Face à l’enclavement critique du département de la Boumba-et-Ngoko, l’hôpital de district de Yokadouma opère au fil du temps une mutation stratégique ;Sous l’impulsion du Dr Kévin Evina, nommé en janvier 2024, cette formation sanitaire stratégique aux triples frontières (Cameroun, RCA, Congo) brise l’isolement sanitaire de 74 villages .

De nombreux challenges à relever par le top management.
Fondé en 1933, l’Hôpital de district de Yokadouma a traversé les époques. Ancien Centre de Santé Urbain devenu hôpital de référence, il est aujourd’hui le cœur battant de la santé dans la Boumba-et-Ngoko, couvrant 74 villages et 14 aires de santé. Le Dr Kévin Evina en est le 31ᵉ directeur. « Je suis médecin de formation, médecin généraliste à la base et avec quelques formations transversales, notamment un master en santé publique et un master en management des organisations de santé », se présente-t-il, reconnaissant envers le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie, qui lui a fait confiance.
Le patron des lieux a conscience de la position géostratégique de sa structure, située dans une zone frontalière jouxtant la République centrafricaine et le Congo-Brazzaville : « Ce qui permet de positionner l’hôpital de district comme un hôpital qui doit porter l’image du système de santé camerounais, non seulement pour les populations locales, mais également pour les populations étrangères. » Un défi titanesque, d’autant que l’établissement est séparé de Bertoua, la capitale régionale, par une distance d’environ 274 à 300 kilomètres. « Une distance longue et sur une route qui n’est pas vraiment facile à pratiquer. Ce qui remet dans l’hôpital un ensemble d’exigences, de devoirs, notamment ceux de pouvoir produire localement des soins de santé de qualité, accessibles et complets », insiste le directeur.
Trois innovations majeures pour briser l’isolement
Dès son arrivée, le Dr Evina et son équipe cadre ont posé un diagnostic sans concession : l’absence totale de soins spécialisés dans la région. « Nous avons constaté qu’il n’y avait pas de soins dentaires dans tout le département. « Aucun centre de santé, aucune personne n’offrait des soins dentaires », explique-t-il. En réponse, l’établissement a investi ses ressources pour créer un service d’odonto-stomatologie capable de couvrir 80 % des besoins. « Auparavant, il fallait prendre cette route difficile jusqu’au niveau de Bertoua seulement pour recevoir des soins dentaires. « Si vous avez déjà eu une douleur dentaire, vous verrez à quel point c’est pénible », rappelle-t-il.
Le deuxième pilier est l’ouverture d’un service d’ophtalmologie pour traiter les troubles visuels des élèves et des travailleurs locaux. Enfin, pour moderniser l’accueil, un service VIP de haut standing a été aménagé pour les autorités publiques et religieuses, parallèlement à des efforts de propreté et de fluidité administrative. À cela s’ajoute une prouesse technologique : la cardiologie en télémédecine. « Nous avons un cardiologue qui consulte les malades, donne les orientations cliniques et assure à distance le suivi », se réjouit le médecin, grâce à la transmission des électrocardiogrammes (ECG) réalisés sur place.
Le miracle de la CSU face au casse-tête des ressources
L’autre grande victoire réside dans le déploiement de la Couverture de Santé Universelle (CSU). Exprimant sa gratitude envers le chef de l’État, Paul Biya, et le ministre Manaouda Malachie, le Dr Evina rappelle la dure réalité du passé : « Auparavant, les barrières financières occasionnaient des accouchements clandestins, à domicile, et ce qui s’en suivait était une hausse des décès maternels ». Avec l’arrivée de la CSU, la fréquentation a explosé et la maternité s’est stabilisée à environ 50 accouchements par mois. « On a le cœur plus posé, plus rassuré, de savoir qu’une patiente qui vient à l’hôpital, vous n’allez pas stresser parce qu’elle n’a pas d’argent », confie-t-il.
Pourtant, ce travail s’accomplit dans des conditions humaines acrobatiques. Sur 92 personnels, seuls 8 sont fonctionnaires, et le Dr Evina est le seul médecin de cette catégorie. Le reste est composé d’agents communaux, de bénévoles et d’ONG. « La prise en charge des personnels attend à ce que la formation sanitaire puisse produire pour leur rémunération. Cela peut créer des tensions de trésorerie », avoue le directeur. De plus, « un personnel non fonctionnaire peut partir à tout moment. « Avoir du personnel fonctionnaire garantit une certaine sécurité ».
Un plaidoyer pour l’avenir : équipements et infrastructures
Face à ces limites, le directeur lance un plaidoyer vibrant pour l’affectation de personnels fonctionnaires (médecins, infirmiers, techniciens) et le renforcement du plateau technique. Il évoque le besoin d’un scanner pour les accidentés de la route et d’outils de microbiologie (antibiogrammes) pour le laboratoire.
L’urgence est aussi logistique : l’hôpital possède une ambulance médicalisée, mais une seconde est indispensable. « 300 kilomètres, s’il faut qu’une ambulance quitte Yokadouma pour Bertoua, le temps de faire l’aller-retour sur une route comme celle-là… le temps que l’autre attend, ça devient un peu compliqué », prévient-il. Disposant d’un vaste domaine de 5 hectares dont seuls 5 000 m² sont occupés, le Dr Kévin Evina espère un grand projet de rénovation et de construction pour que son hôpital devienne un pôle d’excellence incontournable en zone frontalière.
Album photos Hôpital de district de Yokadouma:


Le service d’Odonto stomatologie accueille les patients.

Le service d’ophtalmologie fonctionnel.
















