Enfant souvent malade, elle a grandi avec un rêve : comprendre et vaincre le paludisme. Aujourd’hui, la professeure Rose Gana Fomban Leke est une référence planétaire, mentor des jeunes femmes scientifiques et figure centrale des grandes stratégies de santé mondiale.
Née le 13 février 1947 à Kumbo, la professeure Rose Gana Fomban Leke est l’une des figures les plus respectées de la science africaine. Paludologue, immunologiste, parasitologue et professeure émérite à l’Université de Yaoundé I, elle incarne depuis plus de quatre décennies l’engagement d’une femme scientifique déterminée à vaincre les maladies qui frappent le continent, notamment le paludisme et la poliomyélite.
Une vocation née d’une enfance marquée par la maladie
Enfant, Rose Leke contracte à plusieurs reprises le paludisme. À l’âge de six ans, un abcès pulmonaire traité à Limbe réveille chez elle le désir de devenir médecin. Soutenue par ses parents, elle entame en 1966 des études au Saint Mary-of-the-Woods College dans l’Indiana, puis à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, où elle rejoint le laboratoire du Pr David Silverman. Elle soutient en 1979 sa thèse de doctorat à l’Université de Montréal, consacrée aux infections paludéennes chez la souris.
Une chercheuse pionnière sur le paludisme pendant la grossesse
Ses travaux se concentrent sur le paludisme associé à la grossesse, une infection du placenta aux conséquences souvent dramatiques pour la mère et l’enfant. Elle développe une longue collaboration avec la scientifique Diana Taylor (Georgetown et Hawaï), avec laquelle elle cosigne en 2018 une étude majeure montrant que l’augmentation des parasites pendant la grossesse pourrait paradoxalement conférer au fœtus une meilleure résistance future au paludisme.
Leadership scientifique et engagement national
Au Cameroun, le Pr Leke crée la Coalition camerounaise contre le paludisme (CCAM), qui jouera un rôle crucial pour pousser les pouvoirs publics à renforcer les interventions antipaludéennes. Après son retrait, l’organisation est dirigée par la spécialiste Esther Tallah.
Elle occupe de nombreux postes de direction scientifique : présidente de la Fédération des sociétés d’immunologie africaines (1997–2001), membre du conseil de l’Union internationale des sociétés d’immunologie (1998–2004), et présidente du Conseil d’administration de l’Institut national de recherche médicale du Cameroun à partir de 2002.
Une carrière jalonnée de distinctions internationales
En 2011, l’Union africaine lui décerne le Prix scientifique Kwame Nkrumah pour les femmes. En 2015, elle devient membre honoraire international de la Société américaine de médecine tropicale et d’hygiène. Elle fonde également le Higher Institute for Growth in Health Research for Women Consortium, dédié au mentorat des scientifiques camerounaises.
En mai 2018, elle fait partie des dix femmes honorées lors de la 71e Assemblée mondiale de la santé comme “Héroïne de la santé” par GE Healthcare et Women in Global Health. Un an plus tard, le Conseil médical du Cameroun la consacre officiellement “reine mère de la communauté médicale camerounaise”.
Un engagement déterminant pour l’éradication de la polio
Experte reconnue de l’OMS, elle a siégé au Comité consultatif sur la politique antipaludique et au Comité d’urgence pour l’éradication de la poliomyélite. Depuis 2023, elle est membre de la Commission régionale Afrique pour l’éradication de la poliomyélite de l’OMS.
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Un nouveau couronnement : le Prix L’Oréal-UNESCO 2024
Le 28 mai 2024, à Paris, Rose Gana Fomban Leke reçoit le Prix L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science, pour l’Afrique et les États Arabes. Une consécration supplémentaire pour celle qui continue de plaider pour l’autonomie scientifique africaine : « Nous finirons par produire des médicaments partout en Afrique », confie-t-elle à La Tribune Afrique.
Une icône scientifique pour l’Afrique
À 78 ans, la professeure Leke demeure un symbole de persévérance et de leadership féminin dans la recherche. Son parcours, depuis une enfance marquée par la maladie jusqu’aux plus hautes distinctions internationales, inspire aujourd’hui des générations de scientifiques africains engagés dans la lutte pour une Afrique en meilleure santé.
Mireille Siapje













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