C’était à l’occasion de la journée mondiale de l’albinisme célébrée le 13 juin dernier sous le thème : fièrement dans ma peau : célébrer toutes les carnations.
Clichés de quelques albinos, lors de la journée mondiale de l’albinisme à Ngaoundéré, le 13 juin 2026
Dans la région de l’Adamaoua comme partout ailleurs, malgré la sensibilisation, les personnes vivants avec l’albinisme continuent de faire l’objet de curiosités, de préjugés et même de stigmatisation. Mokala, guenguerou, faux blancs, nassara, personnes mystiques etc sont quelques clichés affichés vis-à-vis de ces personnes. Dans de nombreuses familles, en communauté ou en milieu professionnel, les albinos sont objet de curiosités pour beaucoup. Ces stéréotypes et idées reçues peuvent avoir des conséquences sur l’estime de soi de cette catégorie de personnes pourtant dotées des mêmes capacités intellectuelles que les autres personnes dites
normales. « En famille, certains de mes frères estimaient que je suis différente d’eux, alors que je suis capable d’effectuer les tâches qu’ils effectuent. Au départ, ça me frustrait, mais j’ai appris à faire avec », conte Adriana Ze Abena, albinos et enseignante. Manoël Ndzeutouo, Ingénieur de Génie chimique à l’Université de Ngaoundéré considère ces réalités comme faisant partie d’une part de vérité de lui et les prend comme elles viennent. « Si une personne me désigne par rapport à ma couleur de peau, je ne vois rien de mal. Il ne dit rien de mal et ça ne dit rien », dit-il avec un brin d’humour.
Une célébration sobre
Initiée depuis 2014 par les Nations Unies, la journée mondiale de l’albinisme est un moment de réflexion sur les politiques à mettre en œuvre pour l’épanouissement des albinos au même titre que les autres personnes. A Ngaoundéré, la célébration de l’édition 2026 allait passer sous silence nul était l’engagement d’une organisation de la société civile qui fait dans l’épanouissement et l’autonomisation des personnes à besoins spécifiques. « Nous nous battons pour que les personnes à besoins spécifiques se sentent intégrées dans la communauté. Pour ce qui est des cas spécifiques, les défis sont nombreux, notamment la stigmatisation et même le rejet de certains. Ce qui peut pleinement jouer sur leur considération de soi », explique révérend Félix Ambe, fondateur de Victory Disability Outreach Association (Vdoa). Cette organisation met à la disposition des albinos, des modules de formation afin de participer à l’autonomisation des albinos.
Besoin urgent des dermatologues
Si dans l’éducation, les enfants albinos sont de plus en plus intégrés avec la multiplication des écoles inclusives dans le primaire et le secondaire, dans le secteur social et de la santé, des efforts s’imposent. L’absence de pigmentation de la peau des albinos les expose à diverses pathologies de la peau. Ce qui pose un réel problème de prise en charge. « Nous nous imposons de plus en plus dans la société par nos capacités, mais notre principale préoccupation demeure le climat qui est agressif en saison sèche, associé à l’absence de dermatologues dans la région. Ce n’est pas du tout facile », indique Adriana Ze Abena. Et de plaider, « Nous lançons un cri envers les autorités sanitaires. Si elles peuvent affecter des dermatologues dans la ville de Ngaoundéré et dans les autres villes, ça sera vraiment bénéfique pour nous et l’ensemble des populations de la région ».
La célébration de la journée mondiale de l’albinisme remet sur la table, l’importance de la sensibilisation communautaire sur les spécificités des albinos, mais également la prise en compte de leurs talents pour une société plus inclusive.
REACTIONS : Adriana Ze Abena, enseignante
« Nous ne sommes pas des « extraterrestres »

L’albinisme est une maladie génétique. Personne n’a voulu naitre ainsi, mais on accepte juste le fait. On a plusieurs challenges qu’on vit au quotidien. Ça commence déjà à partir de l’extérieur. Parce que les membres de la famille qui nous acceptent déjà en tant que des personnes un peu différentes, pas vraiment totalement. On a différents challenges. Par exemple, le dehors ou les enfants à l’école qui ne sont pas assez informés sur la chose peuvent aborder le sujet avec des taquineries, pas trop de bon goût, des petites intrigues. Au fur et à mesure que nous faisons face à ces différentes attaques, cela nous rend fort parce qu’il y a certains qui sont beaucoup surpris, d’autres qui expriment carrément un état de répugnance envers une autre personne. Comme je le disais, ils ne sont pas assez informés et ont justement peur que le service que la personne albinos devrait lui donner ne soit pas véritablement ce à quoi ils s’attendent. On a également des personnes qui pensent que naturellement, nous ne sommes pas là. Je ne me suis pas vraiment considérée comme une personne handicapée. Intérieurement, je le sais. Et là, plusieurs personnes, ne s’attendent pas à ce qu’on fasse un certain nombre de travail. La petite anecdote, il s’agissait de mon frère qui me lançait un challenge. Parce que, justement, je me suis plaint que faire la cuisine, notamment le
couscous, normalement, était assez épuisant et tout. Il était assis. Alors, il se plaint et me dit, mais vous, vous criez trop. On lui avait assigné une tâche qui était de porter la terre qui bloquait la route pour une autre position. Alors c’est comme ça qu’il me demande de faire son travail à lui et que lui fasse le mien. Genre lui de faire la cuisine et moi de mettre la terre à côté. Il a échoué avec succès. Moi, par contre, j’ai dit oui, pourquoi pas. Pourquoi pas ? Parce que je voulais aussi qu’on me voie d’une autre façon quand même. Alors c’est comme ça que là je me mets à travailler et tout. Jusqu’à la petite idée me vient de me faire filmer. Donc, j’ai fini par faire le travail. On a tendance de mettre l’Adamaoua à l’écart. Alors en tant que personne d’abord vivant à l’Adamaoua et ensuite Miss albinos de l’Adamaoua, je compte premièrement de sensibiliser toutes les personnes albinos pour voir quels projets réaliser. Comment est-ce qu’on peut les amener à leur redonner confiance en eux, parce qu’on a constaté que la majorité n’avait pas vraiment confiance en eux. Après la sensibilisation, il sera question déjà de redonner confiance en chacun d’entre nous maintenant afin que chacun d’entre nous puisse ressortir ce qu’il a en lui. En anglais, on dit «skills», nos différents talents, notre savoir-faire, de les mettre justement à la société pour exhiber cela afin que plus les gens comprennent que nous ne sommes pas des personnes à part, soit nous ne sommes pas des « extraterrestres » comme beaucoup le disent. Nous sommes dans une région avec un climat agressif en saison sèche. C’est déjà un grand problème. On n’a pas de dermatologues et pas assez d’ophtalmologues aussi.
Manoël Ndzeutouo, Ingénieur de Génie Chimique
« La personne albinos est confrontée à de nombreuses difficultés dans la société qui viennent pour la plupart des idées préconçues ».

Il faudrait dire que la personne albinos est confrontée à de nombreuses difficultés dans la société qui viennent pour la plupart des idées préconçues. Notamment, on va mentionner des croyances comme quoi la personne albinos serait un sorcier. De fois on va nous jusqu’à dire, il suffit quand même, que lorsqu’on meurt, on nous jette au marécage en fait, ou de fois qu’on disparaît, des trucs comme ça, qui sont illogiques. Des curiosités, bien sûr, il y en a, bien sûr. Des amis vont même souvent aussi faire des blagues, ils demandent votre sexe. Est-ce que ça a des poils de couleur, noir ou blanc également, des trucs comme cela. Il y a tant de curiosités dans ce sens-là. Tout ce que ce sont des questions qu’on n’aime pas forcément entendre, non seulement on n’est pas préparé, ça arrive toujours de façon inattendue en fait. On ne se fout pas jamais de cela. Mais avec le temps, avec la culture et tout et tout, et une certaine expérience, nous sommes parvenus à gérer cela, à comprendre que, en fait, ces personnes qui disent ce genre de choses, ce n’est pas forcément un mal, c’est juste qu’il y a un manque de sensibilisation sur la question en fait. C’est pour ça que moi, en tant que master albinos de la région de l’Adamaoua, je prends sur moi cette responsabilité de sensibiliser autant que possible sur cette question de l’albinisme autant que possible. Et également, j’invite le gouvernement camerounais à multiplier les actions, les initiatives comme celle de Vdoa pour mettre en avant la personne en situation d’albinisme et vulgariser cela. En réalité, au départ, à un certain moment, oui, forcément, puisque ça ne plaît à personne quand ils disent des choses non plaisantes. Mais en fait, on se rend compte que, quand vous dites « albinos », qu’est-ce qu’il faut dedans, en fait ? Vous êtes un albinos, c’est vrai, n’est-ce pas ? Il n’a que dit ce qui est vrai, en fait. À un moment, on se rend compte qu’il décrit juste ce qu’il voit. C’est-à-dire que, peut-
être, lors de l’enfance, on a le cerveau enregistré, peut-être, c’est une connotation négative. Mais sinon, si on vous appelle albinos, la personne décrit ce qu’elle voit, simplement. On me traite d’orgueilleux, parce que je ne prête pas attention à tous ces dits, à toutes les conceptions des autres, au fait que des gens voudraient que je pense comme eux, en raison pour les autres, bien pour les autres. Je me fais mon propre avis. Je pense que tout le monde devrait d’abord travailler cette psychologie, parce que tout est psychologique. À un moment, si vous êtes faibles mentalement, ça va vous atteindre. Ça va vous atteindre, vous serez bloqués. Il y a des personnes en situation d’albinisme qui ont énormément de talent, mais dû à l’abandon de leurs proches et tout et tout, ils ne font rien. Ils ont peur. Ils ont peur de ce qu’ils diront à eux. Ils ont peur des choses. Quand j’ai eu mon baccalauréat, j’ai fait des prépas pour la faculté de médecine. On était avec des amis un jour. Je leur ai annoncé cela. Ils m’ont dit ceci. Ça m’a fait rire, quand même. Tu veux être en médecine pour soigner qui ?















