Malgré ces avancées concrètes, la réussite à long terme du dispositif dépendra de la capacité à vaincre la méfiance et à obtenir une adhésion massive des populations peu habituées à des soins de qualité à faible coût.
Ce vendredi 12 décembre 2025, les autorités sanitaires, les acteurs techniques, les partenaires communautaires et les hommes de médias se sont retrouvés dans la salle de conférences du Fonds régional de promotion de la santé pour l’Ouest à Bafoussam, dans l’objectif de faire le point sur les avancées, les défis et les perspectives de la couverture santé universelle (CSU). Une rencontre capitale, marquée par un message central : la CSU progresse, mais son succès dépend désormais de l’appropriation par les populations.
Célébrée sous le thème évocateur : « Des coûts de santé inabordables ? On en a assez ! », la journée mondiale de la CSU s’est tenue sous la présidence du délégué régional de la Santé publique pour l’Ouest, en présence du point focal CSU de la région, des responsables de districts de santé, des formations sanitaires accréditées, des acteurs communautaires, des responsables des services déconcentrés de l’État et des hommes de médias. Dans son allocution, le Délégué régional a rappelé que la CSU constitue un pilier majeur de la politique nationale de santé, visant à réduire durablement le poids du paiement direct des soins sur les ménages, longtemps estimé à plus de 70 % des dépenses de santé. « La CSU répond à une réalité sociale que nous connaissons tous : trop de familles renoncent encore aux soins faute de moyens. Notre responsabilité est de faire en sorte que l’accès aux services essentiels ne dépende plus du niveau de revenu », a-t-il déclaré avec force.
Dans le panier de soins offert par la CSU, la phase 1 cible spécifiquement les femmes enceintes, les enfants de 0 à 5 ans, les personnes vivant avec le VIH/SIDA et les patients insuffisants rénaux. Les interventions couvrent à la fois les soins préventifs (vaccination, distribution d’intrants, sensibilisation communautaire), les soins curatifs (consultations gratuites pour les enfants, prise en charge du paludisme et des maladies chroniques) et les interventions de santé communautaire (suivi des nouveau-nés, accompagnement des ménages et administration d’intrants).
Prenant la parole, le point focal CSU de la Région de l’Ouest, DJAPA Ruth-Aimée, a dressé un état des lieux détaillé de la mise en œuvre de la CSU dans la région. Elle a rappelé que près de 90 % des dépenses de santé reposaient encore sur les paiements directs des ménages, justifiant ainsi l’urgence de renforcer les mécanismes de protection financière. Selon les données présentées, la Région de l’Ouest enregistre des avancées significatives.
Les formations sanitaires publiques accréditées assurent désormais la gratuité des soins curatifs pour les enfants de 0 à 5 ans (14 320 cas de paludisme grave, 11 136 cas de paludisme simple), la prise en charge complète de la grossesse jusqu’à 42 jours après l’accouchement normal ou par césarienne (34 formations sanitaires enrôlées, 1 237 femmes enceintes enregistrées en moins de 3 mois), ainsi que l’amélioration de l’accès à la dialyse (au centre de dialyse de Bafoussam, plus de 1 500 patients reçus en 2023, 11 000 séances de dialyse réalisées) et aux soins des maladies chroniques comme la TB et le VIH/SIDA.
Le chèque santé, opérationnel dans 5 districts de santé de la région, a déjà permis l’enrôlement de plus d’un millier de femmes enceintes en quelques mois, avec des témoignages positifs de bénéficiaires. Malgré ces avancées, plusieurs obstacles subsistent : la faible implication de certains assurés dans le dispositif, la méconnaissance des services offerts par une partie des populations, l’accessibilité limitée à certains intrants et médicaments et des risques d’abus ou de mauvaise utilisation du système. Comme perspectives, la Région de l’Ouest prévoit d’étendre le dispositif à de nouveaux sites, de poursuivre l’enrôlement des bénéficiaires et de renforcer la collaboration entre les administrations, les structures de santé et les communautés.
Les échanges ont permis aux participants d’exprimer leurs attentes. Plusieurs intervenants ont souligné que la gratuité ou la forte subvention de certains services suscite encore la méfiance des populations, peu habituées à des soins de qualité accessibles à faible coût. Les responsables de services déconcentrés de l’État ont quant à eux salué l’impact de la CSU sur la bourse des ménages, tout en appelant à une sensibilisation de proximité pour lutter contre les rumeurs et renforcer la confiance.
En clôturant la rencontre, le délégué régional a appelé à une mobilisation collective : « La CSU est une construction progressive. Elle ne réussira que si chaque acteur – administration, personnel de santé, médias et communautés – joue pleinement son rôle. » Cette célébration de la Journée mondiale de la CSU souligne que la couverture santé universelle n’est pas seulement un programme sanitaire, mais un levier de justice sociale et de développement humain, avec des bénéfices concrets pour les populations les plus vulnérables de la région de l’Ouest.
Adèle BITGA
RÉACTION
« La couverture santé universelle exige l’implication de tous les acteurs »

« Cette journée est une occasion importante pour rappeler que la santé est un droit fondamental et non un privilège. Elle nous interpelle collectivement sur notre responsabilité à garantir à chaque citoyen, sans distinction, l’accès à des soins de santé de qualité, sans risque d’appauvrissement. Dans la région de l’Ouest, plusieurs actions ont déjà été engagées pour assurer l’opérationnalisation effective de cette politique. Il s’agit notamment de l’identification et de l’enrôlement des bénéficiaires, du renforcement des capacités du personnel de santé, ainsi que de l’équipement progressif des formations sanitaires retenues. Grâce à l’engagement des personnels de santé, à l’accompagnement des partenaires techniques et financiers, ainsi qu’à l’adhésion des communautés, plusieurs populations vulnérables bénéficient déjà de prestations de santé essentielles, notamment dans les domaines de la santé maternelle, néonatale et infantile et dans la prise en charge des maladies chroniques telles que le TB, le VIH-SIDA et l’insuffisance rénale. Cependant, des défis subsistent. Ils concernent, entre autres, l’information des populations, l’enrôlement effectif des bénéficiaires et le retrait des cartes CSU. C’est pourquoi j’en appelle à l’implication de tous les acteurs : autorités administratives, leaders communautaires, médias et société civile. Ensemble, nous devons œuvrer pour que la santé ne soit plus un luxe, mais un droit effectif pour tous. »
Propos recueillis par Adèle BITGA













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