Mme MBOUOMBOUO III Huguette Pascaline, point focal santé mentale et point focal réhabilitation et réinsertion des personnes vulnérables à la Délégation Régionale de la Santé Publique de l’Ouest.
Quelle est, selon vos observations, la fréquence de l’épilepsie dans la région ? Quelles zones ou districts de santé semblent les plus touchés ?
L’épilepsie est relativement fréquente dans la région, notamment dans les zones rurales, mais elle est souvent sous-déclarée. Beaucoup de cas sont pris en charge en dehors des circuits formels de santé. Les districts de santé de Foumban, Malantouen, Mbouda, et Bangangté rapportent régulièrement des cas, souvent identifiés à travers les écoles ou les soins communautaires.
Quelles sont, selon vous, les causes de l’épilepsie dans ce contexte local et quels sont les principaux obstacles à un traitement efficace dans la région ?
Les principales causes sont variées : infections cérébrales, séquelles de traumatismes crâniens, malformations congénitales, facteurs génétiques ou encore causes inconnues. Les principaux obstacles incluent la stigmatisation, la confusion entre troubles mentaux et troubles neurologiques, le manque de sensibilisation, et le coût des soins.
Quel rôle jouent les croyances traditionnelles dans la compréhension et le traitement de cette maladie et quelles actions de sensibilisation sont menées ou devraient être renforcées ?
Elles jouent un rôle important. Nombreux sont ceux qui consultent d’abord les tradipraticiens ou les chefs spirituels, retardant ainsi le traitement médical. Dans de nombreuses communautés, l’épilepsie est encore perçue comme une maladie mystique, contagieuse ou mentale, ce qui freine la demande de soins appropriés. La sensibilisation doit être renforcée à travers les médias, les écoles, les associations communautaires. Le personnel soignant a aussi besoin de renforcement de capacités.
Comment se déroule la prise en charge des personnes épileptiques ? Les familles des malades sont-elles suffisamment informées et impliquées dans le suivi?
L’épilepsie, bien qu’étant une affection neurologique et non mentale, est souvent associée à des troubles psychologiques secondaires (angoisse, isolement, dépression), justifiant une approche globale : traitement antiépileptique, soutien psychologique, éducation thérapeutique du patient et accompagnement familial. L’implication des fammilles des patients dans leur suivi est essentielle mais inégale. Certaines familles sont très impliquées, d’autres sont dépassées ou influencées par des croyances erronées. En effet, la stigmatisation est très présente : peur, moqueries, rejet scolaire ou professionnel. Cela nuit gravement à la qualité de vie des patients.
Quelle est la disponibilité réelle des médicaments antiépileptiques dans les hôpitaux ou pharmacies locales ?
La disponibilité des médicaments est irrégulière et le personnel formé en neurologie ou santé mentale reste limité. Il y a un besoin criard en ressources matérielles et humaines. Des médicaments de première intention (carbamazépine, acide valproïque, phénytoïne) sont parfois disponibles dans les hôpitaux, mais en quantité insuffisante. Les pharmacies privées en disposent à des coûts variables.
Quelles sont, selon vous, les priorités pour améliorer la prise en charge et le soutien des patients épileptiques dans la région ?
En priorité, lutter contre la stigmatisation, Améliorer la disponibilité des médicaments, former davantage de soignants à la distinction entre pathologies mentales et neurologiques et renforcer l’intégration des soins neurologiques dans les soins primaires.
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux décideurs et au grand public concernant l’épilepsie dans la région de l’Ouest ?
L’État, les ONG, les associations de patients et les communautés religieuses doivent collaborer pour améliorer la prise en charge. L’épilepsie n’est pas une pathologie mentale, mais elle nécessite une attention similaire en matière de prise en charge humaine, continue et intégrée.
Propos recueillis par Adèle BITGA















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