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Zamboï : L’or ne brille pas, il tue

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Au moins 107 orpailleurs ont été ensevelis ce mardi 18 août 2026 dans un glissement de terrain à Zamboï, village frontalier entre le Cameroun et la République centrafricaine (RCA).

Ce ne sont plus des êtres humains, ce sont des ombres résignées, condamnées à piocher leur propre tombeau. Sur les images amateures qui circulent comme un frisson glacial à travers le réseau, le spectacle frappe d’une horreur pure. Une marée humaine, tête baissée, les pieds verrouillés dans une boue poisseuse, s’accroche désespérément aux pentes friables d’une colline éventrée. Des milliers d’âmes s’entassent à perte de vue, hachées par la misère, alignées en une terrifiante ceinture humaine qui rappelle l’encerclement d’un stade de football. Au milieu de ce paysage de fin du monde, l’effroi atteint son paroxysme : des femmes et des enfants en bas âge, nus face au danger, creusent la roche à mains nues, sans la moindre protection, livrés à la merci d’une nature prête à se venger. Puis, le cauchemar bascule dans le tragique.

Dans un mouvement d’une lourdeur spectrale, une monstrueuse motte de terre se détache soudainement de la paroi. Le flanc de la montagne cède. En un éclair, des tonnes de roche et de limon glissent le long de la pente et s’abattent violemment

sur le bas-fond. Sous les yeux médusés et totalement impuissants des témoins, le piège se referme : des dizaines d’orpailleurs, occupés à laver patiemment leur sable, sont littéralement happés, broyés et ensevelis vivants sous la masse asphyxiante.

Ce décor apocalyptique, c’est celui de Zamboï, un village-frontière oublié des cartes touristiques mais devenu l’épicentre d’une ruée vers l’or aussi frénétique que mortifère. Perché à une trentaine de kilomètres de Garoua-Boulaï, dans la région de l’Est du Cameroun, ce site s’étend sur plusieurs hectares et attire chaque jour des centaines de travailleurs venus des quatre coins du continent. Pourtant, rejoindre ce champ de bataille économique relève souvent du parcours du combattant. La piste, qui serpente entre savanes rouges et forêts claires, est capricieuse. En saison sèche, le trajet s’effectue en environ quarante-cinq minutes ; en saison des pluies, les ornières se transforment en bourbiers infranchissables, isolant la mine du reste du monde. Cette précarité logistique, loin de dissuader les convoitises, renforce la dépendance des orpailleurs envers les intermédiaires qui contrôlent l’accès au site et le commerce du précieux minerai.

Sur place, c’est une véritable tour de Babel humaine qui s’agite sous un soleil de plomb. Camerounais et Centrafricains, unis par des liens historiques et familiaux, y côtoient des Tchadiens, des Maliens et des Burkinabè, tous animés par le même rêve : trouver la pépite qui les sortira de la misère. Hommes, femmes et parfois même de très jeunes enfants s’adonnent sans relâche aux tâches les plus rudes. Tandis que les hommes creusent des puits vertigineux à la force des bras, souvent sans aucun étai, les femmes se chargent du tamisage et du lavage du minerai, les mains abîmées par la terre abrasive et les produits chimiques. Le récent éboulement du 18 août 2026 a fait 107 morts selon un bilan provisoire, alors que les recherches se poursuivent.

Pour tenter de mettre un peu d’ordre dans ce far-west minier, l’État camerounais y a installé un camp du Bataillon d’intervention rapide (BIR). La présence militaire, bien que dissuasive, rappelle que l’ordre y est fragile et que la convoitise qu’engendre ce métal jaune avive régulièrement les tensions entre communautés. Mais face à la misère, les baïonnettes ne pèsent pas lourd. Les autorités administratives et sanitaires, conscientes des risques, multiplient les appels à la prudence, mais leurs mises en garde se heurtent à une réalité implacable : l’orpailleur n’a pas le choix. Il sait que la colline peut s’effondrer, il sait que le mercure le ronge, mais il sait aussi que sans cette poussière d’or, ses enfants ne mangeront pas.

Lutricia Atol

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