Lors de la première édition de « Pharma connect » à Douala, ils ont échangé sur les difficultés qu’ils rencontrent et partager leur expérience.
La gestion optimale des officines pharmaceutiques est devenue un enjeu critique au Cameroun. D’après les pharmaciens, les officines pharmaceutiques font face à de nombreux défis. Ces défis sont liés à la fiscalité locale, les nouvelles technologies, les infrastructures, la formation, etc.
« Les officines pharmaceutiques sont confrontées aux différents soucis de gestion fiscale au quotidien. La complexité de la loi des finances et ses vérifications apparaissent parfois comme un piège qui se resserre sur les pharmaciens. Aussi, l’environnement économique actuel connaît une révolution irréversible, celle des technologies digitales et d’introduction de l’intelligence artificielle. Les officines pharmaceutiques ne devraient pas être à la traîne », déclare Dr Yolande Djomo epse Mane. Docteur en pharmacie, elle est la présidente Directrice générale de Siap Pharma, une entreprise spécialisée dans la distribution de produits pharmaceutiques au Cameroun. Elle s’exprimait ainsi lors de la première édition de Pharma connect. Un événement initié par Siap Pharma pour répondre aux enjeux et défis actuels de la pharmacie camerounaise.
Présent à cette rencontre, vendredi 5 septembre 2025 à Douala, Dr Franck Nana, Président de l’Ordre national des pharmaciens du Cameroun, s’est également appesanti sur les enjeux auxquels sont confrontées les officines pharmaceutiques. « La situation est réelle et nous devons nous adapter. L’on constate une baisse des officines légales, ce qui met en mal l’activité. Une bonne gestion des officines repose également sur le respect des règles de bases, la connaissance de la réglementation locale et la maîtrise des outils de gestion pour nous améliorer au quotidien afin de faire face à la concurrence déloyale », a-t-il indiqué.
En effet, il est constaté par ces spécialistes que les pharmaciens, bien que formés aux aspects cliniques et scientifiques, font face à un décalage croissant entre leur formation initiale et les réalités du marché. Les programmes d’études, souvent surchargés, ne mettent pas suffisamment l’accent sur les compétences en gestion d’entreprise, en management ou en fiscalité, pourtant essentielles pour assurer la pérennité et la croissance d’une officine. « Ce manque de préparation mène à des difficultés opérationnelles, impactant directement la rentabilité et la qualité de service. Déjà au niveau du Cameroun, nous avons à peu près 800 officines, mais il y a à peine 400 qui sont des pharmacies viables. Donc vous comprenez le problème », fait savoir Dr Yolande Djomo.
Pour la plupart des pharmaciens, experts du digital, laborantins, etc. Présents à cette rencontre, la digitalisation, l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement et la mise en place de systèmes de contrôle de stock efficaces sont devenues indispensables. « Une bonne pharmacie se distingue par la qualité et la quantité de son stock. Le stock apparaît encore comme un élément crucial dans l’existence d’une pharmacie », indique la promotrice de Pharma connect, avant de poursuivre. « La mauvaise tenue de la trésorerie, c’est l’une des principales causes de faillite des petites entreprises. Les moyens de financement, les outils et l’affectation des financements doivent être bien maîtrisés si nous devons nous inscrire dans le long terme pour une meilleure gestion de nos officines ».
Pharma connect se justifie par le besoin impératif de moderniser et d’optimiser l’écosystème pharmaceutique. En offrant une plateforme unique pour des formations ciblées, des échanges de bonnes pratiques et la découverte d’outils technologiques, Siap pharma contribue à répondre directement aux défis de la profession en améliorant l’efficacité opérationnelle des officines et en renforçant la compétitivité du secteur dans son ensemble.
Ghislaine Deudjui
Interview
« Le manquement à la production locale a une conséquence sur les problématiques des pharmaciens »

Dans cet entretien, le Manager projet de Mavou Consulting, un cabinet spécialisé dans les solutions pour officines apporte quelques détails sur la problématique de gestion de ces entreprises pharmaceutiques.
Qu’est-ce qu’une officine ?
Une officine c’est juste une entreprise qui a la légalité, qui a l’autorisation d’exercer de distribuer les médicaments aux patients. Donc c’est une pharmacie, c’est ce qu’on appelle une officine.
Et quelles sont les difficultés qui sont propres à ces officines ?
L’officine est au carrefour de deux professions. D’abord, la profession libérale parce que c’est réglementé, c’est des personnes assermentées, les pharmaciens qui ont suivi une formation, qui ont le droit de l’exercer, au même titre que les avocats. Mais de l’autre côté aussi, c’est un magasin, c’est une entreprise qui vend les médicaments. Donc elle a cette double casquette de vouloir suivre la réglementation, mais en même temps respecter les impératifs de gestion d’une entreprise commerciale, qui veut dire que toutes les règles de gestion, que ce soit en termes de financement, de stocks, de trésorerie ou de gestion des ressources humaines. Et ça encore, ça crée une tension à ce niveau-là parce que contrairement aux entreprises conventionnelles de commerce, lorsqu’il y a des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement, lorsqu’il y a des perturbations dans les ressources humaines, c’est-à-dire que si les charges, si les contraintes sur l’entreprise augmentent, l’entreprise a tendance à répercuter ça sur les prix. Par exemple actuellement, s’il y a des problèmes d’approvisionnement dû au retard des livraisons, peut-être dans une ville, à cause des embouteillages, ce que fera le commerçant c’est qu’il va calculer le carburant et les charges que ça a occasionnées pour livrer, il va répercuter ça sur le prix de la marchandise. L’officine n’a pas cette marge parce que le prix est fixé et réglementé d’avance. Donc peu importe les tensions qu’elle subit en amont, soit en interne par sa gestion, soit en externe par l’écosystème, elle doit maintenir le prix stable. Parce qu’à la fin de la journée, il faut que le patient puisse accéder à un médicament qui est à sa portée. Mais cette contrainte crée malheureusement une échappatoire qui est en fait le médicament de l’ombre, parce que c’est la conséquence directe du médicament de la rue. C’est-à-dire que des gens se retrouvent en train de laisser la partie réglementaire, la partie suivie, pour se concentrer sur la partie commerciale, avec toutes les conséquences. Et la mauvaise nouvelle, c’est qu’ils représentent quand même 50% du marché. Ce sont les réalités auxquelles les pharmaciens font face. Et alors là, il faut trouver des moyens de les accompagner.
Vous qui êtes proche de ces officines, pensez-vous que le fait que le Cameroun soit limité au niveau de la production des médicaments empiète sur leur développement ?
Énormément. Le rapport du Ministère de la Santé de 2022 sur la stratégie nationale d’approvisionnement, en fait mention aussi. Il y a ces ruptures de la chaîne d’approvisionnement. L’un des éléments importants, c’est la dépendance à 95% de l’importation. On a d’abord toute la lourdeur administrative interne aux pharmacies, externes aux pharmacies pour pouvoir faire les commandes. De l’autre côté, il y a toute la complexité de dédouanement, d’importation, avec tous les délais que ça crée, forcément quand tu vas acheter quelque chose à la boutique du coin, ce n’est pas comme tu vas acheter quelque chose en Europe, elle va passer par les avions, par les bateaux, chose que nous n’avons toujours pas le contrôle dessus, parce que ça dépend des aléas de la conjoncture internationale, que ce soit les guerres, que ce soit le prix du pétrole, que ce soit le coronavirus. Il y a tellement de facteurs dont nous n’avons pas la maîtrise. Le manquement à la production locale a forcément une conséquence sur les problématiques des pharmaciens. Et ça se soulignait dans le rapport de la stratégie nationale du ministère de la Santé.
Propos recueillis par Ghislaine DEUDJUI















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