Une session de formation sur la méthodologie et l’évaluation des protocoles de recherche s’est tenue, ce 26 décembre 2025 à Yaoundé.
Ce n’était pas une simple session de formation de plus sur un agenda administratif chargé. Ce vendredi 26 décembre, dans la salle de conférence de l’École des sciences de la santé de l’UCAC à Messa, l’Ordre des professions médico-sanitaires de la région du Centre (OPMS-Ce) a déclaré la guerre à un mal qui mine silencieusement la crédibilité scientifique du Cameroun : l’anarchie méthodologique et éthique dans la formation à la recherche. Sous l’autorité du Pr TCHOFFO Désiré, président de l’OPMS-Centre, une « grande messe » réunissant l’ensemble des acteurs de la chaîne a posé les bases d’une révolution attendue depuis plus de deux ans.
Le décor est planté d’entrée par le Pr TCHOFFO : « Au sein du Conseil régional que je dirige, nous constatons de plus en plus des manquements liés à l’éthique de la recherche. » Ce diagnostic est partagé par tous. NGANDJOU MELI Thierry, directeur de l’École des infirmiers diplômés d’État d’AYOS, résume la situation d’une plume acerbe : « Il existe une grande disparité dans la formation à la méthodologie de recherche entre les différentes écoles. Chaque institution utilise son propre canevas, son propre langage. » Conséquences ? Des formations inégales pour les étudiants, une cacophonie pour les encadreurs et des comités d’éthique noyés sous des documents hétérogènes. Le Pr Michel KENNE, président du comité d’éthique, enfonce le clou : les enseignants eux-mêmes, pourtant en première ligne, constatent des « manquements » et « éprouvent des difficultés à encadrer face à une multiplicité d’approches ». En clair, le système forme des apprentis-chercheurs avec des règles floues, dans un brouillard méthodologique préjudiciable à la rigueur scientifique future de nos hôpitaux et centres de recherche.
L’Éthique en souffrance : une facture humaine et financière
Mais au-delà de la simple méthode, c’est l’intégrité même de la recherche qui est en jeu. Mbida, président du comité d’éthique de la région du Centre, dénonce une aberration aux conséquences tangibles : « On constate qu’un étudiant, pour mener une recherche, peut devoir demander trois avis éthiques à des comités différents, ce qui engendre un surplus de dépenses. Pourtant, un seul avis pertinent devrait suffire. » Cette course administrative kafkaïenne, épuisante et coûteuse, viole les principes fondamentaux de bienfaisance et de non-malfaisance, pourtant au cœur de l’éthique médicale.
Face à ce constat accablant, la réponse de l’OPMS-Ce, orchestrée par le Pr TCHOFFO, a été sans ambiguïté : l’heure n’est plus au dialogue de sourds, mais à l’action concertée et standardisée. « Il était grand temps que les différents responsables s’assoient à la même table pour parler un langage commun », tonne-t-il. L’objectif est désormais cristallin : produire un document référentiel harmonisé, un canevas unique qui deviendra la bible de tout étudiant, encadreur et évaluateur.
Une ambition : un canevas unique pour une science de niveau mondial
Cette quête d’harmonisation est saluée comme une « aubaine » par le Pr TCHOFFO, qui y voit le moyen de « faire disparaître les disparités observées lors des soutenances ». Pr KENNE abonde : cet outil commun « va faciliter la tâche des encadreurs » et permettra de « former de “bons chercheurs” en alignant toutes les écoles sur des standards reconnus ». Pour le Dr TOKA MISPAR, la diversité des participants – directeurs d’école, secrétaires généraux d’établissements de référence, conseillers de l’Ordre et membres des comités d’éthique – est le gage d’une mise en œuvre efficace et généralisée.
Cependant, l’élaboration de ce document n’a pas été un long fleuve tranquille. Le Pr TCHOFFO l’admet : « Les débats ont été houleux. » Mais c’est précisément cette confrontation d’expertises et de pratiques qui a permis d’accoucher d’un consensus fort. La satisfaction est unanime d’être parvenu à un texte qui « répond aux attentes de tous les participants ».
L’exigence ultime : relever le niveau des encadreurs
Mais un référentiel, aussi parfait soit-il, ne vaut que par la compétence de ceux qui l’enseignent. Sur ce point, le Pr TCHOFFO lance un appel cinglant et sans concession aux autorités : « Je souhaiterais particulièrement que le ministère de tutelle, en l’occurrence le ministère de la Santé, mette un accent fort sur la qualification des personnes qui enseignent et encadrent. » Son exigence est concrète et vise à éradiquer une pratique trop courante : « On ne doit plus confier l’encadrement méthodologique à un simple licencié, ou à un titulaire de master dans un domaine sans rapport avec la recherche. Celui qui enseigne cette matière doit avoir au minimum un master en recherche. »
Cette professionnalisation des encadreurs est la clé de voûte de toute la réforme. Elle seule permettra d’« améliorer le bagage intellectuel des étudiants », comme le souligne le Pr TCHOFFO, et de donner corps à la vision de NGANDJOU : « À terme, cette harmonisation doit améliorer le “background” des étudiants, renforcer la fraternité intellectuelle entre les écoles, et garantir que tous les futurs professionnels de santé soient formés avec rigueur et une éthique solide. »
La session de formation du 26 décembre 2025 marque ainsi un tournant décisif. Elle est bien plus qu’un atelier technique : c’est un acte fondateur. Sous la houlette du Pr TCHOFFO Désiré et avec la mobilisation de toutes les parties prenantes, de Mbida pour l’éthique à NGANDJOU pour la mise en œuvre terrain, l’OPMS-Ce a tracé une ligne claire. Désormais, la recherche en sciences de la santé dans la région du Centre devra se plier à des standards exigeants de méthode et d’éthique.
Le chemin reste à parcourir, de la diffusion du référentiel à la vigilance accrue des comités pilotés par le Pr KENNE et Mbida. Mais le signal est fort. Le Cameroun montre qu’il entend former non pas des exécutants, mais des penseurs critiques de la santé, capables de produire une science irréprochable, digne de confiance et au service exclusif des populations. L’ordre, la rigueur et l’éthique ne sont plus des options ; ils sont devenus, ce jour à Yaoundé, la nouvelle loi du domaine médico-sanitaire.















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