Flore TCHANA, Présidente de l’Association ‘Handicap sans visage’, sensibilise à l’autisme et œuvre pour le bien-être des enfants autistes. Elle invite à une semaine de sensibilisation et à une soirée de gala caritative pour financer la construction d’un centre de loisirs dédié aux enfants autistes.
Le cinéma pousse à sensibiliser à l’autisme. Comment sommes-nous arrivés là?
Nous utilisons tous les moyens possibles pour la sensibilisation. Nous sommes vraiment dans notre combat pour sensibiliser au maximum le public et leur dire que l’autisme n’est pas qu’une affaire des parents d’enfants autistes, mais une affaire de tous.
Quel est le message que vous voulez passer à travers cette diffusion?
Le message est que nous sommes tous concernés par l’autisme. Nous devons tous être sensibilisés à la cause de l’autisme, comprendre ce que c’est et le vécu des parents d’enfants autistes, et ne plus marginaliser ces enfants.
Quels sont les gestes qui peuvent être posés par les parents d’enfants autistes qui ne savent pas encore?
Les parents doivent observer le développement de leur enfant, en particulier entre 1 et 3 ans, et consulter des spécialistes s’ils constatent des signes d’alerte tels que l’absence de langage, l’isolement ou des comportements anormaux.
Quels sont les hôpitaux ou les spécialistes qui pourraient conseiller et orienter les parents?
Il n’y a pas beaucoup de spécialistes dans la ville, mais les parents peuvent consulter des pédiatres, des psychomotriciens ou des orthophonistes qui pourront les orienter. Il est recommandé de s’adresser à l’hôpital qui saura diriger les parents vers le spécialiste le plus proche et le plus présent.
Quels sont les moyens les plus efficaces pour sensibiliser le public à l’autisme et pour promouvoir l’inclusion et l’acceptation des personnes autistes dans la société?
Aujourd’hui, vous venez nous parler de l’accompagnement des enfants vivant avec un état particulier appelé le syndrome de l’autisme. Oui, il est important de préciser que l’autisme n’est pas une maladie. Il faut le souligner, l’autisme est un handicap, tout comme la cécité, la surdité ou le mutisme. C’est un handicap qui caractérise une manière différente d’être.
Je préfère insister sur le fait que l’autisme est un handicap, car il y a souvent une tendance à le confondre avec une maladie ou à penser que les personnes autistes peuvent guérir. Or, il est essentiel de comprendre que l’on ne guérit pas de l’autisme. Les personnes autistes restent autistes, mais avec une prise en charge et un encadrement appropriés, il est possible d’améliorer leur quotidien et leur qualité de vie.
Merci de partager votre histoire avec nous aujourd’hui. Pouvez-vous nous raconter un peu sur votre expérience en tant que mère d’un enfant autiste?
Mon fils a 18 ans cette année et il a été diagnostiqué autiste à l’âge de 2 ans. C’était un choc pour moi, car je n’avais jamais entendu parler de l’autisme auparavant. J’ai dû apprendre à comprendre ce qu’est l’autisme et à trouver des solutions pour aider mon fils, qui présentait des crises, des troubles de comportement et des difficultés de communication.
Cela doit avoir été très difficile pour vous. Comment avez-vous géré cette situation?
Oui, c’était très difficile, mais j’ai décidé de me lancer dans un parcours de sensibilisation pour aider les autres à comprendre l’autisme. J’ai réalisé que l’autisme est encore un handicap très peu connu dans notre société, et que cela peut entraîner des préjugés et des malentendus. J’ai donc décidé de prendre les choses en main et de sensibiliser les gens à l’autisme.
Pouvez-vous nous parler de la semaine de sensibilisation que vous organisez?
Nous organisons une semaine de sensibilisation à l’autisme du 31 mars au 5 avril 2025 à l’Esplanade du Musée National. Nous invitons tout le monde, pas seulement les parents d’enfants autistes, mais également les professionnels de la santé, les enseignants et le grand public, à venir en apprendre davantage sur l’autisme, à échanger des expériences et à trouver des solutions ensemble.
Quels sont les objectifs de cette semaine de sensibilisation?
Notre objectif est de promouvoir la compréhension et l’acceptation de l’autisme, et de soutenir les familles qui en ont besoin. Nous croyons qu’ensemble, nous pouvons faire une différence et améliorer la vie des personnes autistes et de leurs familles.
Merci de partager votre histoire et votre engagement avec nous aujourd’hui. Quel message aimeriez-vous transmettre aux lecteurs?
Je voudrais dire que l’autisme est une partie de notre société, et que nous devons apprendre à l’accepter et à le comprendre. Nous devons soutenir les familles qui ont des enfants autistes et leur offrir les ressources et les outils nécessaires pour les aider. Ensemble, nous pouvons faire une différence et créer un monde plus inclusif et plus compréhensif.
Pouvez-vous nous présenter l’événement que vous organisez le 2 avril au Musée National?
Oui, bien sûr. Nous organisons une journée d’échanges et de sensibilisation à l’autisme, avec la diffusion du film “2 avril”, qui relate l’histoire d’une maman d’enfants autistes. Le film est très réaliste et montre les défis auxquels les familles peuvent être confrontées.
Quel est le but de cette journée d’échanges?
Le but est de sensibiliser le public à l’autisme et de montrer que cela ne concerne pas uniquement les parents d’enfants autistes. Nous voulons encourager les gens à parler de l’autisme de manière ouverte et naturelle, sans crainte ni stigmatisation. Nous voulons également offrir un espace de rencontre et d’échange entre les parents, les spécialistes et les personnes autistes elles-mêmes.
Quels sont les principaux thèmes qui seront abordés lors de cette journée?
Nous allons avoir des discussions avec des spécialistes qui partageront leurs connaissances sur l’autisme, ainsi que des témoignages de parents et de personnes autistes. Nous allons également aborder les questions liées au diagnostic, aux solutions et aux ressources disponibles pour les familles. L’objectif est de fournir des informations utiles et de créer un espace de soutien et de compréhension.
Pourquoi est-il important de parler de l’autisme et de le rendre plus visible?
L’autisme est un spectre très large et complexe, et il est important de le comprendre et de le respecter. En parlant de l’autisme de manière ouverte et naturelle, nous pouvons aider à réduire les stéréotypes et les préjugés, et à créer un environnement plus inclusif et accueillant pour les personnes autistes et leurs familles.
Quel message aimeriez-vous transmettre aux parents qui ont des enfants avec des troubles du comportement ou qui montrent des signes d’autisme?
Je voudrais leur dire de ne pas avoir peur de consulter et de demander de l’aide. Il est important de reconnaître que chaque enfant est unique et que les signes de l’autisme peuvent varier. En cherchant de l’aide et en travaillant avec des spécialistes, les parents peuvent trouver des solutions et des ressources pour soutenir leur enfant et leur famille.
Pouvez-vous nous parler un peu de votre démarche et de ce que vous souhaitez faire pour les enfants autistes?
Oui, bien sûr. Je voudrais lancer un appel à tous les parents qui constatent que, à partir d’un an à deux ans, voire trois ans, leurs enfants n’ont pas le développement qu’ils devraient avoir normalement. Il est donc important de se rapprocher des professionnels, notamment un pédiatre, qui pourra les orienter vers des spécialistes. En effet, il est nécessaire de rencontrer des neuropédiatres pour obtenir un diagnostic précis.
Qu’arrive-t-il une fois que les parents ont reçu le diagnostic? Comment devraient-ils réagir?
Il est important de noter que lorsqu’on reçoit le diagnostic, il ne faut pas paniquer, car le spectre autistique est large et il existe une grande variété d’enfants autistes. Certains sont plutôt intelligents, surdoués, mais peuvent avoir des troubles de comportement légers, tandis que d’autres ont un autisme sévère, avec des crises fréquentes et un comportement incontrôlable.
Malheureusement, on entend souvent que les enfants autistes sont isolés dans les maisons. Pouvez-vous nous parler de cela?
Oui, c’est malheureusement vrai. Nous avons constaté que de nombreux parents d’enfants autistes les enchaînent dans les maisons, soit parce qu’ils ne savent pas comment gérer leur enfant, soit parce qu’ils ont honte, ou encore parce que le voisinage se plaint ou les accuse de sorcellerie. Il est essentiel de consulter des professionnels, de sortir avec les enfants des maisons et de faire connaître leur existence, afin de trouver des solutions.
Quel est le problème majeur que vous rencontrez actuellement dans votre travail avec les enfants autistes?
Le problème est que nous ne connaissons même pas le nombre exact d’enfants autistes au Cameroun. Si les parents continuent de cacher leurs enfants dans les maisons, nous ne pourrons jamais y arriver. Notre message est donc clair : les parents doivent sortir des maisons avec leurs enfants et nous rejoindre au musée national, afin que nous puissions trouver des solutions ensemble.
Vous organisez une soirée de gala caritative. Pouvez-vous nous en dire plus?
Oui, à la fin de cette semaine de sensibilisation, nous organiserons une soirée de gala caritative, qui aura lieu le samedi 5 avril à l’hôtel Hilton de Yaoundé. L’objectif de cette soirée est de collecter des fonds pour financer la construction d’un centre de loisirs dédié aux enfants autistes. Nous travaillons sur ce projet depuis quatre ans, et après avoir surmonté les difficultés liées à la pandémie de Covid, nous avons pu relancer le projet grâce au soutien de la Première dame, qui est la marraine de l’événement. Nous avons acquis un terrain et posé la première pierre l’année dernière. Nous espérons que cette soirée de gala nous permettra de récolter les fonds nécessaires pour achever ce projet.
Pouvez-vous nous donner des détails sur l’avancement du projet?
Oui, nous avons lancé les travaux cette année et nous allons pouvoir présenter un premier bâtiment déjà pour la semaine prochaine, pendant la semaine de centralisation. Et très prochainement, nous envisageons d’ouvrir une petite partie, du moins commencer les activités, parce que nous nous sommes rendu compte que le besoin est grand et pressant.
Comment comptez-vous procéder pour mettre en place ce centre de loisirs?
Nous allons essayer de faire les choses doucement, car le centre sera un grand complexe. Si nous attendons de le finir, nous risquons de jamais démarrer les activités. Donc, nous allons commencer avec ce que nous aurons fait et nous allons essayer de présenter au public cette première partie du projet qui a pris vie.
Vous organisez une soirée de gala caritative pour collecter des fonds pour le centre de loisirs. Qu’attendez-vous des participants?
Nous invitons tout le monde, nous invitons vraiment toutes les bonnes volontés à nous rejoindre, à nous assister, à nous soutenir pour la bonne cause. Les participants peuvent venir avec leurs billets, leurs chèques ou même avec un engagement à participer que notre association pourra suivre.
Pouvez-vous nous dire quelques mots de plus sur l’importance de ce centre de loisirs pour les enfants autistes?
Oui, les infrastructures pour les enfants autistes sont très peu nombreuses au Cameroun. Avec un enfant autiste, à Yaoundé, on peut trouver une place si on a beaucoup d’argent, mais à Douala aussi, c’est possible. Mais le centre de loisirs devrait permettre d’augmenter la disponibilité et peut-être de faire chuter les coûts.
Quelles seront les particularités de ce centre de loisirs?
Le centre de loisirs sera vraiment un véritable centre de loisirs. Nous aurons un complexe multisport, des activités de jeux, des activités d’éveil de loisirs vraiment pour les enfants autistes. Il faut dire que sur Yaoundé, il y a des structures, des écoles qui accueillent des enfants autistes, mais il y a très peu de places et c’est très coûteux. Pareil pour Douala. Enfin, dans toutes les villes du Cameroun, il y a au moins quelques structures d’accueil pour les enfants autistes, mais il n’y en a pas assez.
Comment le centre de loisirs pourra-t-il aider les parents d’enfants autistes?
Le centre de loisirs pourra accueillir un peu plus d’enfants et donner du répit aux parents. Quand on a un enfant autiste, c’est très difficile d’avoir une vie normale. Aujourd’hui, par exemple, avec mon fils, c’est une prise en charge permanente. Je suis obligé de m’en occuper en permanence, ce qui n’est pas évident. Le centre de loisirs pourra offrir une solution pour les parents qui ont besoin de confier leur enfant à des personnes spécialisées et formées pour s’occuper d’enfants autistes.
Quel est votre message pour les parents d’enfants autistes et pour le public en général?
Nous invitons tout le monde à se renseigner et à nous soutenir pour la bonne cause. L’autisme, ça n’arrive pas qu’aux autres. Nous espérons que le centre de loisirs pourra voir le jour rapidement et offrir une solution pour les parents d’enfants autistes. Rendez-vous au musée national pour vous renseigner et samedi 5 avril pour le gala de charité pour contribuer à l’édification du centre de loisirs pour enfants autistes.
Propos recueillis Elvis Serge NSAA















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