Niché au sein de l’Hôpital Espérance de Djamboutou, dans le district de santé de Garoua 1, un centre de prise en charge de la tuberculose multi résistante témoigne de la lutte acharnée menée contre cette forme grave de la maladie. Inauguré en 2017 par les pouvoirs publics, ce service, malgré des moyens limités et des défis considérables, représente un espoir fragile pour une population assez nombreuse dont la densité correspond en loin face à sa capacité d’accueil.
Le service de prise en charge de la tuberculose multi résistante de Garoua, malgré son rôle indéniable, se trouve confronté à des difficultés structurelles majeures. Avec une capacité d’accueil limitée à seulement 9 lits, il est dramatiquement sous-dimensionné pour répondre aux besoins d’une population estimée à près de 2 millions d’habitants dans la région du Nord. Ce chiffre, déjà préoccupant en soi, ne reflète qu’une partie de la réalité, car de nombreuses personnes atteintes de la tuberculose multi résistante, notamment dans les zones rurales, restent non diagnostiquées et non traitées. Le faible nombre de lits disponibles se traduit par une surcharge chronique du centre. Les patients dans ces conditions sont souvent obligés d’attendre des semaines, voire des mois, avant d’obtenir une place. Cette situation entraîne des conséquences désastreuses, non seulement sur l’état de santé des malades, mais aussi sur la propagation de la maladie. En effet, le manque de lits favorise la promiscuité, augmentant le risque de transmission de la maladie à d’autres patients et au personnel soignant.
Les difficultés du centre ne se limitent pas à sa faible capacité d’accueil. La gestion des médicaments antituberculeux, pose un défi majeur. Les traitements de la TB multi résistante nécessitent une combinaison de plusieurs médicaments administrés . Or, l’approvisionnement en médicaments se fait par commandes, en fonction du nombre de patients. Cette méthode fragilise l’approvisionnement régulier et conduit à des ruptures fréquentes, compromettant gravement l’efficacité du traitement et augmentant le risque de résistance aux médicaments. Par ailleurs, le personnel soignant du centre travaille dans des conditions extrêmement difficiles, exposé à un risque élevé de contamination. Les conditions de travail sont souvent précaires, avec un manque de personnel et une surcharge de travail. Le manque de ressources et le stress constant contribuent à la démoralisation des équipes médicales, affectant leur motivation et leur performance.
L’Hôpital Espérance de Djamboutou, une résilience à bout de souffle
L’Hôpital Espérance de Djamboutou, qui abrite le centre de prise en charge de la tuberculose multi résistante, fait preuve d’une remarquable résilience face à la situation. Cependant, les moyens limités de l’hôpital l’empêchent de faire face pleinement aux besoins croissants des patients. Le surpeuplement chronique du centre a conduit à l’aménagement d’espaces circonstanciels pour accueillir les patients supplémentaires. Des salles d’attentes, voire des tentes improvisées, servent parfois de lieu de traitement, compromettant les conditions d’hygiène et d’isolement essentielles pour limiter la contagion. Ce manque flagrant de ressources pose un sérieux problème d’éthique et de sécurité sanitaire. Le personnel soignant, malgré son dévouement, se trouve confronté à des choix difficiles, entre le respect des normes sanitaires et la nécessité d’offrir des soins aux patients. La situation est d’autant plus critique que la tuberculose est une maladie particulièrement difficile à traiter, exigeant des protocoles rigoureux et un suivi médical constant. La situation du centre de prise en charge de la tuberculose multi résistante de Garoua est un cri d’alarme. Le manque de moyens, la capacité d’accueil dérisoire et les conditions de travail précaires du personnel soignant menacent gravement la lutte contre la maladie dans la région du Nord.
Marcus DARE
Réaction
« Les difficultés que nous rencontrons sont énormes »

Dr Abdoulaye Honoré, Médecin Chef de l’Hôpital Espérance de Djamboutou
Le service de prise en charge de la tuberculose multi résistante a été créé en 2017. La capacité d’accueil des malades est faible et nous faisons avec l’espace très réduit. L’une des difficultés que nous rencontrons. Nous avons une équipe très dynamique qui sur place. Nous essayons tant bien que mal de gérer cette affluence. Il arrive que la capacité soit dépassée et nous sommes souvent obliger de créer des espaces fortunes pour pouvoir les accueillir en attendant que, ce qui ont déjà fait 4 mois puisse libérer. Je pense que le choix de notre hôpital pour abriter le centre est le résultat du travail que nous fournissons ici. Le témoignage recueilli auprès de ceux qui fréquentent l’hôpital est élogieux et là je le dis en toute modestie. Les difficultés que nous rencontrons sont énormes. Déjà, il se pose le problème de la capacité d’accueil et quand il y’a affluence, c’est difficile de pouvoir contenir tout le monde. L’autre difficulté aussi, c’est la rupture des médicaments. Et la prise en charge des malades devient plus complexe. Lorsqu’un patient est diagnostiqué, il est référé à notre niveau et le niveau central est alerté et prépare le médicament du malade. Chaque patient a son médicament étiqueté. Une autre difficulté, il faut que nous préfinançons le soutien nutritionnel que le Gouvernement apporte à ces patients. Nous sommes contraints à payer une certaine somme d’argent. Ainsi, les défis sont énormes. Nous voulons agrandir l’espace de prise en charge et renforcer l’accueil des patients, réfectionner les bâtiments, pourquoi affecter le personnel spécial pour le centre et même la motivation financière du personnel qui s’expose tous les jours.
Propos recueillis par Marcus Dare















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