Trois jours après la conférence de presse du gouvernement camerounais sur la recrudescence des féminicides et des violences sexuelles sur enfants, le Système des Nations Unies prend position. Dans un communiqué publié le 4 juin 2026 à Yaoundé, l’ONU condamne ces violations graves des droits humains et réaffirme son engagement à accompagner le Cameroun dans la lutte contre ces crimes.
Les statistiques officielles présentées lors de la conférence de presse gouvernementale du 1er juin 2026 donnent le vertige. Le Cameroun a enregistré 50 féminicides en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. Et les chiffres des quatre premiers mois de 2026 confirment cette « funeste tendance haussière » : déjà 50 femicides, 13 infanticides et de nombreux cas de viols recensés. En moins de quatre ans, ce sont plus de 200 cas de féminicides qui ont été répertoriés sur le territoire national.
Du côté des enfants, la situation est tout aussi alarmante. En 2026, 850 enfants ont été recensés comme victimes d’agressions sexuelles ou de violences psychologiques, dont 722 filles et 128 garçons. Des cas qui ont profondément choqué l’opinion publique : Divine Mbarga, 11 ans, violée et tuée au quartier Nkoabang à Yaoundé ; Karl Ethan, 11 ans, assassiné en novembre 2025 dans son propre domicile à Minkan…
Un détail traverse l’ensemble des cas : dans la majorité des situations, l’auteur des violences est une personne proche : conjoint, parent, voisin, membre de la famille.
L’ONU interpelle
Face à cette réalité documentée, le Système des Nations Unies ne se contente pas de condamner. Il réaffirme sa disponibilité à accompagner les efforts nationaux à travers le renforcement des dispositifs de prévention et de signalement, l’amélioration de l’accès à des services de qualité pour les survivantes prise en charge sanitaire, psychosociale et judiciaire et l’appui au renforcement du cadre juridique et institutionnel.
L’ONU se dit également prête à soutenir techniquement l’élaboration et la révision des lois, notamment en matière d’interdiction des pratiques préjudiciables telles que les châtiments corporels.
Des réponses jugées insuffisantes
Pour la ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa, les chiffres officiels demeurent largement sous-estimés. De nombreuses victimes ou familles hésitent encore à saisir la justice par peur des représailles, du regard social ou d’un manque de confiance envers les institutions chargées de leur protection.
Un projet de loi sur les violences basées sur le genre, élaboré en 2024 avec l’appui de partenaires internationaux, reste en attente d’examen au Parlement. La conférence de presse du 1er juin marque une inflexion dans la communication gouvernementale, longtemps focalisée sur d’autres priorités sécuritaires, mais n’a pas annoncé de plan détaillé.
L’ONU, elle, pose ses conditions : une approche coordonnée, multisectorielle et fondée sur les droits humains. Et une seule exigence : mettre fin à l’impunité.















