Et si la clé pour convaincre plus de mères africaines d’allaiter exclusivement leurs bébés pendant six mois se trouvait dans les récits transmis par les grand-mères au coin du feu ? À l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, le REMAPSEN et l’UNICEF misent sur une approche inédite mêlant traditions orales et science moderne pour briser les idées reçues, sauver des vies et renforcer le capital humain du continent.
Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) et l’UNICEF ont uni leurs voix pour défendre une pratique vitale : l’allaitement exclusif jusqu’à six mois. Un webinaire, tenu le 6 août 2025, a mis en lumière les bienfaits du lait maternel et proposé une approche culturelle pour en accroître l’adoption.
Le lait maternel est bien plus qu’un simple aliment. Riche en protéines, lipides, vitamines, minéraux et eau, il constitue, selon les experts, « le premier plat du monde » pour le nouveau-né. Siméon Nanama, conseiller régional en nutrition à l’UNICEF, a rappelé que l’allaitement exclusif durant les six premiers mois peut réduire la mortalité infantile de 12 à 15 %. Le colostrum, ce lait jaune épais produit après l’accouchement, agit comme un « premier vaccin naturel », protégeant l’enfant contre les infections respiratoires et la diarrhée, principales causes de décès chez les nourrissons.
Les bénéfices dépassent la santé immédiate : développement cognitif renforcé, meilleure réussite scolaire à long terme, réduction du risque de maladies chroniques. Pour les mères, l’allaitement précoce réduit les risques de cancer du sein et des ovaires et agit comme contraceptif naturel grâce à la prolactine.
Pourtant, de nombreux obstacles freinent encore cette pratique : croyances culturelles erronées, marketing agressif des laits maternisés, manque d’aménagements sur les lieux de travail, déficit de soutien médical et communautaire. C’est là qu’intervient l’idée novatrice du Dr Soliou Badarou, médecin spécialiste en santé publique : utiliser le conte africain comme outil de sensibilisation. « Le conte parle au cœur, pas seulement à la raison », explique-t-il, plaidant pour une combinaison harmonieuse des traditions et de la science moderne.
Cette approche permet de déconstruire les mythes nuisibles tout en respectant les valeurs culturelles. Elle ouvre aussi la voie à des campagnes plus engageantes, intégrant médias, réseaux sociaux, bandes dessinées et récits ancestraux. « L’allaitement maternel n’est pas l’affaire des mères uniquement », insiste le Dr Badarou, appelant à une responsabilité partagée entre pères, familles, communautés et décideurs politiques.
Le webinaire, animé par M. Nanama, a réuni des journalistes de tout le continent, dont Mme Ambrozine Memedé, M. Abbas Titi Lola, Mme Élise Janine Lugo et M. Christophe Balina. Les échanges ont porté sur l’espacement des naissances, la conservation du lait, l’allaitement en cas de césarienne ou en contexte d’insécurité alimentaire. Tous ont souligné le rôle stratégique des médias pour diffuser des messages fiables, contrer les idées reçues et mobiliser la société autour de cette cause.
En conclusion, les experts ont appelé à un engagement massif et coordonné pour créer un environnement favorable à l’allaitement exclusif jusqu’à six mois. Comme l’a résumé un participant : « L’allaitement est plus qu’un geste biologique : c’est un acte collectif, enraciné dans la culture et le bien-être sociétal ». Une révolution douce, conte après conte, qui pourrait sauver des milliers de vies d’enfants en Afrique.
Mireille SIAPJE














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