Le Document de programmation économique adopté en Conseil de Cabinet le 26 juin, sera soumis aux parlementaires camerounais. Au moment où les bailleurs de fonds réduisent leurs contributions et où les ménages assument l’essentiel du coût des soins, le débat sur l’enveloppe du MINSANTE s’impose comme l’un des plus sensibles de cette session.
Pour l’exercice 2026, le budget général de l’État camerounais s’est établi à 8 683,9 milliards de FCFA, en progression de plus de 1 000 milliards de FCFA par rapport à 2025. Dans cet ensemble, le ministère de la Santé publique a disposé d’une enveloppe de 388,81 milliards de FCFA, répartie entre des dépenses de fonctionnement de 70,870 milliards et des dépenses d’investissement de 320,397 milliards, auxquelles s’ajoutent 84 milliards destinés à la masse salariale. Soit environ 4,4% du budget général.
Ce ratio est régulièrement rappelé en référence à la Déclaration d’Abuja de 2001, par laquelle les chefs d’État africains s’étaient engagés à consacrer 15% de leurs budgets nationaux à la santé. La part du budget de l’État alloué à la santé oscille entre 5,5 et 7% depuis 2011 au Cameroun, loin du seuil préconisé par cette Déclaration.
Le ministre de la Santé appelle à la performance
Le ministre de la Santé publique, Dr Malachie Manaouda, a lui-même cadré les attentes lors du lancement de l’exécution du budget 2026, le 29 janvier au Palais des Congrès de Yaoundé. Il a réaffirmé sa vision du budget comme un « levier stratégique de transformation » et souligné : « Je prône une collaboration franche entre les structures sanitaires et l’administration centrale pour que chaque franc investi se traduise par une amélioration de la santé de nos populations ». Le ministre a également fixé un objectif programmatique clair : « Des hôpitaux fonctionnels, des équipements modernes et un personnel réellement soutenu ».
Cette orientation vers la performance budgétaire intervient dans un contexte où, suite à la suspension de l’aide américaine, le MINSANTE a engagé des démarches pour combler le déficit de financement de certains projets de santé, notamment en mobilisant les fonds COVID mis à disposition par la Banque de développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) vers le renforcement du système de santé.
L’OMS interpelle sur le financement
Le 21 mai 2026 à Yaoundé, une délégation de l’Organisation mondiale de la Santé, conduite par le Dr Magaran Monzon Bagayoko, Représentant de l’OMS au Cameroun, a été reçue par le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey. Au menu de cet échange : les grandes orientations d’un financement sanitaire revu et adapté aux nouvelles réalités du contexte international. Le Dr Bagayoko a résumé la démarche : « C’était une façon de remercier le ministre et de faire un plaidoyer auprès de lui pour un partenariat accru et surtout pour un appui contenu au secteur de la santé. » Interrogé sur le sens du mot « accru », le représentant de l’OMS a été direct : cela signifie simplement « que ça doit aller beaucoup plus fort ».
Le représentant onusien a également précisé les contours de ce partenariat attendu. « Nous savons que dans le partenariat, le Cameroun a été de tous les combats, surtout comment arrimer par exemple notre stratégie de financement de la santé avec le financement intégré de la santé que le ministère de l’Économie a élaboré dans le cadre de la mise en œuvre de la SND30 », a-t-il déclaré.
Les parlementaires tirent la sonnette d’alarme
Sur le paludisme, réunis à Yaoundé dans le cadre d’une journée spéciale, les élus nationaux ont tiré la sonnette d’alarme face à la persistance de la maladie. La Coalition des parlementaires pour son élimination exhorte le gouvernement à porter l’investissement national à 1% du budget de chaque secteur clé, afin de combler un gap financier jugé problématique. Sur le VIH, lors de la session parlementaire de juin 2026, des représentants du Ministère de la Santé Publique, de la Commission nationale de lutte contre le VIH, de l’OMS, de la société civile et des partenaires techniques et financiers ont pris part à des travaux communs, où les parlementaires ont réaffirmé leur volonté de promouvoir une meilleure inclusion et un accès équitable aux soins.
La société civile met en avant le poids sur les ménages
La Cofis-CSU, qui regroupe 300 organisations de la société civile engagées dans le plaidoyer pour le financement domestique de la santé, a organisé un dîner de plaidoyer en direction des parlementaires, du gouvernement, des collectivités territoriales et des OSC. À cette occasion, Denis Awoh Ndang, maire de la Commune de Fundong dans le département de Boyo, a témoigné : « Il y a une très grande couche de nos populations qui ne peuvent pas avoir de moyens pour payer pour leurs soins dans nos formations sanitaires. » La Coalition a, pour sa part, rappelé une réalité chiffrée : « Les coûts de santé sont directs. Cela veut dire que les populations qui sont déjà dans des situations de pauvreté doivent encore payer pour leurs soins. Ce qui est très difficile. »
Les données de l’OCDE situent cette réalité dans une perspective internationale préoccupante. Les dépenses de santé supportées par les ménages camerounais atteignent 68%, un taux qui place le Cameroun parmi les pays les plus élevés au monde sur cet indicateur, loin devant des pays comparateurs comme le Kenya (24%), le Ghana (25%) ou la Côte d’Ivoire (29%).
Par ailleurs, environ 7% des ménages camerounais sont exposés à des dépenses de santé dites « catastrophiques », dépassant les 10% de leurs dépenses totales, seuil défini par l’OMS.
La CSU, une loi en attente depuis cinq ans
Au cœur de ces discussions budgétaires se trouve la question de la Couverture Santé Universelle (CSU). Un projet de loi consultatif et inclusif a été rédigé et déposé il y a cinq ans, sans avoir encore été adopté, malgré des actions continues de plaidoyer. Cette loi vise à conférer un caractère obligatoire à la CSU. En attendant son adoption, les financements restent conditionnés par la loi de finances annuelle, ce qui limite la visibilité et la planification stratégique de la CSU.
C’est dans ce contexte que le Débat d’orientation budgétaire 2027-2029 s’ouvre, avec, pour toile de fond, une question centrale : quelle trajectoire de financement le Cameroun entend-il tracer pour sa santé publique à l’heure où les appuis extérieurs s’amenuisent et où les populations continuent de supporter seules la majorité des dépenses de soins ?










































































































































































































































































