Alors que le Cameroun amorce une phase critique de transition vers l’autofinancement de sa politique vaccinale, deux députés camerounais viennent de participer à Istanbul, en Turquie, à un forum international Afrique-Asie sur le financement durable de la vaccination.
Une rencontre stratégique, organisée par Global Health Advocacy Incubator (GHAI) et le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD), avec le soutien financier de GAVI, l’Alliance mondiale pour les vaccins.
À l’Assemblée nationale, les députés sonnent l’alerte et appellent à une mobilisation d’urgence. Sans financement solide, c’est la santé de milliers d’enfants qui pourrait être compromise.
Les 15 et 16 avril derniers, Honorable Engelbert Essomba Bengono, vice-président de la Commission des affaires culturelles, sociales et familiales de l’Assemblée nationale, et Honorable Rolande Ngo Issi Epse Mbock, membre de la même commission, ont représenté le Cameroun aux côtés de 19 autres parlementaires venus de Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Liberia, Sierra Leone, Nigeria, Zambie, Madagascar et Laos. Objectif : renforcer le plaidoyer pour un financement domestique accru et durable de la vaccination dans les pays africains et asiatiques, souvent confrontés à des défis budgétaires majeurs.
Vers une souveraineté vaccinale au Cameroun
Le forum s’est achevé par « L’Appel parlementaire d’Istanbul à l’action pour le financement de la vaccination », un texte fort qui exhorte les gouvernements, partenaires internationaux et parlementaires à unir leurs efforts pour éliminer les maladies évitables par la vaccination. Les parlementaires demandent à leurs gouvernements de prioriser les soins de santé primaires et d’assurer des financements pérennes, en particulier alors que plusieurs pays, dont le Cameroun, se dirigent vers une diminution progressive de l’appui de GAVI.
Le Cameroun est en effet entré depuis peu dans la phase dite de « transition accélérée ». En clair, son Revenu National Brut (RNB) ayant dépassé le seuil d’éligibilité GAVI sur trois années consécutives, le soutien financier de l’Alliance va décroître progressivement jusqu’à s’arrêter, d’ici 2027. Une situation qui oblige le pays à préparer un effort financier considérable : il devra accroître sa contribution de près de 50% pour maintenir la couverture vaccinale, tout en sécurisant l’introduction de nouveaux vaccins.
Une dépendance préoccupante
En 2023, les vaccins ont représenté un investissement colossal pour le Cameroun. Si la vaccination a permis d’atteindre une couverture nationale de 83,2% pour le vaccin Penta3, marquant des progrès encourageants, le financement reste extrêmement dépendant des ressources extérieures. Selon les chiffres du Programme Élargi de Vaccination (PEV), entre 2019 et 2023, l’État camerounais n’a couvert en moyenne que 22% des besoins en vaccination, contre 78% financés par les partenaires extérieurs, essentiellement GAVI, UNICEF et l’OMS.
Ce déséquilibre budgétaire rend la souveraineté vaccinale encore lointaine. Pourtant, les enjeux sont de taille : la vaccination reste l’intervention sanitaire la plus rentable, sauvant environ 6 vies chaque minute dans le monde et évitant des coûts élevés liés aux soins d’enfants atteints de maladies graves telles que la rougeole, la poliomyélite ou encore l’hépatite B.
Des parlementaires en première ligne
Conscients de leur rôle stratégique, les parlementaires camerounais sont appelés à s’impliquer davantage pour inverser la tendance. Le plaidoyer en faveur de la souveraineté vaccinale passe notamment par : La priorisation de la vaccination dans les budgets de santé nationaux ; l’adoption de lois garantissant des financements innovants, durables et prévisibles ; le contrôle renforcé de la mise en œuvre des programmes de vaccination et le soutien actif aux organisations de la société civile qui œuvrent pour l’équité vaccinale, notamment auprès des enfants « zéro-dose » — ces enfants qui n’ont jamais reçu le moindre vaccin.
Construire l’avenir sanitaire du Cameroun
L’engagement des parlementaires sera déterminant pour accompagner la transition post-GAVI, alors que l’État envisage de garantir à tous les enfants camerounais l’accès équitable aux vaccins, en respect des engagements internationaux tels que la Déclaration d’Addis sur la vaccination, l’Agenda 2030 et la Couverture Santé Universelle (CSU).
« La vaccination est l’un des piliers essentiels de la sécurité sanitaire, elle sauve plus de vies que toute autre intervention médicale », a rappelé Dr Harmelle Ename-Ekoman, coordinatrice pays de GHAI Cameroun, lors de la présentation des conclusions du forum aux médias. De son côté, Mme Viviane Teguia, responsable plaidoyer du projet “Agir pour la souveraineté vaccinale au Cameroun” au SAILD, a insisté sur la nécessité de développer des financements domestiques alternatifs pour garantir l’accès durable aux vaccins.
Un cap à maintenir
Le défi est grand : maintenir les acquis, améliorer les taux de couverture dans les districts de santé, réduire le nombre d’enfants « zéro-dose » et garantir des stocks continus de vaccins pour prévenir toute rupture.
Pour cela, la mobilisation parlementaire sera un levier incontournable dans les deux prochaines années, afin d’assurer au Cameroun une souveraineté vaccinale réelle et durable, gage d’une meilleure santé pour ses futures générations.
Mireille Siapje
Réactions :
« Insister sur le phénomène des enfants zéro dose qui doit être réglé rapidement »

La cause de la souveraineté vaccinale au Cameroun est d’une importance capitale qui doit être érigée en cause de priorité nationale idem que la sécurité du territoire. On ne le dira jamais assez la maîtrise de la couverture santé est un élément de force dans nos différents États. Le Gouvernement Cameroun doit œuvrer à mettre en place des mécanismes propres pour non seulement garantir une couverture optimale pour la couverture vaccinale nationale, mais davantage travailleur à permettre au Cameroun de maîtriser la chaîne de la vaccination à savoir la production et la distribution efficace des vaccins, c’est très important.
La rencontre d’Istanbul a permis d’être au courant de plusieurs informations et d’avoir certains outils pour mener des plaidoyers opportuns. Le partage d’expériences a vraiment permis de nous situer sur la prise en compte de certains problèmes en matière de santé publique, la loi sur la vaccination est pour moi une loi qui viendra régler et réguler les problèmes que connaissent le Cameroun en matière de souveraineté vaccinale. Tout en remerciant les organisateurs d’avoir bien voulu associer les députés du Cameroun à cette lutte, nous ne pouvons que dire que les acquis que nous avons consolidés seront utilisés à leur juste mesure pour des résultats concrets.
Ce qu’il y’a lieu de faire rapidement c’est la rencontre avec le président de l’assemblée nationale avec le rapport de la mission effectuée, ensuite avec l’appui du secrétariat général initier des rencontres avec les OSC locales notamment SAID, les ministres concernés : des Ministres de la Santé publique, des Finances, du Plan de l’Économie et de l’Aménagement du Territoire et du Premier Ministre avec des propositions concrètes pour que le financement de la vaccination et surtout la quote-part du Cameroun soit reversée à temps pour éviter les ruptures. L’occasion sera aussi pour insister sur le phénomène des enfants zéro dose qui doit être réglé rapidement.
« De la réunion d’Istanbul, je retiens deux mots : engagement et détermination »

La vaccination est une problématique de santé publique, au regard des externalités positives que procure, sur le capital humain d’un pays, une population vaccinée donc immunisée contre les maladies. Parler de souveraineté s’agissant de la vaccination revient à évaluer d’abord puis à mettre en perspective ensuite la capacité du pays à prendre en charge la prévention des maladies dans son système de santé. Souveraineté dans la définition de la politique vaccinale ; souveraineté dans l’allocation des ressources humaines, financières et matérielles, dans l’espace et dans le temps, pour assurer une couverture vaccinale optimale de la population cible ; souveraineté dans la mobilisation, dans la durée, de toutes les ressources identifiées et allouées à la vaccination. Cela signifie sortir de toute dépendance, quelle qu’en soit la nature.
De la réunion d’Istanbul, je retiens deux mots : engagement et détermination. Engagement des parties prenantes et détermination à relever les défis lancés par la souveraineté vaccinale.
Ma première action sera la présentation du rapport détaillé des échanges d’Istanbul au Bureau de l’Assemblée nationale qui m’a mis en mission. Ce rapport sera appuyé du plaidoyer articulé en faveur d’une plus grande autonomie dans la mobilisation durable des ressources financières destinées à la vaccination.
Propos recueillis par Mireille Siapje















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