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Santé au Cameroun : La CSU, une promesse en l’air ?

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Corruption, budget minable, le Cameroun malade de son système de santé ! Selon le rapport 2024 de l’OMS intitulé Matrice des Progrès en matière de Financement de la Santé – Cameroun 2024.

Le Cameroun continue d’afficher son ambition de réaliser la Couverture Santé Universelle (CSU) à l’horizon 2030. Pourtant, une évaluation récente menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un tableau contrasté, où les promesses politiques peinent à se traduire en actes concrets et durables. Intitulé Matrice des Progrès en matière de Financement de la Santé – Cameroun 2024, ce rapport met en lumière des progrès timides, freinés par des lacunes persistantes.

Quelques acquis sur le papier, mais une exécution fragile

La stratégie nationale de financement de la santé 2020-2030 et la Stratégie de développement de la CSU existent. Le cadre politique est en place, avec un engagement présidentiel clair. La mise en œuvre du budget-programme depuis 2013 et la reprise de la production des Comptes de la santé en 2022 sont également à saluer.

Cependant, ces textes restent souvent sans effet. La stratégie de financement de la santé, par exemple, n’a toujours pas été adoptée officiellement. Son coût est basé sur des données obsolètes, et son mécanisme de suivi-évaluation n’est toujours pas fonctionnel.

Un financement public largement insuffisant

Le diagnostic est sans appel : le Cameroun finance très peu sa santé publique. Les dépenses de santé reposent à plus de 72 % sur les paiements directs des ménages, une situation catastrophique pour les plus vulnérables. Le budget santé est passé de 5,5 % en 2015 à seulement 3,6 % en 2023, loin de l’objectif de 15 % fixé par la Déclaration d’Abuja.

Pire, l’instabilité des flux financiers empêche toute planification efficace. Les allocations budgétaires sont peu prévisibles et mal exécutées. Les centres de santé n’ont souvent pas les moyens d’assurer leurs missions, faute de transferts budgétaires réguliers.

Des inégalités criantes dans l’accès aux soins

Malgré une hausse du taux de couverture des services de santé – de 22 % en 2000 à 44 % en 2021 – le Cameroun reste en dessous de la moyenne des pays à revenu intermédiaire (58 %). Les disparités sociales sont flagrantes : en 2018, seulement 36 % des femmes les plus pauvres ont eu accès à quatre consultations prénatales, contre 90 % chez les plus riches.

La protection financière est aussi très faible : en 2014, plus de 20 % des Camerounais avaient des dépenses de santé dépassant 10 % de leurs revenus. L’appauvrissement dû aux soins reste un fléau.

Une gouvernance fragilisée par la corruption et l’opacité

Le rapport dénonce une faible culture de la redevabilité et une corruption rampante. Les organes de contrôle, pourtant nombreux (Inspection générale des services, COGE, Cour des comptes…), manquent de moyens et n’appliquent que très rarement les recommandations des audits.

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Le suivi et l’utilisation des données sont insuffisants. Les études sur la santé sont généralement pilotées par les partenaires extérieurs, et peu utilisées pour orienter les politiques publiques. Les décisions sont rarement fondées sur des évidences.

Recommandations urgentes

Pour redresser la situation, l’OMS propose des mesures prioritaires : Adopter rapidement la loi sur la CSU. Augmenter le budget de la santé et améliorer son exécution. Renforcer la transparence et le contrôle, en élargissant les pouvoirs des comités de gestion. Allouer les ressources sur des critères objectifs (population, morbidité). Exploiter les taxes sur les produits nocifs (alcool, tabac, boissons sucrées) pour financer la santé. Réduire la fragmentation des mécanismes de financement et améliorer la coordination entre programmes.

S’en tenant au rapport de l’organisation mondiale de la santé, l’heure est grave. Si le Cameroun veut véritablement atteindre la CSU et garantir le droit à la santé pour tous, il doit cesser de tergiverser. Il est urgent de transformer les promesses en politiques concrètes, efficaces et équitables. À défaut, ce sont des millions de vies qui resteront en marge du système de soins, dans un pays où se soigner reste encore un luxe pour trop de citoyens.

Mireille Siapje

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