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Découverte :André Goura

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Le visage de la toute première promotion des kinésithérapeutes du Cameroun

Il est né le 5 novembre 1947. Et toujours sur ses deux pieds. Il a son système physique qui correspond à la personne. Gradué en 1977, cela va faire 49 ans qu’il reste en activité. Il nous raconte les histoires d’une profession qui cherche ses marques. La kinésithérapie, c’est le travail. Et je me repose difficilement, dit-il….Petite note du parcoursJe suis originaire du département du Mbam et Inoubou, physiothérapeute de la première heure, parce que je suis de la toute première promotion de kinésithérapeutes du Cameroun. Gradué en 1977, j’ai travaillé au centre des handicapés pendant 26 ans et quand j’ai réclamé les meilleures conditions de travail, on m’a dit que j’étais un rebelle. Bon, pour cela, je n’ai pas tenu rigueur, mais la chose qui m’a fait le plus résister au parti du centre des handicapés, c’est parce qu’on voulait que je forme les kinésithérapeutes dans le tas.Et c’est ce que je n’ai pas pu avaler. J’ai préféré m’opposer à la demande du ministre Marie-Madeleine Fouda, parce qu’elle tenait à tout prix que je forme les gens dans le tas. J’ai dit que c’était une manière de rabaisser la profession du kinésithérapeute.Ce qui me fait venir au symposium de Douala Je suis venu ici parce que je suis quand même un doyen. Mes enfants ne peuvent pas organiser quelque chose et m’oublier. Ils sont venus me chercher à Yaoundé pour que je sois présent à ce symposium. Mon regard sur la kinésithérapieJe suis tellement content de voir que la kinésithérapie, qui n’était rien, nous étions très peu nombreux. D’ailleurs, la première promotion avait combien de kinés ? Quatre.Et parmi les quatre, je restais le seul survivant, parce que les autres sont déjà morts. Et moi, avec l’amour que j’avais pour la profession, franchement, il ne peut pas manquer de venir voir les enfants que j’ai eu à former. Parce que la majorité des jeunes kinés qui sont là m’ont connu.C’est quand j’arrive au CHU, parce que c’est moi qui ai fait le service de kinésithérapie au CHU, parce qu’on m’a fait partir du centre, parce que j’étais un rebelle. Je crois que j’ai fait une grève en 2002, où Marie-Madeleine Fouda a été changée par Bomba Nkolo. Et Bomba Nkolo, qui vient donc au centre des handicapés comme ministre, elle aussi, elle s’est attaquée à moi. Elle a fait cinq mois et demi de ministère à cause de moi. Parce qu’on tenait à tout prix que je quitte le centre, que j’étais déjà très vieux là-bas. Et avec 26 ans, elle a dit non.Le personnel qui a déjà fait plus de 18 ans au centre est remis à son administration d’origine. C’est comme ça qu’on m’a enlevé du centre des handicapés. On m’a remis au ministère de la Santé.La kinésithérapie dans les standards de formation au Cameroun Non, je ne comprends pas pourquoi la kinésithérapie n’est pas intégrée dans les standards de formation au Cameroun. Nous avons mené un combat. En réalité, nous avons eu un premier groupe de kinésithérapeutes. Quand je travaillais encore au centre des handicapés, il y a eu une première association de kinésithérapeutes qui a été créée avec madame Sébastien Hester. Nous avons œuvré, mais avec l’avènement de jeunes comme Teki. Comme Georges Onana qui est revenu de Canada.Ils ont voulu nous suivre dans le mouvement que nous avons créé. Parce que Teki travaillait à l’hôpital général. Il a voulu centraliser les choses comme quoi c’était l’Hôpital général qui était le noyau de la kinésithérapie.Au lieu de nous rejoindre dans l’autre mouvement, il a créé une séparation. Et ceci, ne nous a pas tellement intéressés. Et c’est ça qui a fait que les jeunes qui sortaient déjà dans Saint-Louis et à l’Université des Montagnes.Quand on venait en stage il y avait le CCPI d Ekounou. Il y avait des jeunes qui étaient formés là-bas en kinésithérapie. Le nombre a commencé à évoluer. On a arrêté la formation de kinésithérapeutes au Cameroun. Parce que c’était formé au CUS. On a enlevé la formation au CUS. On a renvoyé ça à l’Université. Donc les professeurs qui devaient faire en sorte que les kinésithérapeutes deviennent de plus en plus nombreux. Surtout que la kinésithérapie n’était pas connue au Cameroun.Même les médecins que nous avons à l’époque ne faisaient pas foi à la kinésithérapie. Ils limitaient la kinésithérapie rien qu’au massage. Quand ils ont tout essayé, ils disaient « Allez quand même voir au service de kinésithérapie ».C’est à ce niveau que la kinésithérapie ne s’est pas bien connue. La kinésithérapie, n’est pas seulement le massage Le kinésithérapeute, en réalité, n’a besoin que de sa tête et de ses bras. De la connaissance. Parce que la majorité des malades que j’ai récupérés, c’est avec même ma parole aussi. La voix aussi joue le rôle de kiné avec autorité. Et quand je parle à un malade, je le rassure d’abord de ce qu’il est. Psychologiquement, il est touché. Et émotionnellement, il est touché.Et il fait confiance à la personne qui lui parle. Donc la manière de sensibiliser le malade, de lui faire comprendre que son mal n’est pas une malédiction, qu’il ne provient pas de la sorcellerie, c’est une simple maladie qu’on peut guérir. Et je prends autorité sur le malade.Et la guérison s’ensuit. Ces masseurs qui font entorse à la profession…Le problème que moi j’ai combattu et que je continue à combattre, ce sont ces charlatans. Parce qu’il y a des gens qui marchent avec les sacs qui s’en vont dans les maisons, même dans les marchés. On a voulu faire de la kinésithérapie comme quelque chose de facile. Mais la kiné n’est pas facile.Avec l’avènement même de l’Ordre de santé médicale, de santé des sages et femmes. Parce que vous voyez, à un moment donné, on plaçait même les perfusions dans les marchés, dans les comptoirs. C’est quelque chose de courant. C’était pour vulgariser la profession. Mais c’est pour gâter. Ce n’est pas pour arranger.Voilà pourquoi la formation dans le tas de kinésithérapeute, je m’étais opposé énergiquement au centre des handicapés. Normalement, la kiné devrait être un métier qu’on doit respecter même. Parce qu’une feuille a beau tournoyer, elle va tomber.D’ailleurs, qui s’est déjà couché sur son lit sans s’asseoir ? Je dis souvent que la kinésithérapie, c’est le sol de la profession médicale. Parce qu’on recourt toujours aux kinésithérapeutes. Quand quelqu’un tombe malade, deux, trois semaines, couché, il ne peut pas se lever directement.Il a besoin d’un kinésithérapeute. Tout malade grabataire a besoin d’un kinésithérapeute. Parce qu’il ne fait plus de mouvement. Alors que la kinésithérapie, c’est le mouvement qui donne l’âme. En réalité, c’est pour ça que je rends grâce à Dieu.

Alphonse Jènè

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📰 Dernière parution : Echos santé n°1434 du mardi 30 juin 2026

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