne desservait alors qu’une partie des neuf blocs du quartier. Certains habitants dépendaient donc notamment des puits et des sources, dont le débit pouvait diminuer pendant la saison sèche. Les chercheurs ont voulu déterminer si la récupération de l’eau de pluie pouvait constituer une solution complémentaire. Pour leur travail, ils ont notamment utilisé une série de 63 années de données pluviométriques, analysé la qualité de l’eau de pluie et comparé la quantité d’eau récupérable aux besoins des ménages. L’étude montre que les mois de septembre, octobre et novembre pouvaient fournir environ 53,05 m³ d’eau de pluie, contre un besoin estimé à 25,56 m³ pour les ménages étudiés pendant la longue saison sèche. Les chercheurs ont ainsi proposé un réservoir en ferro-ciment d’une capacité minimale de 27 m³. Mais lorsqu’ils se sont intéressés à la qualité de cette eau, une nuance importante est apparue. Les paramètres physicochimiques analysés respectaient les normes de qualité étudiées, mais la qualité microbiologique n’était pas satisfaisante. Autrement dit, l’eau pouvait paraître propre et présenter des caractéristiques chimiques acceptables, tout en contenant des microorganismes. Les auteurs concluent donc que l’eau de pluie doit être désinfectée avant d’être consommée comme eau potable.

À Buea, 20 citernes et 358 ménages examinés

Une autre étude camerounaise publiée le 17 avril 2024 s’est intéressée encore plus directement aux risques sanitaires liés à la consommation de l’eau de pluie. Intitulée « Health Burden of the Consumption of Rooftop Rainwater Harvesting Systems

in Buea Sub-Division, Cameroon », elle est signée Roy Lyonga Mbua, Samuel Eyum Efande et Tata Emmanuel Sunjo, tous chercheurs à l’Université de Buea. L’article a été publié dans le Journal of Geography, Environment and Earth Science International, volume 28, numéro 5, pages 31 à 42. Les chercheurs ont étudié 20 citernes d’eau de pluie dans quatre communautés de l’arrondissement de Buea : Bonakanda, Bova I et II et Ewonda. Ils ont également interrogé 358 ménages sélectionnés de manière aléatoire afin d’évaluer les pratiques de récupération de l’eau de pluie et les risques liés à son utilisation comme eau de boisson. Une méthode d’évaluation semi-quantitative des risques a ensuite été utilisée pour apprécier les conséquences potentielles de la consommation d’eau de pluie non traitée. Le constat des chercheurs est particulièrement important : l’eau de pluie récupérée sur les toitures peut contenir des microorganismes responsables de différentes maladies. Leur étude évoque notamment des risques de diarrhées bactériennes associés à Salmonella et Campylobacter, de pneumonie bactérienne liée à Legionella, de botulisme associé à Clostridium, ainsi que des infections parasitaires et des diarrhées liées à Giardia et Cryptosporidium. Les auteurs précisent toutefois que l’utilisation de cette eau pour certaines activités comme le nettoyage et l’irrigation présente des risques plus limités que sa consommation directe. Leur conclusion est que le problème se pose surtout lorsque l’eau récoltée est utilisée comme eau de boisson sans traitement ni contrôle de sa qualité.

Le toit et la citerne peuvent contaminer l’eau

Une fois tombée, l’eau ne reste pas isolée. Elle ruisselle sur les toitures, passe par les gouttières et arrive dans une citerne. Au cours de ce parcours, elle peut récupérer différentes impuretés et des microorganismes présents sur les surfaces de collecte ou dans les installations de stockage. C’est pourquoi les chercheurs de Buea recommandent un prétraitement de l’eau de pluie destinée à la consommation, notamment par filtration, chloration, désinfection aux ultraviolets et/ou ébullition. Leur conclusion est sans ambiguïté : la présence d’organismes indicateurs d’une contamination fécale rend l’eau de pluie récoltée insatisfaisante pour la consommation lorsqu’elle n’est pas traitée. Ils estiment qu’elle peut être utilisée pour les activités domestiques, agricoles ou de construction, mais qu’une purification et un contrôle sanitaire du système de récupération sont nécessaires lorsqu’elle est destinée à la boisson.

Ainsi, une eau de pluie claire n’est pas automatiquement une eau potable. La pluie peut être récupérée et utilisée, mais lorsqu’elle doit être bue, elle doit être correctement collectée, stockée et traitée. Le risque sanitaire n’est pas visible à l’œil nu.

Marie Chantale FAIDA

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