En prélude à son Assemblée Générale Régionale, le bureau national de l’Ordre des Professions Médico-Sanitaires du Cameroun, conduit par Moussa Hamadou Satou et Saha Tamogue Hilaire, a achevé une immersion de terrain marquée par l’écoute des étudiants, des formateurs et des soignants d’Ebolowa.
Entre l’asphyxie des sites de stage, la prolifération des structures informelles et l’étroitesse des profils de carrière, les acteurs de la base ont exposé sans fard les plaies du système médico-sanitaire de la région du Sud au terme d’une immersion de deux jours menée par le bureau national de l’OPMS.
Face aux défis persistants de la base, la mission du bureau national de l’OPMS dans la Région du Sud a accouché de trois résolutions majeures : renforcer la traque judiciaire de l’exercice illégal, assainir la formation par l’harmonisation des programmes avec le Ministère de la Santé Publique, et intensifier le plaidoyer pour la revalorisation des profils de carrière des personnels médico-sanitaires.
Sous un ciel complice et un soleil voilé, les ruelles d’Ebolowa résonnaient encore du pas décidé de ceux qui avaient choisi de troquer le confort des bureaux contre la vérité crue du terrain. Ce n’est pas tous les jours que le président d’un ordre professionnel quitte les dorures de l’institution pour aller tâter le pouls de la base. C’est pourtant le pari audacieux, presque frondeur, qu’ont tenu Moussa Hamadou Satou et Saha Tamogue Hilaire, respectivement Président National et Secrétaire Général de l’Ordre des Professions Médico-Sanitaires du Cameroun (OPMS). En prélude à l’Assemblée Générale Régionale, la délégation a entrepris cette véritable expédition de reconquête et d’écoute, deux ans après son plébiscite à la tête de l’institution le 27 juin 2024. Au lendemain d’une première journée marathon rythmée par les civilités protocolaires auprès des autorités administratives, judiciaires et sanitaires, cette deuxième journée s’est voulue viscéralement humaine : une immersion totale, ancrée dans la sueur des amphithéâtres, l’odeur caractéristique des couloirs hospitaliers et la ferveur de la jeunesse estudiantine.
De l’amphithéâtre à la réalité des blouses blanches
La journée s’éveille à l’École des Infirmiers et Sages-Femmes d’Ebolowa. Dès les premiers pas de la délégation, l’atmosphère tranche radicalement avec les traditionnels discours aseptisés. Point de langue de bois : le Président National a opté pour le franc-parler. Devant un parterre d’étudiants suspendus à ses lèvres, il lève le voile sur les missions régaliennes de l’Ordre. L’échange se mue rapidement en un véritable prétoire de la pédagogie républicaine. Inscription au tableau, sécurisation des parcours académiques, pièges de l’exercice illégal et impératif de spécialisation : chaque question trouve une réponse tranchée, dissipant les doutes de ces futurs soldats de la santé.
Mais le véritable électrochoc survient peu après, lors de l’étape conjointe à l’École de Formation « La Grâce », où la directrice locale accueille également son homologue de l’établissement d’Enongal. Ici, les masques tombent. Les responsables d’établissements jettent un pavé dans la mare en exposant, sans fard, les plaies béantes de la formation médico-sanitaire au Cameroun. S’ouvre alors un chapelet de doléances poignantes : la prolifération incontrôlée d’écoles champignons aux standards douteux, l’asphyxie des sites de stage submergés par des effectifs pléthoriques, et surtout, l’absence criante d’un programme national harmonisé.
Face à ce cri d’alarme, le bureau national prend acte avec gravité. Mieux : un moment de grâce suspend les débats lorsque le Président National accède à la requête pressante des formateurs : porter une attention personnelle aux dossiers d’attribution des Médailles d’Honneur du Travail pour honorer ces enseignants de l’ombre. Une promesse saluée par une clameur nourrie.
L’Hôpital Régional d’Ebolowa : entre les cris du cœur et l’espoir des
spécialités
Changement de décor, même intensité dramatique. À l’Hôpital Régional d’Ebolowa, l’accueil chaleureux du Directeur cède rapidement le pas à une assemblée générale improvisée avec les personnels soignants. L’ambiance y est électrique, presque cathartique. Les professionnels de santé de première ligne déversent leurs frustrations : un profil de carrière jugé étriqué, inadapté à la lourdeur des responsabilités et aux risques quotidiens encourus dans les services. Pourtant, au milieu des doléances, l’espoir germe sous la plume des solutions. Le Directeur de l’hôpital plaide avec force pour l’ouverture de nouvelles spécialités infirmières. Un plaidoyer mûri par la nécessité absolue de pallier la pénurie chronique de médecins spécialistes dans les structures périphériques de la région. En écho, la délégation de l’OPMS rassure la troupe : l’Ordre sera le porte-voix infatigable de ces oubliés du système auprès des pouvoirs publics pour exiger des grilles indiciaires et des conditions de travail enfin dignes de leur sacerdoce.
Après une escale studieuse à l’École des Sciences Médico-Sanitaires d’Ebolowa (ESMEH), où les mêmes exigences d’éthique et de rigueur déontologique ont été martelées, la caravane s’offre une parenthèse mémorielle salvatrice. Au cœur du majestueux Centre Touristique de Nkolandom, havre de paix façonné par la vision d’un digne fils du Sud, les membres de la mission rechargent leurs batteries. Un instant de communion culturelle et de détente avant la grande messe statutaire du lendemain.
L’heure des bilans et des promesses tenues
Lorsqu’enfin, à 18h30 sonnantes, cette deuxième journée s’achève, le sentiment dominant est celui d’une mission accomplie. En brisant la glace entre l’institution centrale et la base provinciale, le duo Moussa Hamadou Satou et Saha Tamogue Hilaire a prouvé qu’un ordre professionnel moderne ne se gère pas derrière un bureau climatisé à Yaoundé, mais sur le terrain, au plus près de la craie, du stéthoscope et de la sueur.
Les dossiers brûlants sont ouverts, les promesses de plaidoyer sont actées, et la Région du Sud referme son livre d’urgences avec la certitude d’avoir été écoutée. Le lendemain, l’Assemblée Générale Régionale pouvait s’ouvrir sous les meilleurs auspices : l’OPMS a rappelé à tous qu’il demeure le rempart inébranlable de la santé publique et le protecteur vigilant de ses corps de métiers.







