Trois millions de cas de paludisme chaque année. 26% de toutes les consultations médicales. Le ministère de la Santé publique ne peut plus porter seul ce fardeau et tout le monde le sait désormais;
C’est le message martelé ce 16 juin 2026 à l’Assemblée nationale du Cameroun : le Caucus des Parlementaires pour le Financement de la Santé a exigé que chaque département ministériel consacre 1 % de son budget annuel à la lutte contre le paludisme. Agriculture, Environnement, Éducation, Finances, personne n’est exempté;
Avec le retrait des financements extérieurs et un budget national de santé bloqué à 4,3 %, le Cameroun n’a plus le choix. La souveraineté sanitaire se construit maintenant, dans les budgets, dans les lois, dans les actes : la riposte antipaludique devient une responsabilité de tous ou elle échoue.
Organisée par le Caucus des Parlementaires pour le Financement de la Santé (COPEMA-Cameroun), en collaboration avec le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) et Impact Santé Afrique, la conférence parlementaire sur le paludisme s’est tenue sous le thème : « Mobiliser l’action parlementaire pour renforcer la riposte au paludisme et assurer la durabilité des interventions à fort impact ». Un titre programmatique qui en dit long sur l’urgence ressentie.
Un tableau épidémiologique qui force le sursaut
Représentant le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie, le Secrétaire Général du Ministère, le Pr Louis Richard Njock, a ouvert les travaux avec des chiffres qui frappent. En 2025, près de trois millions de cas de paludisme confirmés ont été notifiés par les formations sanitaires camerounaises. La maladie représente encore 26 % des causes de morbidité, dépassant le quart des motifs de consultation.
Du côté de la mortalité, une éclaircie : les décès liés au paludisme enregistrés dans les établissements de santé ont reculé de 37 %, passant de 2 016 en 2024 à 1 261 en 2025. Une baisse que le Pr Louis Richard Njock a saluée, tout en refusant de s’en satisfaire. « Le paludisme continue de causer des décès, en particulier chez nos enfants de moins de cinq ans, compromettant ainsi la vitalité de notre économie », a-t-il martelé.
Pour structurer la riposte, le gouvernement a mis en place un Comité Interministériel de Coordination et de Suivi du dispositif multisectoriel. Cet outil, a expliqué le représentant du ministre, a vocation à « briser les silos administratifs » et à garantir que chaque département ministériel concrétise ses engagements politiques en matière de lutte contre la maladie.
Le Secrétaire Général a lancé depuis la tribune une série d’appels ciblés : aux parlementaires, il a demandé de « maintenir la vigilance budgétaire » ; aux élus locaux, de s’approprier le Guide national de lutte contre le paludisme pour les sectoriels ; aux chefs d’entreprises, de rejoindre la coalition, rappelant que « le paludisme érode leurs marges de productivité » ; aux leaders religieux et traditionnels, de jouer leur rôle de vecteurs d’adoption des interventions préventives. Sa conclusion résume l’esprit de la journée : « L’élimination du paludisme n’est plus une simple option technique. C’est un choix politique, budgétaire, et un devoir moral de souveraineté sanitaire. »
L’OMS propose un Pacte Parlementaire Zéro Palu
C’est le Dr Etienne Nnomzo’o, Conseiller technique chargé du paludisme au bureau de l’OMS à Yaoundé, qui a offert la radiographie la plus saisissante de la situation. Le Cameroun figure parmi les douze pays du monde les plus lourdement touchés par le paludisme, ce qui lui a valu d’accueillir en mars 2024 une conférence ministérielle internationale, d’où est issue la Déclaration de Yaoundé sur la réduction de la mortalité palustre.
Malgré des avancées réelles : distribution de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action, chimioprévention saisonnière, vaccination antipaludique, tests de diagnostic rapide, Dr Nnomzo’o a posé crûment le problème du financement : la part du budget national allouée à la santé est estimée à 4,3 %, très loin des 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja.
Son argument économique en faveur de l’investissement sanitaire a visiblement marqué les esprits dans l’hémicycle : « Chaque franc que l’État investit dans l’achat de moustiquaires imprégnées et dans la chimioprévention saisonnière rapporte 36 francs de retombées économiques, en vies sauvées et en productivité préservée. »
Au nom de l’OMS, le Dr Nnomzo’o a proposé aux parlementaires un engagement structurant : un « Pacte Parlementaire Zéro Palu », articulé autour de trois leviers. Le premier, budgétaire : faire passer le Cameroun du statut de « pays bénéficiaire » à celui de « pays investisseur », avec un objectif de 10 à 15 % du Plan stratégique national financé par des ressources domestiques d’ici 2027. Le deuxième, législatif : adopter une loi sur l’assainissement pour réduire les gîtes larvaires. « La loi est notre moustiquaire collective », a-t-il formulé. Le troisième, territorial : que chaque parlementaire devienne, dans sa circonscription, un champion visible de la lutte, en visitant les centres de santé, en participant aux campagnes de distribution.
Les parlementaires et les maires s’engagent
C’est l’Honorable Peter Njume Ambang, Président du Caucus des parlementaires pour le financement de la santé au Cameroun (Copema-Cameroun), qui a prononcé le discours d’ouverture des travaux au nom du très Honorable Théodore Datouo, Président de l’Assemblée nationale. Sa parole a été directe : « La lutte contre le paludisme est urgente, car les populations continuent de souffrir et de mourir de cette maladie. Il est encore possible d’éviter ces décès à travers une action collective impliquant tous les acteurs. »
Une proposition concrète a été avancée par le caucus : que chaque département ministériel consacre 1 % de son budget annuel à la lutte contre le paludisme. Une mesure transversale qui traduit la volonté de sortir la maladie du seul périmètre du ministère de la Santé pour en faire une cause de gouvernement.
Du côté des communes, Dr Vohod Déguimé, maire de Mokolo dans la région de l’Extrême-Nord, a pointé des réalités de terrain que les discours centraux peinent parfois à saisir. Merimé Tchakouté, Conseiller technique plaidoyer d’Impact Santé Afrique, a prolongé ce diagnostic avec une précision chiffrée par l’OMS : le budget de santé du Cameroun reste en deçà de 5 %, avec une concentration des ressources dans les grandes villes qui laisse seulement 20 % des dotations atteindre effectivement le terrain. La décentralisation, a-t-il souligné, demeure incomplète : les ressources ne sont pas encore au niveau des communes.
C’est précisément sur ce double verrou, budgétaire et territorial, qu’Impact Santé Afrique entend concentrer son action. L’organisation se propose d’accompagner les parlementaires dès la phase d’élaboration du budget, pour qu’ils exercent leur pouvoir de contrôle et s’assurent que la décentralisation se traduit concrètement en ressources pour les collectivités locales. Pour Merimé Tchakouté, le rôle des parlementaires dépasse la seule vigilance budgétaire : représentants du peuple, ils connaissent mieux que quiconque les réalités sanitaires des communautés qu’ils élisent, et ils peuvent légiférer pour faciliter l’acquisition des intrants et des consommables de santé. Ils sont aussi, au sein de l’hémicycle, les mieux placés pour entraîner les autres parties prenantes (maires, entreprises, acteurs sectoriels), dans une dynamique collective de mobilisation des ressources. « Les parlementaires sont un maillon central pour impulser cette dynamique », a-t-il affirmé. Et face au recul des financements extérieurs, a-t-il conclu, l’appropriation nationale est désormais inévitable : elle passera par l’action parlementaire.
Un tournant pour la riposte nationale
La conférence du 16 juin 2026 à l’Assemblée nationale de Yaoundé marque un tournant dans la manière dont le Cameroun envisage sa réponse au paludisme. En réunissant sous le même toit représentants de l’État, élus locaux, secteur privé, partenaires multilatéraux et société civile, COPEMA-Cameroun a posé l’acte politique que la situation exigeait.
Car le temps presse. Avec le retrait progressif des Partenaires Techniques et Financiers, le Cameroun ne peut plus financer sa riposte palustre à crédit international. L’appropriation nationale par le budget, par la loi, par l’engagement de chaque acteur sectoriel est désormais la seule voie viable. Et comme l’a rappelé le représentant du ministre en clôturant son allocution : « Mettre fin au paludisme. Maintenant c’est possible. Agissons ensemble. »
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« La lutte contre le paludisme n’est plus seulement un problème de santé, mais un enjeu de développement »

« La lutte contre le paludisme est urgente, car les populations continuent de souffrir et de mourir de cette maladie. Pour les parlementaires, il est encore possible d’éviter ces décès à travers une action collective impliquant tous les acteurs. Dans cette perspective, une session spéciale a réuni le secteur privé, les maires, les assemblées régionales et plusieurs partenaires afin d’examiner les mécanismes de mobilisation des ressources en faveur de la lutte contre le paludisme. Face à la réduction des financements extérieurs, les parlementaires appellent à une mobilisation accrue des ressources locales. Ils demandent notamment à chaque département ministériel de consacrer 1 % de son budget à la lutte contre le paludisme, considérée non seulement comme un enjeu de santé publique, mais aussi de développement.
L’approche défendue repose également sur une augmentation des allocations budgétaires au secteur de la santé et sur une plus forte implication du secteur privé. Selon eux, le paludisme entraîne des pertes économiques importantes pour les entreprises à travers les absences des employés ou de leurs proches malades.
Les parlementaires estiment qu’une action concertée entre les pouvoirs publics, le secteur privé et les collectivités territoriales peut contribuer à réduire significativement les décès liés au paludisme au Cameroun. »
« On ne peut pas parvenir à l’élimination du paludisme avec seulement 50 % du budget mobilisé. »

« Le plaidoyer que fait l’Organisation mondiale de la santé à l’endroit des pays est de porter progressivement le budget de la santé à 15 % du budget national. Bien évidemment, aujourd’hui au Cameroun, la contribution du gouvernement au budget de la santé se situe toujours, et depuis de nombreuses années, à 5 %. Cette proportion ne permettra pas, et ne permet d’ailleurs pas, au ministère de la Santé publique de subvenir aux besoins de santé de la population camerounaise.
Il est vrai que la contribution des partenaires, tant bilatéraux que du partenariat international, permet de combler certains gaps, mais ceux-ci ne sont pas entièrement couverts. Si vous prenez le Plan stratégique national de lutte contre le paludisme, notamment celui de 2024-2028, qui a été validé puis revu, nous étions autour de 200 milliards de FCFA. Mais nous n’avons pu mobiliser que 100 milliards, soit 50 % du budget. On ne peut pas, en ce qui concerne le paludisme, parvenir à l’élimination avec un tel pourcentage. C’est dans ce sens que nous conseillons au gouvernement, ainsi qu’aux différents ministères sectoriels, de contribuer progressivement, au-delà des 5 % actuels, afin que, sur les cinq années à venir, le budget alloué au niveau local atteigne au moins 50 %, les partenaires complétant les 50 % restants. À ce moment-là, nous pourrons au moins nous assurer de la durabilité des interventions. Des interventions, nous en avons. Et les résultats commencent déjà à se faire ressentir, car il faut savoir que la réduction de la mortalité est de plus en plus palpable.
Elle a atteint plus de 36 à 37 % depuis près de dix ans aujourd’hui. C’est fondamental. Mais il faut tendre pratiquement vers zéro. C’est d’ailleurs la recommandation issue de la déclaration de Yaoundé sur le paludisme. Nous sommes donc sur la bonne voie, mais il faut penser à la durabilité et à l’accroissement de la contribution du pays. »










































































































































































































































































