Sur fond de tensions géopolitiques, la Maison Blanche officialise la théorie de la fuite de laboratoire comme origine du Covid-19, une démarche qui soulève des questions sur la politisation de la science et la réécriture de l’histoire de la pandémie.
La Maison Blanche a récemment dévoilé une version remaniée de son site internet dédié au Covid-19, marquant un virage notable dans la communication officielle sur la pandémie. Exit les messages de prévention sur la vaccination ou les tests de dépistage : le site met désormais en avant une thèse longtemps contestée par la communauté scientifique, celle de la fuite de laboratoire.
Désormais, la page d’accueil du site Covid.gov affiche en grand une photo du président Donald Trump, regard déterminé, surmontée du slogan : « Lab Leak — La véritable origine du Covid-19 ». Une accroche claire qui plante le décor d’un argumentaire destiné à convaincre du bien-fondé de cette hypothèse, soutenue avec insistance par l’administration Trump et des voix conservatrices aux États-Unis.
Une thèse encore controversée
La page liste cinq arguments en faveur de la théorie selon laquelle le SARS-CoV-2, responsable de la pandémie mondiale, serait issu d’un accident survenu dans un laboratoire. En tête des arguments : la proximité géographique des premiers cas détectés à Wuhan, en Chine, avec l’institut de virologie de la ville, connu pour ses travaux sur les coronavirus. Selon l’administration Trump, « s’il existait des preuves d’une origine naturelle, elles seraient déjà apparues. Mais ce n’est pas le cas ».
Si cette hypothèse avait été rapidement écartée par une large partie de la communauté scientifique dans les premiers mois de la pandémie, elle a peu à peu regagné du terrain aux États-Unis, notamment soutenue par des cercles conservateurs et des réseaux complotistes.
Des agences gouvernementales ont aussi récemment exprimé leur intérêt pour cette piste. Le FBI et le ministère américain de l’Énergie se sont déclarés partisans de la thèse de la fuite de laboratoire, bien que le degré de certitude varie d’une agence à l’autre. En janvier, la CIA évoquait, elle, une « faible confiance » dans l’hypothèse d’une origine accidentelle en laboratoire, tout en la jugeant « plus probable qu’une origine naturelle ».
Une dimension géopolitique tendue
La Chine, de son côté, continue de rejeter fermement cette hypothèse, la qualifiant d’ « extrêmement improbable ». Pékin accuse également Washington de « politiser » et « d’instrumentaliser » la recherche des origines du Covid-19, dans un contexte de tensions économiques croissantes et d’une guerre commerciale qui oppose les deux puissances.
Un site qui remet en question les mesures sanitaires
Au-delà de la question de l’origine du virus, la Maison Blanche utilise également son site pour émettre des critiques contre les mesures sanitaires mises en place au plus fort de la pandémie, comme le port du masque ou la distanciation sociale, pourtant recommandées par les autorités sanitaires internationales. Dans une section baptisée « désinformation », le site reproche aussi aux plateformes de réseaux sociaux et aux autorités sanitaires d’avoir censuré des traitements dits « alternatifs » et d’avoir muselé les voix dissidentes.
L’expert en maladies infectieuses Anthony Fauci, ancien conseiller scientifique de la Maison Blanche sous Trump et figure de proue de la réponse américaine face à la pandémie, se retrouve lui aussi pris pour cible. Accusé d’avoir défendu la thèse d’une origine naturelle du virus, il s’était opposé à plusieurs reprises aux affirmations de Donald Trump, alimentant ainsi une fracture entre la politique et la science durant la crise.
Alors que les États-Unis déplorent plus d’un million de morts liés au Covid-19, cette nouvelle communication marque une tentative de réécriture du récit officiel sur la gestion de la pandémie, sur fond de tensions politiques et d’affrontement géopolitique avec la Chine.
Mireille Siapje















Comments are closed