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ENVIRONNEMENT

Persistance des ordures dans la ville de Yaoundé : Le ras-le-bol de la population

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Poubelles saturées, trottoirs obstrués par les déchets. La capitale politique étouffe depuis des semaines sous les immondices. Un spectacle désolant qui exaspère et inquiète quotidiennement les habitants.

Tas d’ordures au quartier Colombia

Yaoundé étouffe. Envahie par les déchets, la ville aux sept collines sombre dans l’insalubrité. Rendus dans la ville, nous nous sommes d’abord arrêtés au quartier Colombia. Les premières poubelles attirent l’attention. Des déchets sont entassés en même le sol occupant une partie de la voie. En continuant le chemin, le constat se répète. Sous le pont où passent les trains juste avant le carrefour Damas, les poubelles s’accumulent également, au milieu des flaques d’eau qui rendent les lieux encore plus insalubres. Direction Terre Rouge. Ici, la circulation est particulièrement difficile. Les voitures ont de la peine à se frayer un passage entre les déchets et les personnes qui occupent les abords de la chaussée. Les recycleurs sont aussi présents et travaillent au milieu de cette animation, triant et récupérant ce qui peut encore être valorisé. La situation est plus alarmante en raison de la proximité immédiate des tas d’ordures avec les commerces alimentaires. Ces montagnes de déchets polluent l’environnement direct des vendeurs de fruits, de prunes et de plantains braisés, qui exposent pourtant leurs marchandises sur des tables ou en bordure de route. Les restaurants de rue, tout comme les vendeurs ambulants de soya, préparent et servent également la nourriture à seulement quelques mètres de cette pollution, menaçant directement la salubrité des aliments et la santé des consommateurs. Entre les voitures, les commerçants, les clients et les détritus qui s’entassent, la scène illustre un quotidien où ordures et activités commerciales se côtoient dans un même espace.

Les riverains dénoncent des poubelles qui débordent

Les tas d’ordures qui s’accumulent dans les rues ne laissent pas les riverains indifférents. Commerçants, restaurateurs, passants et habitants déplorent une situation

qui, selon eux, dégrade leur cadre de vie et suscite des inquiétudes sur le plan sanitaire. Carole ONANA, restauratrice : « Personne ne peut se sentir à l’aise d’exercer une activité dans la restauration en face d’une poubelle. » Installée à proximité d’un point de collecte, elle dit devoir redoubler d’efforts pour maintenir son restaurant propre. « Je me garnis de produits pour essayer de faire le nettoyage, pour éviter d’avoir des mouches qui vont envahir le restaurant et mettre les consommateurs mal à l’aise », explique-t-elle. Elle dénonce également les dépôts effectués la nuit par des particuliers et des véhicules. Pour elle, si ce point de collecte ne peut pas être vidé régulièrement, « c’est mieux qu’il soit même annulé ». Philomène, riveraine, ne cache pas son exaspération. « On se sent très mal avec les poubelles qui remplissent la ville de Yaoundé », déplore-t-elle. Elle évoque notamment les mouches et les mauvaises odeurs qui entourent les lieux de vie. « Nous mangeons, ça nous dérange, ça nous met mal à l’aise », témoigne-t-elle, appelant les pouvoirs publics à trouver une solution durable. Pour Dora, elle s’inquiète particulièrement de la proximité entre les déchets et les lieux où sont vendus les aliments. « La majorité des gens mangent en route. À côté des poubelles, il y a souvent des lieux où on vend la nourriture. Les mouches peuvent partir là-bas et contaminer les repas », estime-t-elle. La riveraine appelle également à davantage de responsabilité individuelle. Pour elle, chacun doit éviter de jeter ses déchets dans la rue et utiliser les équipements prévus à cet effet. Mais elle demande aussi davantage de bacs à ordures dans les quartiers. « On fait 100 mètres, on fait 1 km, on ne voit pas de bac à ordures », regrette-t-elle. Julienne quant à elle, particulièrement préoccupée par la situation, parle d’un spectacle « pas beau à voir », aussi bien pour les riverains que pour les visiteurs. Elle évoque les odeurs et les déchets qui rendent le quotidien difficile. « Notre santé est mise en danger. La beauté de notre ville est mise à mal », affirme-t-elle. Elle estime par ailleurs qu’il faut davantage réfléchir à la transformation et au recyclage des déchets, notamment en s’appuyant sur les compétences des jeunes et des ingénieurs camerounais. Gisèle Sandrine insiste, elle aussi, sur les conséquences de l’insalubrité. Selon elle, les déchets et les odeurs qui s’en dégagent rendent l’environnement désagréable. Elle s’inquiète surtout pour les aliments vendus à proximité. « Lorsque le vent souffle, il peut emporter certaines entités infectées et les déposer sur des aliments qui ne sont pas protégés », estime-t-elle. Pour elle, le ramassage doit être plus régulier. Elle propose une organisation permettant d’avoir « une équipe le matin et une équipe le soir » afin d’éviter que les déchets ne restent suffisamment longtemps pour envahir les abords des routes.

Une situation qui doit changer car au-delà de l’image de la ville, c’est le cadre de vie et la santé des populations qui sont au cœur des préoccupations.

Marie Chantale FAIDA

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