Directrice générale adjointe du Centre Pasteur du Cameroun et figure de proue de la lutte contre la drépanocytose, le Docteur Suzanne Belinga incarne une nouvelle ère de gouvernance scientifique. De son parcours d’excellence entre Louvain et Poitiers à son combat acharné pour le dépistage néonatal, cette médecin biologiste d’exception allie avec brio la rigueur du laboratoire à un engagement humanitaire profondément ancré sur le terrain.
Le 20 septembre 2017, une mélodie s’élève sous les voûtes solennelles du Centre Pasteur du Cameroun à Yaoundé. L’Hymne à la joie résonne, non pas seulement pour marquer un rituel protocolaire, mais pour saluer l’avènement d’une nouvelle ère de gouvernance scientifique. Ce jour-là, sous les félicitations chaleureuses du regretté Professeur Joseph Mbede, alors président du Conseil d’administration, le Docteur Suzanne Belinga est installée officiellement dans ses fonctions de Directeur général adjoint. Pour cette femme de sciences, ce moment de
consécration n’est pas le point d’arrivée d’une carrière linéaire, mais l’aboutissement d’une promesse intime faite à la biologie clinique : celle d’allier la rigueur du diagnostic médical à la fibre humanitaire de la santé publique. Pour comprendre l’épaisseur de cette figure incontournable de la médecine camerounaise, il faut remonter le fil du temps et quitter un instant les collines de Yaoundé pour s’immerger dans les laboratoires de pointe européens.
La trajectoire académique de Suzanne Belinga s’apparente à une quête perpétuelle d’excellence. Son socle médical s’est forgé en Belgique, au sein de la prestigieuse Université catholique de Louvain. Entre 1994 et 1999, elle y acquiert son Certificat de spécialisation de niveau 5 en biologie clinique. Durant ces années intenses, elle arpente quotidiennement les couloirs et les paillasses des Cliniques Universitaires Saint-Luc. En tant que médecin assistant candidat spécialiste, elle se confronte à la réalité brute et minutieuse des services d’hématologie, de biochimie, de bactériologie et de virologie. C’est là, au microscope, entre les cultures cellulaires et les analyses sanguines, qu’elle développe son obsession pour le diagnostic exact : derrière chaque échantillon se trouve une vie humaine en attente de vérité.
Pourtant, très tôt, Suzanne Belinga comprend qu’un grand médecin biologiste ne peut se contenter de maîtriser la science pure si l’organisation qui l’entoure fait défaut. Piloter des laboratoires nationaux exige des compétences qui dépassent les éprouvettes. C’est ainsi que des années plus tard, entre 2014 et 2016, elle retourne sur les bancs universitaires, cette fois à l’Université de Poitiers en France, pour y décrocher un Master of Business Administration (MBA) en droit, économie et gestion, obtenu avec la mention Assez Bien. Armée de cette double armure, scientifique et managériale, elle est parée pour affronter les défis structurels du système de santé de son pays d’origine.
Centre pasteur du Cameroun : la gardienne de l’accréditation
Depuis juin 2012, le nom de Suzanne Belinga est indissociable du Centre Pasteur du Cameroun (CPC). D’abord Directrice de la biologie médicale, de la vaccination et de la formation, elle élargit ses responsabilités pour devenir, à partir d’août 2017, la Directrice générale adjointe de cette institution centenaire. Dans ce rôle névralgique, elle orchestre une machinerie complexe : coordonner l’activité des différents départements de laboratoire, garantir aux patients un service à la fois diligent et incontestablement fiable, et veiller à la formation continue des techniciens de laboratoire en analyses médicales. Sous sa houlette, un objectif demeure non négociable : le respect drastique des exigences de la norme ISO 15189, sésame absolu pour l’obtention et le maintien de l’accréditation internationale des laboratoires du CPC. Pour Suzanne Belinga, chaque processus optimisé et chaque procédure validée est une garantie de sécurité sanitaire supplémentaire offerte aux millions de Camerounais qui accordent leur confiance à l’institution.
Le combat d’une vie : briser le silence de la drépanocytose
Mais l’engagement de la biologiste dépasse largement le cadre feutré de la direction du CPC. Depuis 2012, elle assume bénévolement le poste de Secrétaire générale du Groupe d’étude de la drépanocytose du Cameroun (GEDREPACAM). La drépanocytose est cette “épidémie silencieuse” qui brise des milliers de familles à travers le continent. Face à ce fléau génétique, Suzanne Belinga et le GEDREPACAM mènent un combat acharné sur le terrain depuis quatorze ans. Pour elle, la médecine ne doit pas seulement attendre les malades au laboratoire ; elle doit aller au-devant d’eux.
Le premier grand tournant de cette lutte intervient en 2025, une année qu’elle qualifie elle-même de “décisive” pour le Cameroun. Sous l’impulsion de plaidoyers répétés, le ministère de la Santé publique valide le Plan Stratégique National de Lutte contre la Drépanocytose 2025-2030 et
signe une lettre circulaire historique instaurant le dépistage néonatal systématique dans toutes les formations sanitaires du territoire national. Dans la foulée, le lancement officiel de la phase 2 du projet multinational Drepacci (courant d’avril 2025 à décembre 2027), soutenu financièrement par l’Agence Française de Développement (AFD) et la Fondation Pierre Fabre, concrétise les efforts d’une vie. Ce projet s’articule autour de trois piliers fondamentaux que le docteur Belinga coordonne avec ferveur : le dépistage précoce, la prise en charge clinique et l’implication forte des communautés.
L’humanisme au cœur de la science
Voir l’impact concret de ces réalisations sur le terrain procure à Suzanne Belinga une satisfaction indicible. Mais la scientifique refuse de s’attribuer seule le mérite de ces victoires. Avec l’humilité caractéristique des grands esprits, elle ne cesse d’exprimer sa gratitude envers les équipes mobiles sur le terrain, les formations sanitaires partenaires de dépistage et l’implication constante des autorités sanitaires. Pourtant, le combat est loin d’être achevé. En 2026, la médecin biologiste garde le regard fixé sur la ligne d’horizon. Parmi ses batailles prioritaires figure désormais la question cruciale de l’accès universel et abordable à l’hydroxy-urée, un traitement de fond essentiel pour soulager les crises douloureuses des patients drépanocytaires. Elle espère également rallier de nouveaux bailleurs de fonds internationaux pour soutenir l’effort de guerre contre cette pathologie.
Portrait d’une leader d’aujourd’hui
Au-delà des titres, des diplômes et des distinctions académiques, Suzanne Belinga incarne une vision moderne de la médecine africaine : rigoureuse sur le plan scientifique, managériale dans son exécution administrative, et profondément empathique dans son approche sociale. Qu’elle vérifie des chaînes d’accréditation au Centre Pasteur sous les exigences de la norme ISO ou qu’elle se batte pour le dépistage d’un nouveau-né dans un district de santé reculé, elle reste guidée par la même boussole : celle d’une biologiste d’exception qui a choisi de mettre la précision de la science au service de la vie.













