L’hôpital régional de Bafoussam, pilier du système de santé de l’Ouest, n’a jamais cessé de porter les stigmates du temps.
Mais depuis quelques mois, l’institution vit une véritable métamorphose sous la houlette de son directeur, Dr Jean-Marie Ndjip.
Entre réformes de gouvernance, regain de motivation du personnel et modernisation progressive, l’hôpital tente de retrouver sa place de leader régional, même si les défis restent nombreux.

Un géant affaibli mais debout
L’hôpital régional de Bafoussam, établissement de référence dans la capitale de la région de l’Ouest, a traversé de nombreuses épreuves au fil des décennies. Comme l’explique son directeur, Dr Jean-Marie Ndjip, l’institution « a traversé les temps, a subi durement ces temps et s’est transformée avec ce temps ». Aujourd’hui encore, elle doit concilier son héritage avec les attentes croissantes de la population et les exigences d’un système de santé en constante mutation.
Historiquement considéré comme un pilier de l’offre de soins, davantage comme la vitrine médicale de la région, l’hôpital régional de Bafoussam doit désormais faire face à une concurrence accrue. « Les défis majeurs sont de pouvoir servir pour mériter sa position de leader régional, un peu affaibli par la concurrence née de la création des hôpitaux régionaux annexés et du CHR », confie le directeur. Sa situation stratégique, au cœur de Bafoussam, reste toutefois un atout considérable, renforcé par le dynamisme de la ville et les exigences croissantes des patients. Les exigences des patients, elles, ne cessent de croître.

Quand tout semblait perdu
À son arrivée, le Dr Jean-Marie Ndjip a trouvé une institution plongée dans une profonde crise. « Nous avons hérité d’un hôpital fortement endetté, avec un climat social délétère. Il fallait approvisionner la pharmacie et les laboratoires, assurer la maintenance et acquérir de nouvelles machines, rassurer le personnel dont les salaires avaient disparu depuis plusieurs mois », raconte-t-il avec gravité. Les caisses étaient vides, les dettes accumulées, et la confiance du personnel comme celle des partenaires commerciaux s’était effondrée.
La trésorerie exsangue ne permettait plus de couvrir les dépenses courantes, et les fournisseurs, eux aussi étranglés par les créances non réglées, hésitaient à poursuivre leur collaboration. Dans ce contexte tendu, où tout semblait au bord de l’effondrement, un pari audacieux a été fait : regagner la confiance de toutes les parties prenantes pour relancer la machine.
Cinq mois plus tard, le pari est tenu. Les premiers résultats parlent d’eux-mêmes : « La croissance est allée du simple au double. Les patients sont de retour, le personnel est confiant, souriant et engagé. L’environnement et l’hygiène deviennent éclatants », se réjouit le directeur. Les couloirs de l’hôpital, jadis marqués par la morosité, retrouvent peu à peu leur effervescence. Les services reprennent vie, les malades affluent à nouveau, et l’établissement renoue avec sa mission première : soigner dans la dignité.
Un personnel regonflé à bloc
La clé de ce redressement ? La motivation, véritable moteur de la transformation observée à l’hôpital régional de Bafoussam. Pour le directeur, il ne s’agit pas seulement d’une question d’organisation ou d’équipements, mais bien de redonner confiance et fierté à des équipes longtemps démoralisées par les retards de salaires et un climat social délétère. Désormais, le personnel se sent reconnu et valorisé, ce qui se traduit par une implication plus forte dans les soins quotidiens.
Une anecdote illustre parfaitement ce nouvel état d’esprit. « En fin août, un médecin généraliste a déclaré qu’il s’en foutait désormais de son salaire et de ses quotes-parts, après avoir touché un montant polymérisé de 650 000 F en cash », raconte le Dr Ndjip. Derrière ces mots un peu crus se cache un profond soulagement : celui d’un professionnel qui, après des mois d’incertitude et de frustration, retrouve enfin la motivation de travailler avec sérénité.
Aujourd’hui, chaque acte médical posé est valorisé et comptabilisé avec rigueur. Un système de suivi permet à chacun de tenir son propre carnet de décompte, garantissant transparence et équité dans la répartition des primes. Cette méthode, selon le directeur, a permis de briser la routine démotivante d’hier et d’instaurer une nouvelle dynamique où l’effort est systématiquement récompensé. Résultat : le personnel n’hésite plus à s’investir davantage, les patients bénéficient d’une meilleure prise en charge et l’hôpital retrouve progressivement son image de centre de référence.

Un plateau technique en progrès
Tous les services de l’hôpital sont sollicités, notamment les urgences, la médecine interne et la chirurgie. L’hôpital dispose d’équipements de diagnostic modernes : un scanner, une radio standard avec capteur instantané, ainsi qu’un laboratoire de niveau supérieur équipé pour les analyses Elisa et de biologie moléculaire. La coelioscopie gynécologique est également disponible, tandis que l’hôpital est « en quête d’un endoscope digestif et d’un EEG », avons-nous appris.
Des soins accessibles aux plus vulnérables
L’hôpital n’oublie pas les plus démunis. Conscient de la précarité dans laquelle vit une partie importante de la population, il met en place des mécanismes de solidarité pour garantir un accès équitable aux soins. Dans une région où de nombreuses familles peinent à couvrir les frais médicaux de base, cette dimension sociale est devenue un pilier de la mission de l’établissement.
« Les patients les plus déshérités bénéficient des bons de prise en charge, des réductions et parfois même des exonérations lorsque le service social implanté à l’hôpital certifie, après enquête, qu’il s’agit d’une indigence franche », explique Dr Ndjip. Concrètement, chaque dossier est étudié avec minutie par l’équipe sociale afin de s’assurer que l’aide bénéficie réellement aux plus nécessiteux. Les bons de prise en charge permettent ainsi aux malades d’accéder aux traitements sans avancer la totalité des frais, tandis que les exonérations offrent une bouffée d’oxygène aux familles frappées par la pauvreté extrême.
Ces mesures humanitaires, parfois invisibles dans le fonctionnement quotidien d’un hôpital, traduisent une volonté claire : faire de l’hôpital régional de Bafoussam non seulement un lieu de soins, mais aussi un refuge pour les plus vulnérables. Elles contribuent à renforcer le lien de confiance entre la population et l’institution, tout en rappelant que la santé doit rester un droit fondamental, accessible à tous, quelles que soient les conditions économiques.
Une modernisation par étapes
La formation continue du personnel est désormais considérée comme un véritable pilier dans la stratégie de relance de l’hôpital régional de Bafoussam. Elle se décline sous plusieurs formes : les rondes sectorielles, qui permettent d’évaluer la qualité des pratiques au quotidien ; les Enseignements organisés à l’unité (EOU), qui renforcent les connaissances théoriques et pratiques ; ainsi que les ateliers de travail, moments d’échanges privilégiés où médecins, infirmiers et techniciens partagent leurs expériences et mettent à jour leurs compétences. Ces initiatives régulières visent non seulement à améliorer les performances individuelles, mais aussi à créer une culture collective de rigueur et d’innovation au sein de l’institution.
Parallèlement, l’hôpital poursuit un vaste effort de modernisation de son plateau technique. Dans un contexte où les ressources financières restent limitées, la direction a choisi une approche diversifiée pour les acquisitions : certains équipements sont achetés « en cash » lorsque la trésorerie le permet, d’autres sont obtenus par des mécanismes de leasing, et enfin, plusieurs projets voient le jour grâce à des partenariats stratégiques. Cette flexibilité offre à l’hôpital la possibilité d’élargir progressivement ses capacités techniques sans attendre de financements massifs extérieurs.
Cette double dynamique (investir dans les hommes par la formation et dans le matériel par des acquisitions adaptées) permet à l’hôpital de maintenir le cap vers la modernisation, tout en s’assurant que le personnel soit en mesure de tirer pleinement profit des nouvelles technologies mises à sa disposition.

Des défis encore lourds
Mais tout n’est pas rose. Malgré les progrès réalisés en quelques mois, l’hôpital régional de Bafoussam reste confronté à de nombreuses difficultés structurelles et organisationnelles. Le problème le plus préoccupant demeure le manque criant de spécialistes. Bien que certains aient été officiellement affectés à l’établissement, beaucoup ne prennent pas fonction, laissant des postes clés vacants. Ainsi, des services entiers tournent au ralenti ou reposent sur des généralistes contraints de se surpasser pour compenser l’absence des experts. Parmi les spécialités les plus touchées figurent la radiologie, la rhumatologie, la cardiologie et la pédiatrie, des disciplines essentielles dans la prise en charge des patients. Cette pénurie a des répercussions directes sur la qualité des soins, obligeant parfois les malades à se tourner vers le secteur privé ou à parcourir de longues distances pour obtenir un diagnostic spécialisé.
Au-delà du personnel médical, l’hôpital doit également composer avec des infrastructures vieillissantes qui peinent à répondre aux standards modernes. Plusieurs bâtiments nécessitent des travaux de réhabilitation urgents : toitures dégradées, installations électriques obsolètes, salles de soins à rénover pour garantir un meilleur confort aux patients et un environnement de travail adapté au personnel. Cette vétusté, en plus de freiner l’efficacité des soins, alourdit considérablement les charges de maintenance.
La gestion des déchets médicaux représente un autre défi de taille. Dans un établissement où tous les services sont sollicités au quotidien, le volume des ordures hospitalières est considérable. Leur traitement exige des moyens techniques et financiers conséquents, ainsi qu’un respect rigoureux des normes environnementales pour éviter tout risque sanitaire. Or, les équipements adaptés sont encore insuffisants, ce qui complique la mise en œuvre d’une politique efficace de gestion durable des déchets.
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Enfin, plusieurs équipements médicaux déjà en service nécessitent des travaux de réhabilitation. La maintenance régulière et parfois le remplacement complet de certains appareils deviennent indispensables pour garantir la fiabilité des diagnostics et la sécurité des soins. Sans ces interventions, l’hôpital risque de voir ses avancées compromises par des pannes récurrentes et une dépendance accrue aux prestataires extérieurs.
Et demain… ?
Pour l’avenir, Dr Ndjip reste optimiste. Il annonce des priorités claires : « Après cette remise à niveau, nous voulons poursuivre l’assainissement de l’environnement, la modernisation des équipements, l’insertion de nouveaux spécialistes et l’extension des unités d’hospitalisation et d’hébergement pour nos gardes malades. »
Mireille Siapje














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