L’épilepsie est un trouble neurologique chronique provoqué par une activité électrique anormale dans le cerveau. Elle se manifeste par des crises soudaines, souvent spectaculaires : convulsions, perte de conscience, absences ou mouvements involontaires. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 50 millions de personnes dans le monde vivent avec cette maladie, dont une grande majorité dans les pays à faibles revenus. Stigmatisés, mal soignés, souvent abandonnés, les malades épileptiques au Cameroun continuent de souffrir dans le silence et les préjugés.
Au Cameroun, l’épilepsie reste méconnue et profondément stigmatisée. Dans le village de Bafou, près de Dschang, Aline, 22 ans, vit en retrait. Depuis l’enfance, elle fait des crises spectaculaires. « Quand ça m’arrive au marché, les gens s’éloignent. Certains disent que je suis possédée », confie-t-elle. Comme elle, des milliers de Camerounais vivent avec cette maladie dans l’indifférence.
Les causes de l’épilepsie varient. Chez l’enfant, elle peut résulter de complications à la naissance, d’infections du système nerveux (méningite, encéphalite), ou de traumatismes crâniens. Chez l’adulte, les accidents vasculaires cérébraux, les tumeurs cérébrales, l’alcoolisme ou les lésions post-traumatiques figurent parmi les origines les plus fréquentes. Dans certains cas, aucune cause n’est clairement identifiée : on parle alors d’épilepsie idiopathique.
Dans les zones rurales, les croyances persistent. « Beaucoup de familles pensent que c’est un sort jeté ou une punition des ancêtres. Elles consultent d’abord les tradipraticiens ou les pasteurs », explique Paul Ngatchoua, agent de santé communautaire dans l’arrondissement de Fokoué. Les difficultés d’accès aux soins aggravent le problème. « L’épilepsie n’est pas une malédiction. Avec un suivi médical, les crises peuvent être totalement contrôlées. Mais les préjugés tuent plus que la maladie elle-même. » a-t-il conclu.
Les conséquences sociales sont souvent plus lourdes que la maladie elle-même. Dans de nombreuses communautés, l’épilepsie reste entourée de tabous. Les patients sont stigmatisés, exclus de l’école, du travail ou même du mariage. Ce rejet aggrave la souffrance psychologique et retarde la prise en charge médicale. Pourtant, la majorité des personnes épileptiques peuvent vivre normalement si elles reçoivent un traitement adapté. Les médicaments antiépileptiques, prescrits et suivis régulièrement, permettent de contrôler les crises dans près de 70 % des cas.
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Dans les zones rurales, la difficulté d’accès aux soins, le coût des traitements et le manque de sensibilisation freinent encore la prise en charge. Le pays compte moins d’une centaine de psychiatres et neurologues pour près de 28 millions d’habitants, la majorité concentrée à Yaoundé et Douala. Dans les districts ruraux, le personnel formé à la santé mentale est quasi inexistant. Face à ces manques, les spécialistes insistent sur la nécessité d’informer les familles et les enseignants : l’épilepsie n’est pas contagieuse et peut être maîtrisée.
Reconnaître l’épilepsie comme une maladie neurologique, et non spirituelle, reste un défi. Lutter contre les préjugés, renforcer les soins, rendre les médicaments accessibles : telles sont les priorités pour sortir ces malades de l’ombre. Plus qu’un enjeu médical, c’est une question de dignité. Offrir à chaque Camerounais atteint d’épilepsie la possibilité de vivre sans honte, d’étudier et de travailler normalement, voilà le vrai combat.
Adèle BITGA















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