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Gestion des urgences de santé publique : Quand la communauté devient le bouclier ultime face aux pandémies

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Le Cameroun intensifie sa préparation aux pandémies, fort des leçons tirées d’Ebola et de la COVID-19. Doté de plans d’urgence et d’un système de gestion de l’incident étendu, le pays fait face à des vulnérabilités complexes, entre insécurité et contraintes financières. Au cœur de cette riposte, l’implication active des communautés s’impose comme une nécessité vitale, bien qu’elle soulève des défis persistants en matière de financement et de participation.

La situation au Cameroun est particulièrement ardue. Les défis liés à l’insécurité dans l’Extrême-Nord (Boko Haram), le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ainsi que les afflux de populations déplacées par le conflit centrafricain vers l’Est, fragilisent un système de santé déjà sous pression. Ces crises, aggravées par une détérioration de la sécurité alimentaire, exposent des populations vulnérables à des risques sanitaires accrus et entravent l’accès aux soins essentiels.

Le Pr NJOCK Louis Richard, Secrétaire général du MINSANTE, le confirme : « Les urgences de santé publique demeurent une préoccupation majeure dans notre pays. » Il cite une litanie de menaces : inondations, choléra, éboulements, Mpox, sans oublier les épidémies endémiques comme la rougeole ou le paludisme. La suspension d’aides par certains bailleurs de fonds ajoute une contrainte financière non négligeable. Cependant, la prise de conscience née de l’épidémie d’Ebola en 2014 a agi comme un puissant catalyseur pour le Cameroun, incitant le pays à renforcer ses mécanismes de réponse.

La communauté au cœur de la résilience

Depuis 2014, le Cameroun a élaboré plusieurs plans d’urgence sanitaire pour renforcer ses systèmes de santé. Jacob Atangana-Abé, professeur à l’Université de Saint-Boniface, salue les efforts gouvernementaux face au COVID-19, notamment la mise en place rapide, dès février 2020, d’un plan de préparation et de réponse, structuré autour de huit axes clés, de la coordination multisectorielle à la gestion des cas.

Le Dr Manaouda Malachie, Ministre de la Santé Publique, insiste sur le rôle primordial des communautés locales : « La santé communautaire est donc un maillon essentiel car en cas de crise, ce sont souvent les communautés locales qui réagissent le plus vite. » Cette conviction le pousse à plaider pour une implication élargie des acteurs de terrain. « Nous devons donc impliquer les leaders communautaires, les ONG locales, les volontaires afin de créer un véritable réseau de sentinelles et de répondeurs partout sur le territoire. »

Pour le Ministre, une population bien préparée est une population plus résiliente. « Une population bien formée, bien informée, préparée aux bons réflexes en situation d’urgence… est une population plus résiliente. » La résilience est, selon lui, « l’affaire de tout le monde, de toutes les couches, de toutes les populations. »

Vers un engagement communautaire durable

Face à la recrudescence des crises sanitaires, l’impératif de placer les communautés au cœur des stratégies est plus crucial que jamais. Bolivar Dekou Fobasso, secrétaire exécutif d’African Youth and Adolescents Network on Population and Development (AfriYAN), l’affirme. « Il est impératif de placer les communautés au cœur du système de préparation et de réponse sanitaire. » Pour cela, le Cameroun doit dépasser les approches traditionnelles au profit d’une stratégie d’engagement communautaire durable, fondée sur trois piliers : la participation active, une communication des risques efficace et le renforcement des capacités locales.

Pour Nnamdi DUM-BUO, chercheur socio-anthropologue au CRID et consultant à l’UNICEF NYHQ, cet engagement est un « processus actif qui commence dès le début », dès la conception des plans d’intervention. Il implique de solliciter activement les avis des membres de la communauté, car « quand tout le monde donne sa contribution, ça fait en sorte que les gens puissent s’imprégner de cette intervention. Ils peuvent prendre ça comme si c’était leur propre projet. »

La communication est un pilier fondamental. Selon ABONA OYONG Sidoine Marlyse, membre de TB People Cameroon, « la communication serait un outil essentiel dans la riposte » et elle insiste sur le potentiel des plateformes numériques. « Amener les médias sociaux dans la sensibilisation et l’éducation de la population serait un atout majeur dans la mesure où le taux de stigmatisation, discrimination et de rejet pourrait être réduit de façon considérable. » Au-delà de la communication, le financement reste un point critique, ABONA OYONG Sidoine Marlyse plaidant pour « une reconsidération du financement de la TB par l’État camerounais. »

Les expériences récentes, d’Ebola au COVID-19, l’ont démontré : les réponses efficaces ne sauraient être uniquement descendantes. Une implication communautaire forte et holistique est indispensable. Une communauté bien informée, formée et impliquée est non seulement un relais efficace pour l’État, mais aussi « un rempart contre la propagation des rumeurs, de la stigmatisation et de la désinformation. » En effet, « une riposte sans les communautés est une riposte vouée à l’échec. »

Pour relever ces défis, il est urgent d’institutionnaliser cet engagement via des investissements conséquents, de la formation continue, un suivi-évaluation rigoureux et une volonté politique claire. La digitalisation est un levier majeur, avec la mise en place de plateformes numériques pour le suivi en temps réel des pandémies. Des supports adaptés en langues locales, pré-testés, devront être produits et diffusés à grande échelle, complétés par le renforcement de la communication interpersonnelle et l’utilisation des radios communautaires.

La participation communautaire doit être effective, notamment par l’implication des représentants locaux dans la prise de décisions et la gestion des districts de santé, de l’analyse situationnelle à la planification et au suivi-évaluation. Ce transfert de compétences est crucial. L’autonomisation financière est également visée par la mobilisation d’au moins 80% des ressources locales auprès des collectivités territoriales décentralisées (CTD), des formations sanitaires (FOSA), des organisations de la société civile (OSC/OBC), des ménages et des partenaires locaux.

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Le système de gestion de l’incident (SGI) au cœur de l’opérationnel

Au cœur de la riposte opérationnelle, le Système de Gestion de l’Incident (SGI), coordonné par le ministère de la Santé publique, se déploie sur l’ensemble du territoire camerounais. Son objectif est clair : « la détection précoce de tous cas suspects ; assurer le diagnostic dans de brefs délais ; assurer la prise en charge immédiate d’éventuels cas ; assurer la mise en place des mesures de prévention et contrôle de l’infection ; assurer une bonne coordination multisectorielle des activités de préparation et de réponse et une bonne information de la population et des différents détenteurs d’enjeux nationaux et internationaux. » Pour faire face au COVID-19, le gouvernement a d’ailleurs créé des centres spécialisés dans les grandes villes et un fonds de solidarité dédié.

En combinant ces approches, le Cameroun s’engage fermement à transformer ses défis en opportunités, faisant de la communauté un acteur central de sa résilience face aux menaces sanitaires futures.

L’ONG FIS renforce la participation communautaire dans la gestion des pandémies

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet COPPER-CE, l’ONG FIS (For Impacts In Social Health) s’engage résolument dans le renforcement de la participation communautaire dans la gouvernance des soins de santé primaires au Cameroun. Financé par le Fonds mondial via ACT AFRICA depuis juin 2024, ce projet ambitieux vise à renforcer l’implication des communautés et de la société civile dans les mécanismes nationaux de préparation et de réponse aux pandémies (PRP), avec un accent particulier sur l’équité en santé, les droits humains et l’égalité de genre. Selon Bernadette Ngo Bikotok, cheffe du projet COPPER CE, « le projet agit sur plusieurs leviers : le renforcement des capacités des communautés et de la société civile sur la PRP, la promotion de leur engagement significatif dans les comités PRP et l’appui à la coordination et à l’utilisation de données probantes ». Le projet a déployé une méthodologie rigoureuse commençant par un diagnostic communautaire approfondi. Ce diagnostic a permis de recueillir des données auprès des communautés, des institutions, ainsi que des chefs traditionnels et religieux impliqués dans les soins de santé primaires.

Des avancées significatives

Plusieurs ateliers stratégiques ont jalonné la mise en œuvre du projet. Un premier atelier tenu en décembre 2024 à Mbankomo a permis de définir un agenda national de plaidoyer. Par la suite, les 3 et 4 avril 2025 à Yaoundé, un atelier de mise à jour du plan de plaidoyer a validé les résultats de l’assistance technique et intégré de nouvelles recommandations. Bertrand Kampoer, Directeur Exécutif de FIS-Cameroun, précise que « l’initiative s’articule autour de plusieurs axes majeurs : la cartographie des structures de gouvernance des soins de santé primaires, l’identification des espaces décisionnels propices à la participation communautaire, et l’instauration d’une collaboration dynamique entre les communautés, la société civile et les agents de santé ».

Le projet COPPER-CE a permis d’identifier les principales parties prenantes communautaires et les stratégies de préparation et réponse aux pandémies. Il œuvre également à la création et au renforcement de coalitions et partenariats pour coordonner les actions de plaidoyer. Ces avancées significatives vers une participation communautaire accrue dans la gouvernance sanitaire camerounaise démontrent l’importance d’impliquer directement les populations dans les décisions qui les concernent, particulièrement dans le domaine crucial de la préparation et réponse aux pandémies. La prochaine étape consistera en la validation officielle du rapport de diagnostic communautaire, prévue dans les prochaines semaines, qui ouvrira la voie à la mise en œuvre concrète des recommandations issues de ce processus participatif.

E. S. N

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