Shopping cart

Subtotal 0 CFA

View cartCheckout

Echosanté est un magazine de santé en ligne dédié à l’information fiable, à la prévention, au bien-être et aux innovations médicales, pour aider chacun à mieux vivre et décider.

TnewsTnews
  • Home
  • ACTUALITE
  • Sécurité sanitaire : Aflatoxines, plomb et chloramphénicol dans l’assiette
ACTUALITE

Sécurité sanitaire : Aflatoxines, plomb et chloramphénicol dans l’assiette

Email : 9

Une étude de l’Université de Yaoundé I et de l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales documente la présence de métaux lourds, de résidus d’antibiotiques et de toxines dans la viande de poulet et les œufs destinés à la consommation. L’Interprofession avicole conteste la portée d’un échantillon jugé trop restreint.

Une étude conduite par l’Université de Yaoundé I et l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales documente la présence de métaux lourds, de résidus d’antibiotiques et de toxines dans la viande de poulet et les œufs destinés à la consommation. L’Interprofession avicole du Cameroun conteste la méthodologie et la portée des conclusions. Les travaux ont débuté en 2015 et se sont étendus sur une décennie. Les prélèvements ont été effectués dans des fermes de poulets de chair et de poules pondeuses situées dans trois bassins de production : le Centre, le Littoral et l’Ouest.

Ces régions alimentent le marché camerounais ainsi que ceux du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Tchad et de la Centrafrique. L’analyse a porté sur 48 poulets et 180 œufs, soit six alvéoles, complétés par des enquêtes menées auprès de 900 ménages. Les substances recherchées comprenaient le cadmium, le plomb, le mercure, les aflatoxines, l’ochratoxine et le chloramphénicol. L’équipe était dirigée par le Dr Fabrice De Paul Tatfo Keutchatang.Premier affrontement : la représentativité de l’échantillonLa thèse scientifique revendique une enquête longitudinale de dix ans, adossée à une triple collecte : fermes, aliments composés et ménages.

Elle soutient que la contamination observée est croisée et cumulative, ce qui signifie qu’elle ne résulte pas d’une source unique mais de l’addition de pratiques à plusieurs étapes de la chaîne. Les pesticides et engrais utilisés dans les champs de maïs, d’arachide et de soja destinés à l’alimentation animale figurent parmi les causes identifiées. S’y ajoutent les antibiotiques administrés sans respect des posologies et les médicaments donnés par certains vendeurs pour améliorer l’aspect des volailles.La thèse professionnelle conteste cette architecture.

Dans un communiqué rendu public, l’Interprofession avicole du Cameroun affirme que « la méthodologie et le traitement médiatique de cette étude, menée sur seulement 48 poulets et 180 œufs soit six alvéoles, suscitent des interrogations au regard de la généralisation des résultats sur toute la filière avicole ». L’organisation considère que l’échantillon ne permet pas d’extrapoler les conclusions à l’ensemble du territoire national. La réponse scientifique est implicite mais documentée. Les chercheurs ne parlent pas de contamination générale de la filière. Ils parlent de contamination croisée et cumulative documentée dans les trois bassins étudiés.

La distinction est sémantique mais décisive : l’étude décrit des mécanismes, non une prévalence nationale.Deuxième affrontement : la nature des substances détectéesLe Dr Fabrice De Paul Tatfo Keutchatang déclare : « Durant les enquêtes, nous n’avons pas identifié de fermes qui affirmaient utiliser les nitrofuranes. Mais lorsqu’on est parti dans l’analyse de ces tissus-là, on a retrouvé du chloramphénicol, ce qui est un produit cancérigène. » Cette déclaration établit un écart entre les pratiques déclarées et les résidus mesurés. Le chloramphénicol est en principe interdit en raison de son caractère cancérigène.

Le Cameroun n’a pas fixé de seuil limite pour plusieurs des substances recherchées, alors que les quantités relevées dépassent parfois les normes internationales.L’Interprofession avicole ne conteste pas la présence de résidus. Elle conteste la conclusion qui en est tirée. Elle rappelle que le secteur est encadré par des normes prescrites par le gouvernement et affirme que « le poulet et l’œuf camerounais issus des circuits contrôlés restent propres à la consommation ».

La notion de circuit contrôlé introduit une distinction entre les produits tracés et les produits non tracés, distinction que l’étude n’opère pas explicitement.

Troisième affrontement : les conséquences sanitaires.

Le chercheur ajoute : « On a l’accroissement du phénomène de résistance microbienne. Cela génère donc un problème de santé publique globale, parce qu’on se retrouve même avec des échecs de traitement chez les êtres humains. » Il précise également que « les aflatoxines B1 sont à l’origine du cancer. Le mercure, par exemple. Il y a beaucoup de produits-là qui sont à l’origine du cancer. » Ces deux affirmations déplacent le débat du terrain de la volaille vers celui de la santé humaine.

La cuisson ne détruit pas ces toxines. Les enfants et les femmes enceintes constituent les populations les plus exposées aux effets neurologiques et rénaux.L’Interprofession avicole ne produit pas de contre-expertise sur ce point. Elle invoque la croissance du secteur et la qualité des produits mis sur le marché. Elle rappelle que la production est passée de 68 millions de poulets de chair en 2011 à plus de 102 millions aujourd’hui, et à 2,9 milliards d’œufs de consommation.

Elle souligne que la filière emploie plus de 320 000 Camerounais et attire de nombreux investisseurs. Ces données sont exactes mais elles ne constituent pas une réponse toxicologique. Elles constituent une réponse économique.Quatrième affrontement : les enjeux économiques et politiquesL’organisation dénonce « un traitement médiatique qui cherche à déstabiliser une filière avicole qui emploie aujourd’hui plus de 320 000 camerounais et attire de nombreux investisseurs ». Elle appelle les éleveurs à poursuivre sereinement leurs activités et situe la filière dans le cadre de la politique nationale d’import substitution.

La thèse scientifique ne se prononce pas sur les conséquences économiques. Elle formule une demande de financement. Le chercheur explique : « Nous souhaitons donc essayer de voir quels sont les impacts de l’association de ces différents contaminants, d’abord chez le poulet, puis chez l’être humain, voir si dans le sang ou dans le plasma, on retrouve ces différents contaminants là à des teneurs importantes. Donc ça, ce sont des études en perspective. » L’objectif annoncé est de caractériser les co expositions, d’identifier les effets métaboliques et les mécanismes biologiques associés, afin de développer des biomarqueurs et un modèle intégré de prédiction du risque sanitaire.

Les deux thèses reconnaissent l’absence de seuils réglementaires nationaux pour plusieurs contaminants. Les deux reconnaissent que la traçabilité du marché camerounais est incomplète. Les deux reconnaissent que la question de l’exposition réelle des consommateurs n’est pas tranchée. La divergence porte sur l’interprétation des données disponibles : les scientifiques y lisent un signal d’alerte qui exige des études complémentaires, l’interprofession y lit une généralisation prématurée qui exige une lecture prudente.

Le débat ne porte pas sur la présence ou l’absence de contaminants. Il porte sur la portée d’un échantillon, sur la validité d’une extrapolation et sur la définition d’un seuil. La résolution de cette controverse dépendra de deux conditions : le financement d’études complémentaires sur l’exposition humaine et la définition de limites réglementaires nationales.

Tant que ces deux conditions ne sont pas remplies, la volaille camerounaise restera au banc des accusations scientifiques, entre une alerte documentée et une défense légitime.

img

Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

Leave a Reply

Articles similaires