L’Afrique ne doit laisser le Covid-19 annuler des décennies de progrès dans la santé

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La crise liée au coronavirus menace les avancées enregistrées pour faire reculer la mortalité et la pauvreté dans le monde. Les pays africains et la communauté internationale doivent donc faire de l’accès aux soins des plus vulnérables une priorité.

Alors que le monde s’interroge sur la manière de reconstruire les sociétés et les économies à la suite de la pandémie, il est urgent d’adopter des politiques et des engagements financiers pour s’attaquer de front aux inégalités qui frappent le plus durement les populations vulnérables. L’accès aux soins de santé essentiels dans les pays les plus pauvres du monde, en particulier pour les femmes, les enfants et les adolescents, constitue un volet prioritaire dans ce domaine. Si rien n’est engagé, les ravages causés par la pandémie annuleront des années, voire des décennies, de progrès en la matière, laissant pour compte une génération entière. Les progrès réalisés dans le domaine de la santé mondiale, sous l’impulsion de différentes nations et avec le soutien de la communauté internationale, ont été durement acquis – mais ils restent précaires.

Cascade d’impacts secondaires

Les taux de mortalité maternelle dans les nombreuses zones de conflit dans le monde sont en hausse, et non en baisse. Par ailleurs, la récession économique provoquée par la pandémie signifie que la pauvreté mondiale devrait augmenter pour la première fois depuis 1998, la Banque mondiale estimant qu’entre 143 et 163 millions de personnes basculeront dans l’extrême pauvreté d’ici à la fin de l’année 2021. Ce constat repose notamment sur le sous-financement chronique des services de santé essentiels, phénomène qui ne constitue pas seulement un obstacle majeur à la maîtrise du coronavirus, mais qui provoque également une cascade d’impacts secondaires qui entraînent des privations dans toutes nos sociétés.

Depuis le début de la crise sanitaire, le Mécanisme de financement mondial (GFF), un partenariat hébergé par la Banque mondiale, estime que l’accès aux interventions sanitaires vitales pour les femmes, les enfants et les adolescents dans 36 des pays les plus pauvres du monde – dont 26 en Afrique – a chuté de près de 25 %. Cela équivaut à 4 millions de femmes qui ne peuvent recevoir de soins à l’accouchement, à 17 millions d’enfants qui ne sont pas vaccinés et à plus de 5 millions de femmes et d’adolescents qui perdent accès aux contraceptifs.

Ces problèmes ne sont pas seulement dus au virus, mais aussi à la réponse des gouvernements et aux réactions individuelles, des ressources au préalable destinées aux soins de santé essentiels étant détournées vers la lutte contre la pandémie. Par ailleurs, de nombreuses personnes craignent de se rendre dans les centres de soins par peur d’être infectées. Les répercussions sont considérables : les enfants tombent malades faute d’avoir été vaccinés, les jeunes femmes ne bénéficient pas d’accès à la santé sexuelle et reproductive, les accouchements sans personnel soignant sont inutilement dangereux. Les difficultés économiques aggravent un peu plus les problèmes de nutrition et de santé et notamment l’incapacité de payer pour des traitements vitaux.

Les cinq prochaines années seront cruciales pour contrer les effets de la pandémie. Les nations, et notamment les pays Africains, n’ont pas d’autre choix que de répondre aux besoins de santé essentiels des femmes, des enfants et des adolescents. Non seulement parce que c’est la bonne chose à faire, mais aussi parce que c’est la chose intelligente à effectuer. Faire du capital humain la colonne vertébrale d’une relance résiliente promet de produire des avantages sociaux et économiques substantiels notamment pour le continent africain.

E.S.N

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