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« Les appels d’offres doivent prioriser nos fabricants locaux »

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À l’occasion du lancement de la deuxième édition de Pharma Expo 2025, le Dr Franck Nana Sambou, Président de l’Ordre National des Pharmaciens du Cameroun, a dressé un diagnostic sans concession du secteur pharmaceutique camerounais. Dans cet entretien, il revient sur l’agonie de la production locale, la menace des faux médicaments, les perspectives de collaboration avec la médecine traditionnelle et les défis que doit relever la profession pour garantir une santé de qualité à tous les Camerounais.

Il y a quelques mois au cours d’une rencontre, le Président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) s’inquiétait de l’agonie du secteur de l’industrie des médicaments au Cameroun. Quelle est votre observation ?

La production est le parent pauvre de notre secteur. L’industrie pharmaceutique camerounaise à la limite, est en deçà de 5% de la consommation en termes de médicaments. Ce qui n’est pas admissible du tout. Nous avons passé 7 années d’études, dans la plupart de ces cours en chimie, en fabrication, à apprendre à savoir comment fabriquer le médicament. De 1960 en 2025, on ne saurait admettre que le Cameroun ne peut pas avoir 15 à 20% de sa production nationale. Ce n’est pas admissible. Nous n’avons même pas besoin d’attendre l’État pour le dire. Nous avons une obligation de par nos formations à reproduire ce que nous avons appris à l’école. Aujourd’hui, plusieurs médicaments sont tombés dans le domaine public. Les brevets n’appartiennent plus à ces laboratoires.

Donc, nous ne comprenons pas pourquoi est-ce que nous ne pouvons pas aller chercher ces brevets pour pouvoir en fabriquer. Nous ne comprenons pas comment le paracétamol, aussi simple soit-il, soit importé. Comment le soluté, aussi simple soit-il, soit importé. Il y a des questions basiques. Et pour ne pas dire, si on veut faire une couverture santé universelle, doit-on importer les médicaments, prendre votre argent de vos impôts et payer aux sociétés étrangères. Oui, ici, le produit a une qualité intrinsèque, a quelque chose de spécial. Mais un comprimé simple, on n’a pas dit les effets, un comprimé simple, il peut être fabriqué dans nos facultés. Nous devons nous adresser  aux autorités fiscalo-douanières ou du ministère des Finances pour dire : certaines taxes mises en place nous empêchent de nous développer en matière d’industrie.

Nous devons le faire également avec les scientifiques et leur demander : pourquoi nous n’arrivons pas à nous asseoir ensemble pour ne serait-ce que mettre en place des procédés ?   On n’accuse pas forcément l’État, ou encore le professionnel et même la population, mais il serait temps de dire qu’il faut qu’on travaille ensemble. Pour que, lorsqu’un patient arrive à la pharmacie, on lui dit, on te donne du métronidazole, du paracétamol, tout fabriqué localement. Sachant que, la notion de réglementation, de régulation et de contrat a été bien établie. Nous devons avoir une économie circulaire dans notre propre pays. Donc, l’industrie pharmaceutique se meurt. Elle est déjà à la limite même presque morte.

Mais, au vu des développements que nous sommes en train de faire au niveau du Premier Ministère et du Ministère de la Santé, nous avons un bel espoir que, d’ici la fin de l’année, certains textes soient appliqués. Les appels d’offres en matière de médicaments dans les formations sanitaires doivent être mis en priorité chez nos fabricants locaux. Sinon, ils vont fermer. Ils vont mettre la clé sur le paillasson. Vous vous souvenez que, pendant la Covid-19, même fabriquer le simple masque à partir du coton que nous avons ici au Cameroun, on n’a pas pu le faire. Et si demain, il y a une autre crise, doit-on continuer d’importer, ne serait-ce que l’azithromycine, qui est une molécule que nous pouvons fabriquer sur place ? Nous avons assez d’étudiants, de pharmaciens qui sortent de nos facultés. Nous  pouvons  les mettre dans les structures pour commencer à produire.

Comment comptiez-vous à votre niveau emmener  les tradipraticiens à se désolidariser de  l’informel ?

La loi sur la médecine traditionnelle a été promulguée par le Président de la République. Et cette loi, ça fait plusieurs années que les autorités y travaillent, y compris  l’Ordre des pharmaciens. Nous travaillons aujourd’hui avec certains tradipraticiens. Ils sont organisés en association. Le but est également de les faire sortir de l’informel. Les réunir pendant la deuxième édition de Pharma Expo  que nous organisons du 11 au 13 septembre 2025 à Douala c’est aussi pour  indiquer  à ces médecins africains et camerounais de souche, de culture, qui font de la médecine ou de la pharmacie, qu’il y a un canevas. Il y a une réglementation. Elle n’est pas forcément moderne, mais elle est adaptée à nos contextes.  La loi sur la médecine traditionnelle vient créer l’Ordre des tradipraticiens. Mais nous savons qu’ils ont des difficultés à la différence des Ordres médicaux qui ont le même diplôme.

Vous avez l’Ordre des médecins, tous ceux qui sortent avec  un diplôme de médecine, BAC+6, BAC+7 au minimum. L’Ordre des pharmaciens, identique. L’Ordre du personnel médico-sanitaire. Vous savez tous la crise qui a eu lieu même dans les écoles de formation. Il y a un minimum de formation et de cours donnés.  Ils auront donc une complexité, parce que vous avez des gens d’horizons divers. Ceux qui sont religieux, ceux qui ont reçu des dons, bref, vous avez un peu le tout. Comment vont-ils réussir à les concilier ? Ça, c’est la véritable question qui se pose. Mais en attendant, nous avons quand même des tradipraticiens qui ont suivi des formations, des cours dans les facultés et qui font des préparations dignes de ce nom, avec lesquelles nous souhaitons travailler. On ne peut pas les jeter tous. Il faut prendre une partie et leur montrer que nous avons besoin de travailler ensemble.

Nous aurons au cours de ce salon des pays comme le Burkina, le Mali où la médecine traditionnelle côtoie au sein de l’hôpital même la médecine moderne. Au sein de la pharmacie, vous avez des rayons purement médicaments traditionnels. Donc, ces expériences vont être faites entre les étrangers et nous. Ces tradipraticiens que nous allons inviter, qui sont ceux qui ont vraiment leur clinique ou leur groupe bien achalandé, bien conçu. On ne va pas aller prendre ceux qui sont dans la rue. Non, on veut justement travailler avec ceux qui ont à cœur de pouvoir faire de la bonne médecine traditionnelle et qui travaillent dans le sens de soigner les patients et que ces patients puissent échanger aussi bien du secteur moderne que du secteur traditionnel. Traditionnel, il n’est pas mis au sens péjoratif. C’est le mot que l’OMS a défini. Traditionnel, on peut dire africain ou camerounaise, dans ce sens-là.

Au cours de ce forum, nous allons commencer dans la collaboration formelle pour montrer qu’on peut bien échanger. Et nous allons, au cours de l’année qui suit, déclencher avec certains, les recherches sur des médicaments.  Donc il faut trouver un carnaval, comment suivre ce type de patients, monitorer, évaluer, et puis faire des résultats de recherche pour montrer aussi à l’Occident que nous, en associant les deux médecines, on est capable de soigner nos populations. Donc c’est un peu ça, un de nos challenges, et nous espérons que nous allons pouvoir y arriver avec eux. Plusieurs d’entre eux seront là, au moins une vingtaine sera disponible.

Qu’est ce qui est fait au niveau de  l’Ordre national des pharmaciens pour lutter contre la contrebande des médicaments ?

Pour ce qui est de la contrebande, nous n’avons pas vaincu  ce fléau, parce que nous savons que ces tentacules sont aussi larges, peut-être qu’on a des corps habillés, comme on dit en Afrique de l’Ouest, qui sont impliqués, des autorités… Mais ceci étant, nous n’avons pas peur d’affronter cette problématique, parce que la population qui se soigne à ces médicaments contrefaits est en danger.  C’est vrai, les insuffisances rénales peuvent être congénitales ou causées par autre chose. Mais  la plupart du temps, ce sont les médicaments contrefaits, sous-dosés, ce que vous appelez les médicaments de la rue, qui sont la cause de ces insuffisances rénales. Donc l’Etat du Cameroun paye un lourd-tribu. Lorsque vous avez une insuffisance rénale, et que vous vous retrouvez à la maison invalide pendant chaque mois, la dialyse se fait chaque mois, chaque trois mois, lorsque c’est assez sévère, chaque mois, vous vous retrouvez en train de ne plus être productif. Nous demandons à l’Etat de s’occuper de ces problématiques. Nous savons bien que derrière, la notion de coût va être posée. D’où justement la fabrication locale, où les médicaments génériques doivent être fabriqués pour compenser ces médicaments de la mort qui viennent des pays étrangers. Donc nous n’avons pas éludé cette question. Nous allons la poser. Nous allons travailler avec Interpol, la douane, les autorités administratives, c’est-à-dire la gendarmerie, la police, pour dire qu’en est-il ? Que faire pour lutter contre ce fléau ? Qui pour nous,  est plus que la drogue.

Vous savez qu’aujourd’hui, presque tous les trafiquants préfèrent se réfugier dans le médicament illicite que d’attaquer la drogue. En plus, ça paye plus que la drogue et c’est moins puni. Vous savez que les sanctions pour le trafic illicite vont de 5 millions à 20 millions,  3 mois, 6 mois d’emprisonnement à 1 an,  pour les trafiquants, cette sanction est faible. Ils préfèrent toujours faire ce trafic. Donc nous allons dans ce cadre justement proposer au ministère de la Justice, à travers le ministère de la Santé, que le Cameroun soit membre ou signe la convention médicrime, qui elle  punie. Quand vous allez au Bénin aujourd’hui, avec la convention médicrime, le trafic du médicament est de moins en moins fait  par les professionnels que par les non-professionnels, parce que la convention médicrime est plus sévère que nos législations nationales.

Est-ce que tous les médicaments issus de la contrebande ne seraient pas de bons médicaments ?

Toute contrebande est illicite.  Tout ce qui est contrebande doit être combattu.  On ne veut plus questionner, est-ce que c’est efficace, ou pas. Ici nous disons, celui qui veut faire rentrer son produit au Cameroun doit avoir une autorisation, de le mettre sur le marché, doit déposer ses produits chez le grossiste- importateur, qui après, doit l’acheminer à l’officine de pharmacie. Le circuit est connu et à chaque étape, l’Etat prélève  quand même des impôts, et ce même impôt qu’on prend pour  construire les hôpitaux, etc. il y a aussi la question de la conservation qui entre en jeu. Lorsqu’un produit est mis dans une soute de bateau, est caché dans les zones de moisissures à Mboppi (il s’agit d’un marché de Douala, Ndlr), même si au départ elle était bonne elle n’est plus comestible.  Le médicament doit être conservé à un certain nombre de températures et dans certaines conditions bien particulières. Tout produit hors du circuit normal est un produit contrefait, illégal.

Pouvons-nous avoir des données sur l’importation des médicaments au Cameroun ?

Nous importons près de 95 %, voire plus. Parce que quand c’est inférieur à 5 %, on n’en dit pas plus. On dit que c’est inférieur à 5 %. Il y a une forte demande  au niveau local. D’où la notion d’import-substitution. Nous connaissons les quantités que nous importons en termes de produits génériques. Et je peux vous dire ici que nous avons travaillé depuis plus d’un an avec les grossistes importateurs, qui sont aussi les pharmaciens. Avec ce qu’ils importent, nous avons travaillé avec les industriels pour pouvoir sélectionner 52 molécules et produits pharmaceutiques qui seront substituées par la fabrication locale. Donc il y a un travail préliminaire qui a été fait depuis un an aujourd’hui. Et ces pharmaciens ont accepté de jouer le jeu. La fabrication locale va produire au moins 57, ce qui n’est rien sur les 3000 molécules ou  spécialités en fabrication que nous avons dans nos officines, dans nos structures. Mais d’ici la fin de l’année 2026, on ira  peut-être à 150. Chaque année, nous en aurons un certain nombre. Et pour dire aux uns et aux autres qu’il ne s’agit pas que du travail du pharmacien. Dans l’industrie pharmaceutique, on a aussi bien les chimistes, on a aussi bien les informaticiens, bref, c’est de l’emploi qu’on va donner comme ça à tout un ensemble de personnes qui ne sont pas que des pharmaciens.

En se rapprochant des tradi-praticiens c’est aussi un moyen de booster le secteur ?

Le rapprochement tradipraticien et médecine conventionnelle nous cherchons encore la bonne formule. Nous nous sommes d’abord rapprochés des associations de tradipraticiens qui existent  déjà.  Pendant le forum, il y aura des débats techniques et scientifiques. Ils vont comprendre qu’ils ne peuvent pas se lever et dire que, une molécule soigne 100 maladies. Ce n’est pas possible. Ça peut avoir des propriétés. Attention, nous on sait qu’en matière d’études, une molécule a des propriétés, mais les propriétés ne veulent pas dire que ça va soigner la chose. Il y a une nuance entre les deux. Or, pour eux, parce que le clou de girofle à de telles propriétés, anti-inflammatoires,  que dès qu’on mélange ça ont dit oui ca soigne la maladie en question.  Non, il faut aller plus loin, faire des tests sur des cellules. Puisque maintenant, on a interdit de les faire sur les animaux et donc, les facultés seront à disposition pour des tests. On prévoit signer des  conventions, des joint-ventures avec  eux, pour qu’ils puissent faire des essais aussi, avec aussi bien les étudiants en IUT, que les étudiants en pharmacie. C’est tout cet ensemble qui va être mis sur la table.  Il faut dire à ces personnes qui ont le savoir ancestral que la dose, la toxicité et l’efficacité doivent être évaluées. Ce sont ces discussions que nous allons avoir avec eux. Pour dire peut-être que vous avez une base, c’est-à-dire un certain nombre d’éléments, dans vos recherches, mais attention, il y a des bases scientifiques, techniques, dont il faut mixer. C’est comme la médecine chinoise, elle a commencé quelque part avant de devenir aujourd’hui plus développée, donc nous devons faire en sorte que notre médecine culturelle se développe, mais en associant des techniques, on ne dit pas de faire exactement comme la médecine moderne, mais elle doit associer certaines techniques modernes pour évoluer.

Les pharmaciens camerounais sont-ils astreints à vendre certains médicaments ? 

L’Ordre des pharmaciens a mis en place depuis 2021 une obligation à toutes les officines de pharmacie, ce qu’on appelle un ordonnancier. Un ordonnancier, c’est un grand livre, où le nom du patient est marqué, l’indication, des produits qu’il va prendre, le dosage, sur des produits spécifiques, et  pour mettre dans un ordonnancier, on a besoin d’une ordonnance. Il y a des médicaments qui ne nécessitent pas une ordonnance, mais d’autres sont obligatoires.

Qu’est ce qui explique cette confusion entre la profession du délégué médical et du pharmacien ?

Il y a un certain nombre de choses, qui ont été laissées au Cameroun, pendant longtemps.  L’Ordre des pharmaciens met  tout en œuvre pour expliquer et permettre que chacun  participe à ce qu’on appelle la grande industrie pharmaceutique, de la fabrication, à la dispensation.  Le laboratoire fabricant ou ses agences, à ceux qu’on appelle les délégués médicaux. Pendant longtemps, on a laissé croire au Cameroun, que le délégué médical était le pharmacien, parce qu’il portait les médicaments. Le délégué médical n’a pas le droit d’avoir des médicaments. Le délégué médical est là pour apporter une information médicale et l’expliquer.

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Pouvez-vous revenir sur les problèmes liés à la profession du pharmacien au Cameroun ?

Il y a avant tout l’exercice illégal de la profession au Cameroun. Le secteur informel est conséquent à l’état d’un pays. C’est un problème systémique.  Nous sensibilisons les populations sur la consommation des médicaments de la rue. De l’autre côté, nous les pharmaciens, nous, faisons de la formation continue, aussi pour dire, aux pharmaciens, vous devez être, un bon professionnel, pouvoir recevoir correctement le patient à l’officine, faire ce qu’il y a à faire, vous devez être un bon pharmacien, pour travailler, à l’hôpital, auprès du médecin, et des infirmiers. Vous devez être un bon pharmacien dans la fabrication. Autres problèmes identifiés : les tracasseries administratives, mais aujourd’hui, de moins en moins ; la couverture du triangle national, il manque des pharmacies dans certaines zones du pays et on s’interroge sur comment couvrir le territoire de façon plus efficace, limiter la vente illicite, d’exercice illégal de notre métier par des mains inexpertes. Nous avons 250 pharmaciens, formés par an au Cameroun. Donc ce n’est pas une question de manque de pharmaciens, nous avons dit aux autorités, des pharmaciens, il y en a.  Il y a 7 facultés de pharmacie au Cameroun, donc le fait, qu’avant, on laissait faire, sous prétexte, qu’il n’y avait pas assez de pharmaciens, cette question, nous avons dit aux autorités, qu’elle ne doit plus être une question d’actualité. Elles doivent combattre le faux médicament, pour qu’on installe tous ces enfants, qui sortent des facultés, et qui font 10 ans, sans ouvrir la pharmacie.

Propos recueillis par Ghislaine DEUDJUI

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