Lors des journées scientifiques du CNLS à Yaoundé, le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) a apporté une réponse concrète : une décentralisation massive du diagnostic de pointe et la présentation des nouveaux outils de diagnostic moléculaire, comme le TrueLife, qui se déploient désormais au plus près des patients dans tout le Cameroun.
Les deuxièmes journées scientifiques du Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS), tenues les 3 et 4 décembre 2025 à Yaoundé, ont mis en lumière l’impérieuse nécessité de combattre les épidémies en synergie. Au cœur des échanges : la lutte contre la tuberculose, maladie opportuniste redoutable chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) a saisi cette tribune pour démontrer son engagement et dévoiler les innovations technologiques qui révolutionnent le diagnostic sur le terrain.
La présence du PNLT à un événement dédié au VIH s’inscrit dans une logique de santé publique fondée sur un constat épidémiologique alarmant. « La co-infection VIH/sida-tuberculose est l’une des co-infections qui tue le plus les malades atteints du VIH/sida », a rappelé d’emblée Taya Fokou Jean Bosco, du PNLT, expliquant ainsi la présence de son programme à ce congrès scientifique.
Ce lien mortel est documenté. Comme l’expliquent les Drs Yone, Kuaban et Kengne dans la Revue de Pneumologie Clinique (2012), « L’infection à VIH favorise la réactivation d’une infection latente à Mycobacterium tuberculosis vers une maladie TB et M. tuberculosis favorise la réplication du VIH ». Ce cercle vicieux entraîne une surmortalité, notamment chez les patients immunodéprimés. Au Cameroun, la séroprévalence du VIH chez les patients tuberculeux est passée de 16,6% en 1997 à 29,3% en 2007, soulignant l’urgence d’une réponse intégrée. « Il est important que le Programme National de Lutte contre la Tuberculose soit en harmonie avec le Comité National de Lutte contre le VIH/sida », a martelé Taya Fokou.
A lire aussi: Journées locales de vaccination tour 1 : le CMA de Mbé épicentre du lancement
Le stand du PNLT était un véritable laboratoire pédagogique. Sous la houlette de Julien Loïck Bossogo, contrôleur de qualité des laboratoires TB-Centre, les visiteurs ont découvert l’arsenal moderne de la lutte. « Tout d’abord, lorsque les gens arrivent dans notre stand, nous leur donnons des documents […] qui regroupent toutes les informations essentielles sur le diagnostic, le traitement et le suivi des patients », a expliqué Bossogo. L’objectif : démystifier la maladie et montrer que sa prise en charge « n’est plus une affaire uniquement de l’Hôpital Jamot. C’est une affaire de plusieurs autres formations sanitaires ».
L’attraction principale résidait dans la présentation des outils. « Nous avons […] un parc d’outils de diagnostic de laboratoire que nous utilisons », a-t-il détaillé, en pointant du doigt les dispositifs exposés : le TrueLife, le TB-LAMP, le GeneXpert et le microscope classique. Le TrueLife, une révolution pour la décentralisation : Taya Fokou en a présenté la nouveauté stratégique. « C’est l’outil Truelife qui est un petit équipement pour le diagnostic au niveau des formations sanitaires primaires […] C’est à ce niveau-là que cet outil est très important pour le diagnostic moléculaire ». Son déploiement d’ici 2026 répond à une recommandation de l’OMS et vise à « permettre que tous les Camerounais puissent avoir accès au diagnostic moléculaire ».
Le GeneXpert, pour traquer la résistance : Présent dans 88 formations sanitaires, cet appareil est crucial. « Il y a des patients qui, au-delà d’avoir la tuberculose, sont résistants aux médicaments de première ligne », a expliqué Bossogo. « Pour les diagnostiquer, on utilise l’appareil qu’on appelle le GeneXpert ». Taya Fokou a ajouté : « Le GeneXpert aide dans ce sens-là » pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, un défi parallèle à la résistance aux antirétroviraux évoquée dans le congrès. Le microscope et le TB-LAMP : Le microscope reste l’outil de suivi des patients sous traitement. Le TB-LAMP, quant à lui, est un autre outil moléculaire avec ses avantages spécifiques.
Une interaction fructueuse et des services gratuits sur place
L’affluence au stand a témoigné de l’intérêt suscité. « C’est la bonne curiosité des participants », s’est réjoui M. Bossogo, notant la présence attentive du ministre et de nombreux scientifiques « directement concentrés » sur les appareils. Pour aller plus loin, le PNLT a même installé une radio mobile à l’extérieur. « Certaines personnes […] présentant des symptômes majeurs de la tuberculose, pourront subir un examen radiographique rapide sur place », a-t-il annoncé, précisant que tous ces services, du diagnostic au traitement, sont entièrement gratuits pour les patients, pris en charge par l’État via la Couverture Santé Universelle.
Cette présence a été collective. Comme l’a souligné M. Bossogo, le PNLT était accompagné sur son stand par des partenaires clés : le Fonds d’Intervention pour la Santé (FIS) pour la recherche de la TB chez les enfants, l’association CBO People pour le suivi communautaire des personnes affectées, et le Laboratoire National de Référence.
En conclusion, ces deuxièmes journées scientifiques ont démontré que la « triple élimination » visée (VIH, syphilis, hépatite B) ne pourra être efficace sans une lutte renforcée contre la tuberculose. Grâce à une stratégie de décentralisation du diagnostic moléculaire et au renforcement de l’alliance avec le CNLS, le PNLT se positionne comme un acteur essentiel pour briser le tandem mortel de la co-infection et sauver des vies.
Elvis Serge NSAA














Comments are closed