Face aux chefs de districts et directeurs d’hôpitaux, le haut-commissaire de l’État a posé les bases de sa méthode : discipline de fer, rapports hebdomadaires obligatoires et management de proximité. L’enjeu est colossal pour ce territoire stratégique, siège des institutions, qui concentre plus de 2 185 formations sanitaires.
La salle des fêtes de la Croix-Rouge à Yaoundé a affiché complet vendredi dernier. Personnels de la délégation, chefs de districts et directeurs d’hôpitaux : tous ont répondu présent à l’appel du Dr Albert Mambo Maka. Nommé le 15 mai dernier par le ministre de la Santé publique et installé le 25 mai, le nouveau patron de la santé dans la région du Centre s’est prêté à un exercice capital : sa toute première réunion de prise de contact et de cadrage. Plus qu’une simple formalité protocolaire, cette session de travail a posé les fondations d’une nouvelle ère managériale.
Discipline, proximité et “Rapport hebdo”
Face à ses équipes, le Dr Albert Mambo Maka n’a pas versé dans la langue de bois. Le ton est posé, mais ferme. Pour réussir la mise en œuvre de son plan d’action, le délégué mise sur trois piliers comportementaux : la ponctualité, la discipline et l’assiduité au travail. Le message est limpide : la performance globale de la région dépend de la rigueur de chacun.
Cependant, cette exigence s’accompagne d’une promesse de management de proximité. Le délégué a explicitement invité ses collaborateurs à briser les barrières bureaucratiques en le contactant directement à tout moment pour des raisons de service, tout en insistant sur le respect strict de la hiérarchie. Preuve de sa volonté d’entrer immédiatement dans le vif du sujet, il a annoncé une tournée de prise de contact dès cette semaine dans les différentes formations sanitaires de la région. Enfin, pour piloter à vue et évaluer les résultats, l’institution d’un rapport d’activité hebdomadaire est désormais obligatoire. Un nouvel outil de suivi-évaluation destiné à stimuler la culture du résultat.
Une région stratégique aux défis colossaux
Le Dr Brice Edzoa Essomba, chef du service des informations sanitaires et de la planification à la délégation régionale, ne cache pas son enthousiasme face à ce nouveau leadership, tout en rappelant la lourdeur de la tâche : « C’est une région qui contient le siège des institutions, avec la population la plus vaste du Cameroun, près de 2185
formations sanitaires, 35 districts de santé et 270 aires de santé. »
Les données épidémiologiques de 2025 partagées par ce dernier illustrent l’immensité du chantier : la région a enregistré près de 800 000 cas de paludisme confirmés pour 238 décès, sans compter des épidémies récurrentes de poliomyélite, de variole du singe (monkeypox) et de choléra.
Au-delà de la forte densité urbaine de Yaoundé qui exige une coordination chirurgicale de structures de tous niveaux, le Dr Albert Mambo Maka devra s’attaquer au déséquilibre géographique du Centre. La majeure partie de la région reste rurale, confrontée à de criants défis de disponibilité des ressources humaines, tant en quantité qu’en qualité.
Les attentes du personnel sur la table
Accueilli chaleureusement par ses équipes, le nouveau délégué sait qu’il est attendu au tournant sur le plan de la motivation des troupes. Les professionnels de santé ont profité de cette tribune pour exprimer leurs doléances prioritaires : le paiement des fonds liés à la mise en œuvre du “chèque santé”, l’amélioration globale des conditions de travail et la mise à disposition de matériels adéquats.
Le cap est fixé. Entre la continuité de la Couverture Santé Universelle (CSU), projet phare des pouvoirs publics, et la prise en charge prioritaire du couple mère-enfant, le Dr Albert Mambo Maka dispose désormais d’un diagnostic clair. Sa tournée de terrain s’annonce décisive pour traduire ses orientations en actions concrètes.
Réaction « Mieux servir les populations pour lesquelles nous sommes là »
Dr. Albert Mambo Maka, délégué régional de la Santé publique du Centre.

« C’est un grand sentiment de joie qui m’anime parce qu’être accueilli avec autant de chaleur, c’est rare. Mais ce sentiment de joie laisse place rapidement à beaucoup d’appréhension pour le responsable que je suis. Vous imaginez que vos collaborateurs mettent autant d’espoir sur vous, en dehors déjà des missions que le ministre m’a confiées, en me pointant ici. Vous comprenez que l’impression est encore plus forte. Donc, je suis très heureux de pouvoir entrer dans la région de cette façon-là, en mettant tous les acteurs ensemble, parce que c’est un peu le leitmotiv du monsieur le ministre de la Santé, pour qu’on puisse mieux servir les populations pour lesquelles nous sommes là. Nous devons comprendre que nous devons faire corps et faire une grosse famille. C’est la première ambition que nous avons dans la région du Centre, depuis que nous sommes là, et que nous allons continuer à nourrir. Ce sera faire tout pour que ce chantier continue. C’est pas nous qui le commençons, ça il faut le dire, mais nous allons continuer et essayer de le consolider, pour que la région sanitaire du Centre soit encore plus une famille au service de la population.
Nous avons déjà commencé à nous déployer sur le terrain. Depuis mardi dernier, nous avons rencontré les responsables des hôpitaux de première et deuxième catégorie, qui, bien qu’administrativement ne dépendent pas de notre compétence, sont coordonnés sur le plan technique par nous, avec les instructions du ministre de la Santé, conformément à la politique sanitaire nationale, que nous devons veiller à appliquer dans le cadre de notre région. Nous sommes très heureux, parce que nous avons été très bien accueillis dans les formations sanitaires de ces catégories-là, et les assimilés, donc pas seulement le public. Nous allons continuer la semaine prochaine avec les districts de santé. Nous ferons les trente-trois districts de santé qui sont opérationnels sur les 35, et nous allons aussi continuer ce travail en rencontrant les promoteurs des structures privées. Quand je dis structures, ça inclut les écoles, les pharmacies, les formations sanitaires. Nous allons rencontrer tout ce monde-là, les ordres des professionnels de santé qui sont dans la région, les
partenaires techniques et financiers qui sont dans la région. Et puis ensuite, secondairement, nous allons donc commencer à travailler dans le sens des objectifs que le ministre nous a assignés depuis plusieurs années, notamment mettre sur pied une assemblée générale sanitaire régionale qui, elle, va intégrer tout le monde de la santé ».















