Marquée par des opérations infructueuses et un isolement social déchirant, cette jeune femme est passée par des moments de désespoir profond, frôlant l’envie de tout abandonner. Cependant, une ultime intervention à Mokolo lui a offert une guérison inespérée. Aujourd’hui, Mirabelle, devenue couturière et fervente porte-parole pour les femmes atteintes de cette maladie, incarne la résilience et transforme son passé douloureux en un vibrant appel à la sensibilisation et à l’action pour éradiquer cette souffrance au Cameroun.
Mirabelle, 17 ans à peine, portait l’espoir et l’innocence de sa jeunesse lorsqu’elle se maria. Mais ce qui aurait dû être le début d’une nouvelle vie fut le prélude d’un calvaire inimaginable. À l’hôpital de Garoua, une césarienne salvatrice pour l’enfant mais dévastatrice pour elle, la laissa avec une fistule obstétricale. Ce diagnostic fut le point de départ d’une descente aux enfers. La première opération à Garoua fut un échec. Mirabelle se réveilla pour retrouver la même réalité insoutenable : les fuites persistantes. De retour chez elle, la vie, telle qu’elle la connaissait, s’écroula. Les murmures, les regards fuyants, les moqueries incessantes devinrent la bande-son de son quotidien. « Je ne pouvais plus être parmi les autres, aller à l’église, au marché, ni même y faire mes courses comme tout le monde, » se souvient-elle, la voix empreinte d’une douleur encore vive. Cloîtrée entre les quatre murs de sa chambre, les larmes étaient devenues ses seules compagnes.
Guidée par un mince espoir, Mirabelle se rendit à Ngaoundéré. Une nouvelle opération, une nouvelle promesse de guérison. Mais cinq jours plus tard, la cruelle réalité la rattrapa : les fuites reprirent, plus abondantes encore. Le désespoir la submergea, la poussant au bord du gouffre. « Que faire, mon Dieu ? Mieux vaut mourir, » se disait-elle, la pensée du poison comme une échappatoire à cette souffrance insupportable. Tandis que le monde autour d’elle poursuivait son cours, rempli de marché, de rires et de bonnes choses, Mirabelle, jeune et vulnérable, se sentait prisonnière de son propre corps, incapable même de subvenir à ses besoins les plus élémentaires. Sa mère, pilier de réconfort, tentait de l’apaiser : « Ne pense pas comme ça, Dieu t’aidera. » Une lueur d’espoir apparut avec une campagne de soins à Guider. Mirabelle s’y rendit, subit une autre intervention. Mais encore une fois, au bout de trois jours, les fuites reprirent, « de plus belle. » Des examens, des tampons, des promesses vaines… Pendant neuf jours, les tampons furent posés, mais les fuites revinrent, « plus intenses que jamais. » Mirabelle ne comprenait plus le sens de son existence. Les remèdes proposés étaient refusés, la mort lui semblait être une meilleure issue. « Quelle était cette maladie ? Avais-je été maudite ? Par mes parents ? Par Dieu ? » Les questions sans réponse la hantaient. Ses frères, voyant sa détresse, la supplièrent de ne pas retourner à l’hôpital. « Si je retournais à l’hôpital pour une autre opération, j’allais mourir, » lui disaient-ils, alimentant ses peurs. Ce moment fut un tournant : la peur de l’inconnu, l’influence de l’entourage, la solitude face à une décision déchirante.
La Renaissance à Mokolo
Pourtant, au fond d’elle, Mirabelle savait. Rester chez elle, c’était accepter une mort lente et certaine. « Même si je devais aller à l’hôpital dix fois, je le ferais. » C’est alors qu’elle fut rappelée pour une dernière campagne, cette fois à Mokolo. Ce fut sa dernière chance, son ultime combat. L’opération eut lieu. Et puis, quatorze jours s’écoulèrent. Quatorze jours sans une seule goutte d’urine. La guérison ! Aujourd’hui, la vie de Mirabelle a été transformée. De l’ombre de la souffrance, elle est passée à la lumière de la renaissance. Grâce à une machine à coudre qui lui a été offerte, elle est devenue couturière, tissant non seulement des étoffes, mais aussi les fils d’une nouvelle existence pleine de dignité.
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Forte de son expérience, Mirabelle est devenue une voix pour les femmes silencieuses, celles qui, malgré leur situation, hésitent à se faire opérer de la fistule par peur. Son message est clair et empreint d’une conviction profonde : « Allez-y ! » Elle encourage, informe, et sensibilise, convaincue que personne ne devrait endurer ce qu’elle a traversé.
Les mots lui manquent pour exprimer sa gratitude. « Ce que vous avez fait pour moi est au-delà des mots. Seul Dieu peut vous remercier à ma place. » Son témoignage, partagé lors du café de presse du 4 juin 2023 à l’UNFPA, est bien plus qu’un simple récit : c’est un cri du cœur, un appel vibrant à la sensibilisation, au plaidoyer et à la mobilisation des ressources pour éradiquer cette maladie dévastatrice au Cameroun. Mirabelle est la preuve vivante que de l’abîme du désespoir peut naître la force de la résilience et le désir ardent d’aider les autres.
Elvis Serge NSAA














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