Peu pris en compte dans les politiques de santé, le cancer du foie lié aux hépatites B et C inquiète les spécialistes. Un symposium à la Faculté de Médecine et des sciences biomédicales de Yaoundé appelle à renforcer la prévention et le dépistage.
Le carcinome hépatocellulaire, encore appelé cancer primitif du foie, constitue aujourd’hui un véritable problème de santé publique au Cameroun. À l’heure où les statistiques mondiales révèlent une recrudescence des cancers viro-induits, les professionnels de santé du pays sonnent l’alarme.
C’est dans cette dynamique qu’un symposium scientifique s’est tenu le mardi 13 mai 2025 à l’Amphithéâtre 700 de la Faculté de médecine et des sciences biomédicales (FMSB) de l’université de Yaoundé I. Placé sous le thème « Le carcinome hépatocellulaire : un cancer viro-induit, défis et perspectives », l’évènement a réuni experts locaux et internationaux, enseignants, médecins, résidents et étudiants en médecine, autour de cette pathologie encore peu priorisée dans les politiques nationales de lutte contre le cancer.
Objectifs de la rencontre
L’objectif de ce symposium était de faire le point sur les connaissances actuelles relatives à l’épidémiologie, aux mécanismes moléculaires, au diagnostic et aux traitements du cancer hépatocellulaire au Cameroun. Les organisateurs ont voulu sensibiliser la communauté médicale et universitaire sur l’urgence d’une riposte structurée contre ce cancer, dont les principaux facteurs de risque sont les infections chroniques par les virus des hépatites B et C.
Défis et enjeux pour le Cameroun
Selon le Pr Mathurin Kowo, hépato-gastro-entérologue et enseignant à la FMSB, « 80 à 90 % des cancers du foie dans notre contexte sont dus aux hépatites virales B et C, des maladies silencieuses, mais évitables et traitables si elles sont dépistées à temps ». Il déplore que ce type de cancer soit trop souvent diagnostiqué à un stade avancé, rendant le traitement difficile et coûteux.
Le Dr Kenne Foma Munoh, oncologue camerounais exerçant aux États-Unis, a exposé les thérapies actuelles disponibles dans les pays développés, telles que le sorafénib, le lévantinib ou encore l’immunothérapie, qui permettent de prolonger la survie des patients. Toutefois, il a souligné que ces traitements restent inaccessibles à la majorité des patients camerounais en raison de leur coût élevé et de l’insuffisance des oncologues et des infrastructures spécialisées.
Pour ces experts, la meilleure approche reste la prévention, notamment par la vaccination contre l’hépatite B, intégrée depuis 2005 dans le programme élargi de vaccination (PEV), et le dépistage précoce des hépatites virales.
Un cancer encore marginalisé
Alors qu’il est classé quatrième cancer le plus fréquent et troisième cause de décès par cancer au Cameroun, le cancer du foie ne figure pas encore clairement dans le Plan stratégique national de lutte contre le cancer. Une omission regrettable que le Pr Kowo qualifie d’« incompréhensible », soulignant qu’aucune politique efficace de lutte ne peut se faire sans reconnaissance officielle de la gravité de la maladie.
Le symposium a permis de mettre en lumière une urgence sanitaire encore trop peu prise en compte. Il appelle à une mobilisation accrue des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, mais aussi des populations pour briser le silence autour des hépatites et du cancer du foie. Car, comme l’ont rappelé tous les intervenants, le temps entre l’infection et le développement du cancer peut aller jusqu’à 20 ans : un délai précieux pour agir, prévenir et sauver des vies.
Mireille SIAPJE
















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