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Financement de la santé : 45,6 % des ménages de l’Extrême‑Nord ont recours à des tontines

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24,5 % des ménages de l’Extrême-Nord adhèrent à des mécanismes communautaires de santé : associations d’entraide (89,3 %), caisses de solidarité (66,1 %), tontines villageoises et systèmes d’épargne. C’est le constat de l’étude menée par Action contre la Faim (ACF), en partenariat avec le ministère de la Santé publique, dont les résultats ont été restitués ce jeudi à Yaoundé.

Alors que l’État camerounais ne consacre que 4 à 7 % de son budget à la santé loin des 15 % promis à Abuja et que les ménages supportent encore 72,1 % des dépenses de soins sur leurs propres deniers, une réalité parallèle se dessine dans les zones les plus reculées du pays. Ce jeudi, dans la salle de réunion de CARE International à Yaoundé, les résultats de l’évaluation des mécanismes communautaires de financement de la santé dans l’Extrême‑Nord ont été restitués. Commanditée par Action contre la Faim (ACF) en partenariat avec le Ministère de la Santé Publique, l’étude lève le voile sur un tissu associatif dense, inventif et résilient, mais aussi fragile, qui supplée chaque jour les carences d’un système public exsangue.


Menée du 3 au 20 juillet dernier dans 13 districts de santé, l’enquête a combiné approches quantitative et qualitative : 388 ménages interrogés, 223 entretiens individuels, 62 discussions de groupe et 54 études de cas. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : 45,6 % des ménages connaissent au moins un mécanisme communautaire, et 24,5 % y adhèrent activement. Associations d’entraide (89,3 %), caisses de solidarité (66,1 %), systèmes d’épargne (63,3 %) ou tontines villageoises : les formes de mutualisation sont multiples. « Les populations font recours dans les groupes de tontine, AVEC, GIC ou coopérative pour avoir des moyens financiers afin de se prendre en charge en cas de maladie », a rapporté une participante de Mogodé. À Yagoua, une association va jusqu’à accorder des prêts à taux zéro, remboursables après les récoltes, pour les hospitalisations lourdes.

L’inclusion reste le talon d’Achille de ces solidarités de proximité. Près d’un répondant sur cinq (19,3 %) juge les mécanismes inaccessibles. Les ménages pauvres (51,8 %), les personnes déplacées internes (36,9 %) et les réfugiés (34,5 %) sont les plus exclus. Le manque d’emploi (79,4 %) et l’irrégularité des revenus (78,1 %) sont les freins majeurs. « Toute femme résidant à Zaba II, qu’elle soit autochtone ou déplacée, peut adhérer si elle paie le droit d’entrée et accepte le règlement intérieur. Il n’y a pas de discrimination », témoigne pourtant une participante de Yagoua. Mais sur le terrain, la réalité est plus nuancée : « Les nouveaux arrivants dans le quartier, ceux qu’on ne connaît pas encore bien, ont plus de mal à être aidés », reconnaît un leader religieux de Kolofata.
À l’issue de l’atelier, une recommandation majeure s’est dégagée : ne pas créer de dispositifs parallèles, mais consolider ce qui existe déjà. « Il faut former les responsables, signer une convention avec les centres de santé, et impliquer les leaders religieux et traditionnels », ont plaidé les participants.

L’étude montre en effet que les mécanismes communautaires interviennent déjà dans la sensibilisation, l’orientation et l’accompagnement social, mais qu’ils ne peuvent se substituer aux dispositifs publics. Comme l’a résumé le professeur Njoumeni Zakariaou : « Les mécanismes communautaires sont des filets de sécurité de proximité, mais ils ne peuvent remplacer la protection sociale universelle. L’enjeu est de les reconnaître, de les renforcer, et de les articuler avec le système national. »

À Koza, un représentant du chef d’aire a rappelé que, dans un contexte de violence et de déplacements forcés, les relais communautaires formés aux premiers secours psychologiques participent aussi à l’accompagnement des personnes traumatisées. Une dimension humaine qui dépasse le simple paiement des soins. Car ici, la solidarité ne se mesure pas qu’en francs CFA : elle prend aussi la forme d’un bol de mil partagé, d’une visite à la famille éprouvée, d’un coup de main pour les récoltes.

Des gestes simples, mais qui, dans l’Extrême‑Nord, font parfois la différence entre la vie et la mort.
Un défi que le professeur Njoumeni Zakariaou et l’ensemble des acteurs présents à Yaoundé entendent bien relever, en attendant que l’étude soit étendue aux régions de l’Est, du Sud‑Est et du Nord‑Ouest, pour une photographie complète de cette incroyable ingéniosité populaire.

Réaction

« Les communautés de l’Extrême-Nord ne subissent pas les charges de santé, elles s’organisent »

Fall Tidiane, Directeur pays d’Action contre la faim au Cameroun.

Le projet que nous mettons en œuvre couvre plusieurs pays, dont le Cameroun. Il vise à renforcer toutes les dimensions du partenariat avec les autorités sanitaires et les acteurs locaux. Cette phase est justement consacrée à la consolidation de ces relations, dans chaque pays concerné. Lorsqu’on aborde le financement communautaire de la santé, l’enjeu central est de comprendre comment les communautés s’organisent aujourd’hui pour faire face aux coûts liés à l’accès aux services de santé. Le gouvernement déploie des efforts considérables pour offrir des services fonctionnels et les rapprocher au mieux des populations. Toutefois, des charges importantes demeurent à la charge des ménages pour bénéficier de ces prestations. L’intérêt de cette étude est précisément d’identifier les initiatives que les communautés entretiennent et mettent en œuvre pour faciliter cet accès.
Le constat est encourageant : les communautés sont résilientes. Elles s’organisent et développent des mécanismes de solidarité. Elles ont pleinement conscience de l’importance de leur rôle pour investir dans leur santé et accéder aux soins. Nous avons ainsi recensé des AVEC (Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit), des associations villageoises, des caisses de crédit, des groupements de femmes, des groupements de jeunes et des tontines. Il est particulièrement réjouissant de voir que toutes ces structures intègrent dans leur mandat ou leurs objectifs la facilitation de l’accès aux soins et la promotion d’une solidarité endogène au service de la santé dans leurs zones d’intervention.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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