Les acteurs de la santé de la région de l’Ouest du Cameroun se sont réunis à Mbouda pour une réunion de coordination semestrielle axée sur les urgences sanitaires et la problématique de la référence et contre-référence des patients, du 30 juillet au 1er aout 2025. Cette rencontre, ouverte par Awa Fonka Augustine, gouverneur de la région, a mis en lumière les dysfonctionnements du système et la nécessité de renforcer les capacités des structures de santé pour garantir une prise en charge efficace et sécurisée des populations face aux risques de pathologies infectieuses et de catastrophes.
Dans son discours, le Dr TCHATCHOUA a souligné l’importance de cette assise pour évaluer les activités du premier semestre 2025 et définir les stratégies pour le second. Il a rappelé que la gestion des urgences et le renforcement de la sécurité sanitaire sont une priorité pour les autorités camerounaises, surtout face à la menace de pathologies infectieuses (COVID-19, choléra, etc.) et de catastrophes naturelles. Il a également insisté sur l’approche d’humanisation des soins préconisée par le ministre de la Santé, le Dr MANAOUDA Malachie.
La réunion a permis de dresser un état des lieux préoccupant du système de santé de la région. Le Dr TCHATCHOUA a révélé qu’il existe près de 1 600 structures de santé, dont environ 600 sont clandestines. La majorité de ces formations sanitaires sont sous-équipées et manquent de personnel qualifié, avec moins de 5 % d’entre elles disposant d’un médecin. Le taux de mortalité maternelle, de 131 décès pour 1000 naissances vivantes, est bien au-delà des objectifs de développement.
Le Dr KOUAM Brice Bertrand a quant à lui détaillé le système de référence et contre-référence, une procédure exigée par un arrêté du MINSANTE de 2021, qui vise à assurer la continuité des soins en orientant les patients vers des structures plus spécialisées. Il a pointé du doigt les nombreux dysfonctionnements sur le terrain, comme les références inappropriées ou tardives, l’absence de documentation, et les mauvaises pratiques de certaines cliniques non agréées. Il a déploré des cas de décès dus au refus de référencer des patients.
Face à ces constats, le Délégué régional de la Santé a affirmé que la période de sensibilisation est révolue. Il a annoncé l’entrée en vigueur d’une phase de répression pour sanctionner les soignants et les structures qui ne respectent pas les règles de l’art. Il a notamment dénoncé les professionnels qui pratiquent des actes pour lesquels ils ne sont pas qualifiés ou qui retiennent des patients pour des raisons financières, avant de les transférer tardivement à un centre hospitalier régional.
A lire aussi: Santé : Comprendre et prévenir la Typhoïde
En conclusion, cette réunion de coordination a permis aux différents acteurs de santé de prendre des résolutions fermes pour améliorer la qualité des soins et la prise en charge des patients. L’objectif est de définir clairement les rôles de chacun et de garantir une meilleure efficacité du système de santé de la région de l’Ouest. Le Dr PASSANG, directeur du CHR de Bafoussam-Kouekong, a également appelé à une prise de conscience des soignants, les invitant à faire preuve d’empathie envers les patients, en se mettant à leur place pour offrir le meilleur des soins.
Adèle BITGA
REACTIONS
« L’empathie est la clé de l’humanisation des soins »

En premier lieu, j’ai l’impression que les soignants pensent être exclus du cadre des malades et semblent oublier que quelques heures après avoir offert des soins aux patients, ils peuvent subir le même sort qu’ils ont infligé à ces derniers. Le médecin /soignant n’est pas immortel et si cela reste gravé dans nos esprits, notre comportement envers les patients va changer. Dans un second temps, il faudrait que, en chaque malade que nous recevons, nous ayons une représentation, c’est-à-dire que nous voyions en lui soit notre enfant, notre sœur/notre épouse, notre père ou nous-mêmes ; une fois que l’on y pense, notre comportement change. Si vous voulez le meilleur pour les vôtres, les autres aussi méritent le meilleur parce qu’ils sont aussi enfants, époux, parents des gens comme vous.
« L’Ouest du Cameroun met fin à l’impunité »

La problématique traitée lors de cette réunion semestrielle de coordination des activités des structures sanitaires de la région de l’Ouest découle d’un constat fait sur le terrain. En effet, plusieurs situations à risque ont été relevées. Dans un premier temps, nous avons des patients conservés dans des Fosa clandestines sans plateau technique adéquat pour leur prise en charge. Dans un second cas, il y a aussi des patients qui consultent dans un hôpital où le diagnostic est posé. Cependant l’hôpital en question ne dispose pas de la technicité, de la technologie, de l’équipement ou du personnel requis pour apporter le meilleur soin à ce patient. Au lieu de le référer vers les hôpitaux régionaux ou vers le centre hospitalier, il préfère l’envoyer dans un centre/clinique plus ou moins clandestin où il a des intérêts pour siphonner le patient qui va s’épuiser financièrement ; et lorsque l’on se rend compte qu’il n’a plus d’argent, on le réfère à ce moment-là au CHR. Dans un troisième cas, nous avons des collaborateurs qui reçoivent des patients et pratiquent des actes pour lesquels ils ne sont pas qualifiés. Par exemple, un infirmier qui fait des scanners ou des échographies. L’autre manquement observé au niveau du référencement : nous avons des structures sanitaires qui réfèrent des patients sans aucun document, pas même le carnet du patient. Et lorsque l’on retrace le parcours du malade, la structure d’accueil de départ ne dispose d’aucun dossier ou document sur le patient, comme si les gens savaient que l’acte qu’ils posent est illicite et ne voulaient laisser aucune trace. Nous voulons que cela cesse dans notre région. Le personnel de santé de la région de l’Ouest doit comprendre que la période de sensibilisation est révolue, le temps de la répression est venu. Chacun doit faire ce qu’il a appris à faire, ce pourquoi il est qualifié, dans les règles de l’art.
Propos recueillis par Adèle BITGA













Comments are closed