Si elle cède, des milliers d’hectares agricoles et plusieurs localités seraient submergés, aggravant une insécurité alimentaire déjà critique dans l’Extrême-Nord.
Réuni à Maroua dans le cadre de ses 11ᵉ et 12ᵉ sessions ordinaires, le Comité de pilotage du projet VIVA Logone, financé par la Banque mondiale, a fait le point sur les avancées et les défis du projet. À Maga, 21 points critiques identifiés sur les digues font craindre des risques pour les terres agricoles et la sécurité alimentaire.
La sécurisation des digues de Maga s’impose comme une priorité pour préserver les terres agricoles et les acquis du Projet d’aménagement et de valorisation des investissements de la vallée du Logone (VIVA Logone). La descente effectuée le
dimanche 9 août 2026 par l’équipe du projet et les autorités conduites par le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, a permis de relever 21 points critiques sur ces ouvrages dans le département du Mayo-Danay.
Cette visite s’inscrit dans le cadre des 11ᵉ et 12ᵉ sessions ordinaires du Comité de pilotage de VIVA Logone, tenues à Maroua. Les travaux ont été présidés par Jean Tchoffo, secrétaire général du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) , en présence du gouverneur de l’Extrême-nord Midjiyawa Bakari et des membres du comité de pilotage dudit projet.
Sur le terrain, l’état de certaines portions des digues a retenu l’attention des autorités. Les 21 points critiques identifiés nécessitent des interventions pour consolider les ouvrages et réduire les risques d’inondation. Dans cette partie de la vallée du Logone, où l’agriculture et particulièrement la riziculture constituent des activités essentielles, la solidité des digues représente un enjeu majeur.
Une éventuelle rupture pourrait exposer les terres aménagées, affecter les exploitations agricoles et compromettre les récoltes. Au-delà des dégâts matériels, une telle situation pourrait avoir des conséquences sur la sécurité alimentaire des populations, dans une région déjà confrontée à de multiples vulnérabilités.
Pourtant, VIVA Logone affiche des résultats encourageants. Au 31 juillet 2026, le projet présente un taux d’exécution physique de 60,6 % et un taux d’exécution financière de 53,2 %. Au total, 16 154 bénéficiaires directs sont concernés par les interventions du projet.
Le projet a également permis de financer 444 plans d’affaires au profit des femmes, tandis que 7 980 hectares ont été aménagés. Ces investissements visent notamment à améliorer les conditions de production agricole et à renforcer les revenus des populations de la vallée du Logone.
À Maga, ces réalisations sont accueillies favorablement par les riverains. Mohamadou, habitant de la localité, estime cependant que la sécurisation des digues doit désormais être traitée avec urgence.
« Il est important de sécuriser rapidement les digues parce qu’elles protègent nos champs et nos villages. Nous apprécions les efforts de VIVA Logone et ce qui est fait pour améliorer la production. Mais il faut renforcer les parties qui sont fragilisées pour éviter que les populations ne soient surprises par les eaux », explique-t-il.
Pour lui, les aménagements réalisés ont déjà contribué à améliorer les activités agricoles dans la zone. La protection des ouvrages doit donc accompagner ces investissements afin que les populations puissent continuer à exploiter leurs terres dans de bonnes conditions.
Le gouverneur de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, a pour sa part insistée sur la nécessité de préserver les infrastructures existantes. L’autorité administrative déplore notamment la mauvaise utilisation des digues par certains riverains.
Ces ouvrages sont parfois utilisés comme voies de circulation par des moyens de déplacement inappropriés. Le gouverneur a également relevé la circulation de certains véhicules de poids lourds sur les digues, une pratique susceptible d’accélérer leur dégradation.
La réparation des points critiques ne saurait donc être dissociée de la sensibilisation des populations. Les autorités souhaitent que les riverains prennent davantage conscience du rôle des digues et évitent les pratiques susceptibles de fragiliser ces infrastructures.
Pour VIVA Logone, l’enjeu est de préserver les investissements déjà réalisés. Les milliers d’hectares aménagés et les infrastructures mises en place doivent permettre d’améliorer durablement la production agricole. Leur efficacité dépend cependant de la capacité à protéger les ouvrages hydrauliques contre les intempéries, mais aussi contre les usages inappropriés.
L’urgence est d’autant plus grande que la question de la sécurité alimentaire demeure préoccupante dans l’Extrême-Nord. Selon le condensé du rapport d’OCHA couvrant la période d’avril à juin 2026, 96 958 personnes ont bénéficié d’une assistance alimentaire dans la région. Ce chiffre illustre la vulnérabilité d’une partie importante de la population et la nécessité de préserver les espaces de production agricole.
Dans ce contexte, protéger les terres agricoles de Maga revient aussi à préserver une partie de la capacité de production alimentaire de la région. Une inondation importante pourrait affecter les exploitations agricoles, réduire les récoltes et accroître la dépendance de certaines populations à l’aide alimentaire.
Réaction : “C’est une situation qu’il faut deplorer”

Ces dégradations sont essentiellement dues aux activités humaines. Les populations utilisent cette digue comme si elle était construite en béton . Or, en réalité, il s’agit simplement d’un ouvrage en terre remblayée destiné à contenir l’eau. Elle n’a donc pas la capacité de supporter certaines charges qui lui sont imposées.
Des analyses en laboratoire sont actuellement en cours afin de déterminer les mesures à prendre pour limiter les dégâts et prévenir les risques. En attendant la fin de la saison des pluies, qui permettra de reprendre les travaux proprement dits, nous allons prendre des mesures immédiates.
Nous allons travailler avec les autorités administratives, notamment les préfets et les sous-préfets, les comités de vigilance, afin d’interdire tout passage susceptible de présenter un danger ou d’exposer davantage l’ouvrage à des dégradations. Il est également nécessaire d’interdire le passage des charges lourdes qui peuvent fragiliser davantage cette infrastructure.
Ces mesures seront prises immédiatement. Ceux qui prendront le risque de violer les arrêtés qui seront pris s’exposeront à l’application rigoureuse de la loi.
Les travaux et les analyses sont d’ores et déjà en cours. Nous envisageons également
d’engager rapidement les interventions nécessaires. Car si cet ouvrage venait à céder, toutes les populations vivant en contrebas seraient exposées à un danger majeur. Cela pourrait affecter plusieurs localités, jusqu’à Maga, Waza, Kousseri et bien d’autres zones.
Des milliers de personnes vivent en contrebas de cette digue. C’est la raison pour laquelle nous sommes présents sur le terrain : apprécier la situation, évaluer les risques et déterminer les mesures à mettre en œuvre, à court, moyen et long terme, pour assurer durablement la sécurité des populations.









