Après les études d’impact environnemental et social, une équipe de l’organisation Terre et Développement Durable attire l’attention des pouvoirs sur la non considération du volet santé humaine et environnementale.
Dans le cadre de la politique d’import-substitut, le secteur agricole occupe une place de choix. C’est ainsi que dans la région de l’Adamaoua, près de 1,74 millions d’hectares ont été choisis dans le cadre du Programme Plaine centrale dans les arrondissements de Dir et Tibati, dans la région de l’Adamaoua. Le Programme Plaine Centrale (PPC), pilier de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 a été lancé au milieu des années 2010. Sur cette emprise colossale, 509 405 hectares sont déjà sécurisés dans les arrondissements de Dir et de Tibati. Un rapport de suivi produit par l’organisation Terre et Développement Durable (TDD), consacré aux consultations et audiences foraines des études d’impact environnemental et social (EIES) du volet Agro Parc, dresse un constat sévère : 102 articles issus de neuf conventions internationales et 23 articles de lois nationales auraient été violés dans la mise en œuvre du programme.
Des risques sanitaires
Selon le constat fait par Terre et Développement après plusieurs mois d’investigation dans les arrondissements de Dir et Tibati, elle tire la sonnette d’alarme sur les conséquences sanitaires de ce Programme. Les EIES elles-mêmes reconnaissent un risque « majeur » de contamination des sols et des eaux par des substances nocives, aux effets attendus sur la santé humaine à long terme. « Le bruit des chantiers menace également le sommeil et la santé des riverains », indique Pierre Hervé Madougou Yagong, de Terre et Développement Durable. Le rapport pointe en outre l’absence d’évaluation des risques biotechnologiques liés aux organismes vivants modifiés, et une quasi-absence d’information des populations, notamment des peuples autochtones Mbororo, pourtant exposés.
Un environnement sous pression
Sur le plan environnemental, le tableau n’est pas moins préoccupant. L’installation des agro-industries fait peser une pression considérable sur les eaux de surface et souterraines, dans une région déjà confrontée à un stress hydrique croissant. Ce phénomène a déjà coûté la vie à plus d’un millier de bœufs en 2025 dans l’arrondissement de Dir, les carcasses en décomposition ayant à leur tour dégradé les conditions sanitaires locales. Selon Global Forest Watch, l’Adamaoua a perdu 72 000 hectares de forêt naturelle entre 2021 et 2025, générant des millions de tonnes d’émissions de CO₂. Les forêts galeries, derniers refuges humides de la région et habitats d’espèces migratrices et menacées, sont particulièrement fragilisées par une déforestation que le rapport qualifie de « crimes environnementaux ». Au-delà des
risques sanitaires que courent les populations riveraines, le rapport de TDD s’inquiète des conséquences sur le long terme pour les populations tirant leurs ressources de survie des cours d’eau, l’Adamaoua étant le Château d’eau du Cameroun. Cette position fait en sorte que l’équipe de Pierre Hervé Madougou Yagong redoute les effets même sur les populations lointaines.
Les solutions à envisager
Face à ce constat alarmant, TDD formule plusieurs recommandations. L’organisation demande l’arrêt immédiat des déforestations dans les forêts galeries et leur classement en zones protégées, au même titre que les mangroves du littoral, assorti d’un plan de reboisement d’urgence. Elle réclame aussi l’annulation de quatre titres fonciers jugés illégaux, portant sur 305 000 hectares encore non exploités par la phase pilote du PPC. Parmi les autres pistes avancées, la réalisation d’EIES indépendantes, une révision des attributions foncières tenant compte des communautés locales, le respect du consentement préalable, libre et éclairé des populations, ainsi que la préservation des sites culturels et des espaces vitaux des communautés affectées.
Interview : « Les impacts qui vont à l’encontre de l’épanouissement des enfants ».

Quels sont les risques pour les populations du Programme Plaine Centrale ?
Le Rapport de suivi des consultations et des audiences foraines d’élaboration et de validation des Etudes d’Impacts Environnementaux et Sociaux (EIES) du Programme plaine Centrale AGRO PARC dans les Arrondissements de Dir et de Tibati commis par Terre et Développement Durable (TDD) a mis en lumière les violations de 102 Articles de neuf Conventions internationales applicables au PPC ainsi que 23 Articles des Lois nationales. Pour ce qui relève de la santé humaine, animale et environnementale, il est d’abord à relever que la loi-Cadre N° 96/12 du 05 août 1996 relative à la gestion de l’environnement en son Article 7 alinéa 1 dispose que « Toute personne a le droit d’être informée sur les effets préjudiciables pour la santé de l’homme et l’environnement des activités nocives, ainsi que sur les mesures prises pour prévenir ou compenser. ». Sur les différents mémoires des EIES on peut lire : « Les résultats de l’analyse d’impacts ci-dessus montrent qu’un impact d’importance absolue a été évalué majeure car, au vue des différentes activités à mener sur le terrain, on pourrait observer des contaminations par des substances nocives pour l’environnement entrainant à long terme des risques sur la santé humaine, sur la qualité des sols, sur la contamination des eaux, etc. ». Ou encore des risques de « Détérioration de l’environnement sonore avec potentiellement des effets négatifs sur la communication, le sommeil, sur la santé des riverains. » sont relevés. Malgré cela le très insignifiant niveau de participation des populations et surtout des peuples autochtones Mbororo aussi bien aux
consultations qu’aux audiences foraines est déjà en soi une limite aux mesures de mitigations de risque.
Sachant que ce programme touche également les cours d’eau, à quels dangers sont exposées les populations qui vont consommer les poissons et autres produits issus des eaux ?
A ce titre, le Rapport de TDD révèle notamment qu’il n’existe pas d’évaluation et de mesures de gestion des risques biotechnologiques permettant de déterminer et d’évaluer les effets défavorables potentiels des organismes vivants modifiés sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique, prenant également en compte les risques pour la santé humaine ; 2) une absence de sensibilisation et d’information du public quant aux risques biotechnologiques liés au transfert, à la manipulation et à l’utilisation sans danger d’organismes vivants modifiés en vue de la conservation et de l’utilisation durable de la diversité biologique et des risques pour la santé humaine qui peuvent être importés soit assurée au sens du Protocole ; 3) Rien n’indique dans les mémoires des EIES que des mesures sont prises pour que la manipulation, le transport, l’utilisation, le transfert et la libération de tout organisme vivant modifié qui vont être potentiellement utilisés par les agroindustries se fassent de manière à prévenir ou à réduire les risques pour la diversité biologique, en tenant compte également des risques pour la santé humaine. Ces trois points violent l’alinéa 2 de l’Article 2 (7), les Articles 15 et 16, 19 du protocole de cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la convention sur la diversité biologique ; 4) Conséquemment à la non prise en considération des Articles 16 et Article 17 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples, la précarité liée aux pressions sur les moyens de subsistance des communautés locales et des peuples autochtones va impacter les niveaux d’accès aux soins de santé ; 5) les mémoires des EIES n’établissent pas des mesures de protection des femmes, des personnes âgées, des handicapés contre les discriminations, notamment les discriminations d’accès, de jouissance et de propriété foncières. Or les impacts qui vont à l’encontre de l’épanouissement des enfants sont nombreux à l’instar de la hausse de la pénibilité des travaux domestiques (recherche du bois de chauffe), du droit à l’alimentation lié aux perturbations de stabilité des parents, etc. qui auront bien évidemment des impacts sur l’éducation, la santé, l’urbanisation, l’exode rural, etc. en violation de l’Article 18 alinéa 3, alinéa 4 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples
autochtones. Les agroindustries que projette d’installer le Programme Plaine Centrale (PPC) auront de très fortes emprises sur les eaux de surface et souterraine comme le relève le mémoire de l’étude réalisé sur le site de Ngatt, « 70% des prélèvements d’eau douce au monde servent à la production d’aliments (GIEC, 2019). Cette consommation d’eau entraine par endroits des baisses des réserves souterraines ». Donc nous sommes déjà en face de la menace d’un stress hydrique. Mais si ici le stress hydrique est en projection, il faut savoir que ce stress hydrique est déjà une cruelle réalité aux abords des forêts galeries qui ont connu de très importantes activités de déforestation, de véritables crimes environnementaux en prélude au PPC. La conséquence directe de ce stress hydrique a été la perte de plus de 1000 bœufs en 2025 dans l’Arrondissement de Dir. Les carcasses en décompositions sur les marchés et dans les brousses ont détérioré les conditions de santé. Mais ces déforestations sauvages ont des impacts plus lourds et à plus large spectre par le mauvais traitement des eaux de surface fait par les opérateurs forestiers qui construisent des « ponts forestiers » sans aucune considération des mesures environnementales. Il se met donc en place un cycle hautement destructeur fort préjudiciable aussi bien à la santé des riverains que de celle de tout le pays, l’Adamaoua étant le « château d’eau » du Cameroun. Selon Global Forest Watch, « Entre 2021 et 2025, la Région de l’Adamaoua a perdu 72 000 hectares de forêt naturelle, générant des millions de tonnes d’émissions de CO₂. » auxquels viennent s’ajouter les activités de d’exploitations forestières liées au programme Plaine Centrale. En 2010, selon les informations disponibles sur le site de l’Association des Communes Forestières du Cameroun, en 2010, la Région de l’Adamaoua ne comptait qu’une seule forêt Communale dans l’Arrondissement de Meiganga crée par plantation. Mais depuis 2021, on assiste à une hausse vertigineuse des exploitations forestières dans la Région, tant et si bien que les Arrondissements de Dir et de Tibati font figures de derniers îlots des forêts humides dans la Région.
Quelles pistes de solutions prendre en compte pour minimiser les risques ?
Les pistes de solutions sont les suivantes :La cessation immédiate des activités de déforestation dans les forêts galeries. Ces forêts galeries de l’Adamaoua par leurs rôles environnementaux et écologiques systémiques méritent une protection au même titre que les mangroves du Littoral. Ce qui induit la sanctuarisation des forêts galerie de la Région de l’Adamaoua et un plan de reboisement spécial et en
urgence des sites forestiers dévastées.
L’annulation des Titres Fonciers 1085/Mbéré, 1086/Mbéré, 515/Djerem et 516/Djerem. Il est aujourd’hui entendu que la phase pilote du PPC va se déployer sur 200 000 ha dont 100 000 dédiés aux productions agroindustrielles. Qu’est-ce qui justifie les Titres Fonciers sur 305 000 Ha qui ne seront pas exploités outre que les établissements de ces Titres Fonciers ont été faite en violation de la loi ?
Que des Etudes d’Impacts Environnementaux et Sociaux indépendantes soient instruites aux fins de remettre le Programme Plaine Centrale dans la vision de développement durable.
Une reconsidération des affectations et des attributions des terres en prenant en considération les espaces vitaux des communautés locales et les territoires des peuples autochtones.
Le respect de l’exigence du Consentement préalable, libre et éclairé (CLIPE) La soustraction des sites patrimoniaux culturels, naturels et à valeurs cultuelle, des espaces de vie (zones agricoles et pastorales) des communautés locales et des territoires des peuples des zones affectées au Programme Plaine Centrale.















