Dr Nana Sambou Franck « Nous plaçons notre mandat sous le signe de la cohésion »

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Il est le Président réélu du Conseil de l’Ordre National des Pharmaciens du Cameroun. Il a été plébiscité à nouveau pour un mandat de trois ans.

 

Vous avez été à nouveau plébiscité au poste de Président de l’Ordre National des Pharmaciens du Cameroun. Une Assemblée élective qui n’a pas été du tout facile au regard de la durée ?

Je remercie le Quotidien Echos Santé pour cette interview. Nous avons sept divisions à l’Ordre National des Pharmaciens. Elles correspondent aux sept premières lettres de l’alphabet français (A, B, C, D, E, F, G).  Ce qui veut dire qu’on élit chaque membre de chaque division. Nous faisons également l’élection du Président de l’Assemblée Générale, du Commissaire aux comptes et des six membres de la chambre d’appel. Et à la fin, il faut élire le Président de l’Ordre National des Pharmaciens. Nous étions plus de 450 présences y compris les procurations. Chemin faisant avec la longueur, nous nous sommes retrouvés à plus de 200 votants. J’ai été élu à plus de 269 voix d’où 4 abstentions. Pour nous, c’est un plébiscite, pas au sens du triomphalisme. Nous avons eu ce plébiscite, parce que, les pharmaciens au-delà de leurs remarques sur certains points, nous ont renouvelés entièrement et totalement leur confiance durant trois ans.  Ils nous ont demandé d’être encore plus rigoureux et plus regardant dans ce que nous faisons. Ils veulent que nous puissions aller plus loin.

Vous placez votre mandat sous quel signe durant trois ans ?

Nous plaçons notre mandat sous le signe de la cohésion. Nous avons remarqué les forces de nos différentes institutions (syndicat, ordre et associations des différents professionnels pharmaceutiques). Nous souhaitons un impact positif pour que ces instances travaillent en synergie. L’objectif étant qu’une bonne partie des problèmes de la profession soit résolu. L’Ordre National des Pharmaciens ne fait pas tout. Le syndicat également ne fait pas tout. Les associations ne font pas tout. Voilà notre première cohésion. La deuxième, celle que nous visons avec le Ministère de la Santé Publique, bien au-delà avec les administrations publiques, avec le Ministère de la Santé Publique, notre travail est, je peux qualifier comme dans un couple, vous êtes en phase de collaboration, vous ne vous plaignez pas. Nous avons une très collaboration avec le Ministère de la Santé Publique que nous remercions. Nous voulons fédérer toutes les parties prenantes pour le bien du pharmacien camerounais. Les gens doivent savoir que, trois ans, c’est trop peu. Mais, c’est qu’à même 365 fois 3. Nous pensons qu’avec ces trois ans qui nous ont été réaccordé, nous allons avancer avec ce que nous avons entamé la mandature passée. Nous allons essayer d’apporter un impact plus positif.

Quels sont vos projets à court, à moyen et à long termes ?

L’un des projets qui est d’actualité pour nous. Nous l’avons commencé depuis 2023. Dès novembre, nous avions eu l’accord du Ministre de la Santé Publique pour la révision de nos textes. Le plan est déjà sur pieds. Avec le nouveau bureau de l’Ordre National des Pharmaciens, nous nous donnons un mois pour mettre les choses au propre. L’autre projet est l’insertion socio-professionnelle de nos pharmaciens qui est d’actualité. Nous sommes attendus avec les résultats avant la fin d’année sur les solutions concrètes. Il faut sécuriser les emplois de ces jeunes pharmaciens. L’objectif étant que nous n’ayons pas de dérives. Nous devons donc sécurisés au mieux leurs emplois. C’est un chantier pour nous. Nous avons encore un autre aspect de ce chantier qui nous intéresse, nous allons mettre sur pieds un logiciel de demande d’offres. Cela permettra de les superviser pour qu’elles ne soient pas des offres où les accords ne sont pas respectés. Nous devons encadrer et travailler avec le syndicat.  C’est son rôle l’aspect pécuniaire du pharmacien. Il faut éduquer les jeunes dans la profession pour qu’ils comprennent qu’il y a une évolution.

Et au-delà de ce chantier ?

Un autre chantier pas des moindre, est la construction de notre immeuble siège. Il faut pendant ces trois années de mandature, nous allons mettre tout en œuvre pour la mise sur pieds au moins d’une implantation d’une fondation. Il nous faut des finances. Nous avons également un chantier qui est interne. Il s’agit des cotisations. C’est de ça que vit l’Ordre National des Pharmaciens.  Nous avons à peine 50% des membres à jour de leurs cotisations. C’est inconcevable que nous n’ayons pas des effets coercitifs. Il est beaucoup plus inconcevable qu’un pharmacien sait que, de par la loi, nulle ne peut exercer, s’il n’est pas à jour de ces cotisations. Malheureusement, nous avons certaines personnes qui exercent allègrement.

Le Cameroun compte combien de pharmacies ?

Au Cameroun, nous avons autour de 660 pharmacies. En deux ans, nous avons installés cinquante pharmacies. Nous sommes avec le ministère pour accentuer l’installation d’une centaine qui va sortir avant la fin d’année 2023 signé par le ministre et l’ordre va se charger d’affecter les pharmacies. Nous apportons de l’offre aux populations. Nous sommes conscients des soucis qu’il y a en matière d’installations des pharmacies. Nous y travaillons depuis deux ans. Nous travaillons d’arrache-pied pour que nous ayons des pharmacies un peu partout dans le Cameroun. Nous avons présenté au moins une vingtaine de pharmacies. Nous avons des jeunes qui acceptent d’aller en région malgré la qualité de vies. Pour eux, la population est plus importante que la qualité de vie.

Quel est l’état des lieux des pharmacies au Cameroun ?

Le regard que nous avons des pharmacies n’est pas reluisant à cause essentiellement du médicament de la rue. Nous avons 150 pharmaciens formés par an au Cameroun. C’est l’Etat du Cameroun qui les forme. Il faut donc leur trouver un emploi. Lorsqu’on continue de laisser les médicaments de la rue se vendre. Que vont faire ces pharmaciens ? Et ceux qui ouvrent dans les contrées lointaines même parfois dans les grandes villes de Yaoundé et Douala ont la concurrence en face d’eux des vendeurs de la rue et de la mort comme j’aime les appelés. C’est vrai, il faut saluer le Ministre de la Santé Publique qui a mené une bataille. Il connait notre engagement. Nous le remercions pour tout ce qu’il fait. Nous voyons l’administration territoriale et la Direction de la Douane à fond. Maintenant, il faut une symphonie, une action, forte et une coordination sur le territoire. Nous savons les freins de certains secteurs administratifs, juridiques, politiques qui n’en veulent pas. Nous disons les Camerounais qui sont formés comme pharmaciens sont nos enfants et ceux de la population camerounaise.

Quels sont les problèmes qui minent la profession de pharmaciens au Cameroun ?

Le véritable problème que nous avons, c’est celui de l’absence de monopole du médicament aux pharmaciens, la vente de la rue et l’exercice illégale de la pharmacie. Que ce soit les hôpitaux publics ou cliniques privées, ils n’ont pas le droit de vendre les médicaments sans l’autorisation d’un pharmacien.

Qu’en est-il de la vente illicite des médicaments de la rue ?

Nous remercions d’abord le Ministre de la Santé Publique de nous accompagner chaque fois sur ce volet. Il faut retenir que la lutte contre la vente illicite ou le médicament de la rue dans sa forme répressive n’est pas du rôle de l’Ordre National des Pharmaciens.  On attend de l’ordre, qu’il protège la population.  Ce n’est pas parce qu’un ou deux pharmaciens seront véreux que les gens vont le temps à dire que toute l’activité n’est pas bonne. Il faut qu’on arrête ce discours. C’est pour nous faire ne pas avancer sur la question. Le petit gars qui vend au kiosque en face de nous, n’est pas le pharmacien.  A un moment, nous ne voulons plus de ce discours. Nous sommes fatigués d’entendre ça. Nous devons aller au-delà. Il faut interdire ces vendeurs de médicaments de la rue pour qu’ils puissent payer les impôts.  Les maires ne doivent plus accepter cela. En passant, je salue le Gouverneur de la Région de l’Ouest et de l’Est qui travaillent quotidiennement sur la question. Je salue le Directeur Général de la Douane qui fait un travail formidable avec certains de ces éléments. Nous travaillons avec pleines d’autorités. Nous pensons que d’ici quelques années, nous pouvons éradiquer ce phénomène qui gangrène notre activité de pharmaciens au quotidien.

Comment voyez-vous la formation des jeunes pharmaciens au Cameroun ?

En matière de formation tout peut être améliorable. Nous sommes satisfaits de la formation des pharmaciens dans les différentes écoles de formation au Cameroun. Mais, nous demandons encore plus. Nous avons demandé au Ministre de l’Enseignement Supérieur qui a validé la spécialisation des pharmaciens. Nous sommes en train de parler de la formation continue des pharmaciens. Nous sommes en train de parler de ces jeunes qui sortent, comment faire pour les encadrer professionnellement et leur former encore sur le plan pratique du terrain pendant trois ou six mois ? Nous n’allons jamais faire l’économie d’une formation. Pour être pharmacien au Cameroun, il faut au maximum six ans.

Vous avez évoqué à chaque fois la précarité dans le métier de pharmacien au Cameroun. Comment cela s’explique ?

Nous parlons de précarité dans l’activité de pharmacien par rapport aux pays avoisinants et la marge du médicament. Depuis la dévaluation, cette marge a baissé. En Côte-d’Ivoire et au Sénégal, elle a été augmentée. Vous savez, le pharmacien paye les impôts et s’il faut créer la richesse, investisse dans l’industrie et la recherche, s’il n’a pas d’argent, il ne peut pas investir à l’intérieur. La lutte contre la vente illicite des médicaments est un pilier de notre mandat. Nous bataillons pour que les pharmaciens puissent s’installer et aient une vie assez digne pour réinvestir dans le secteur recherche et l’industrie au Cameroun.

 

Quel est votre plaidoyer ?

Le plaidoyer auprès des autorités est d’abord le monopole du pharmacien, la lutte contre la vente illicite des médicaments, l’exercice illégal de notre profession, une bonne formation de nos stagiaires étudiants et pharmaciens en continue. Je m’en voudrais si je ne parle pas de l’industrie pharmaceutique.

Interview réalisée par Catherine Aimée Biloa

 

 

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