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Financement et gouvernance : Talons d’Achille de la sécurité sanitaire au Cameroun

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Les associations ADE et Positive-Generation exhument les failles de la sécurité sanitaire et proposent des solutions. Financement insuffisant, faible production locale de vaccins, manque d’implication des OSC : les défis sont immenses. Une conférence de presse s’est tenue le vendredi 20 juin 2025 dans les locaux de Positive-Generation à Yaoundé pour présenter les résultats d’une étude  sur la sécurité sanitaire au Cameroun.

Réalisée par les associations ADE et Positive-Generation (PG), cette enquête dresse un tableau sans complaisance du niveau de préparation et de réactivité du pays face aux menaces sanitaires.

À travers un cadre de redevabilité basé sur 31 indicateurs alignés sur les repères mondiaux, le document évalue les performances du Cameroun dans des domaines clés tels que le financement de la santé, la gouvernance, la résistance aux antimicrobiens (RAM), la prévention et le contrôle des infections (PCI), la production de vaccins, ou encore la biosécurité.

Des points forts… à relativiser

L’étude souligne quelques réussites notables. Le fonctionnement des centres d’opérations d’urgence de santé publique au niveau national et infranational, ainsi que la capacité de réaction aux points d’entrée du pays, sont salués. De même, la coordination entre les autorités de santé publique et les forces de sécurité est jugée fonctionnelle.

Autre fait encourageant : les budgets alloués à la prévention, à la RAM, à la PCI et à la R&D sur les urgences sanitaires ont tous été décaissés à 100 % en 2023. Toutefois, cette performance est entachée par le manque de célérité dans le décaissement, ce qui nuit à la réactivité en cas de crise.

De graves lacunes

Le document insiste cependant sur de sérieuses faiblesses structurelles. Le décaissement tardif des fonds PPRR par le gouvernement et les partenaires, l’absence de publication des rapports financiers sur des plateformes publiques, ainsi que l’exclusion des organisations de la société civile (OSC) dans les mécanismes de planification sont autant de freins à une gouvernance transparente.

Par ailleurs, la capacité nationale de production de vaccins est quasi inexistante, mettant en lumière la dépendance du pays face aux importations en cas de pandémie. La coordination intersectorielle reste faible, avec une implication timide d’autres ministères en dehors de la santé. Les plans d’action sur la RAM et la PCI ont été élaborés sans réelle participation des OSC.

Des chiffres qui parlent

En 2023, le Cameroun disposait d’un budget national de 6 345,1 milliards FCFA, dont seulement 242 milliards FCFA ont été alloués au secteur de la santé (environ 3,8 % du budget global). Sur ce montant, 46,64 milliards FCFA étaient destinés à la préparation et la réponse aux urgences sanitaires. La recherche et développement dans ce domaine n’a reçu que 115 millions FCFA, un montant dérisoire au vu des enjeux.

L’absence de contribution du Fonds pandémique mondial, faute d’éligibilité, et les retards de décaissements du fonds « Counterpact » entre l’État et ses partenaires soulignent un manque d’anticipation et de coordination budgétaire.

Enjeux, recommandations et rôle des ONG

Face à ce diagnostic, les auteurs recommandent entre autres : La mise en place d’un groupe de travail multisectoriel de haut niveau pour améliorer la coordination ; le renforcement des mécanismes de responsabilisation pour le suivi des progrès ; l’adoption de lignes budgétaires distinctes pour les programmes PPRR, RAM, PCI et R&D, le développement de partenariats publics-privés pour lancer une production locale de vaccins.

Les ONG sont invitées à jouer un rôle de veille, à encourager la transparence des données et à mener des campagnes de plaidoyer basées sur les faits issus de ce cadre d’évaluation.

A lire aussi: Santé au Cameroun : La CSU, une promesse en l’air ?

Un outil pour une meilleure gouvernance

Le cadre de redevabilité présenté lors de la conférence est un instrument stratégique qui permettra non seulement de suivre les progrès, mais aussi de stimuler le dialogue entre les acteurs publics, privés et communautaires. Il vise à aligner les investissements du Cameroun sur les normes internationales comme le Règlement Sanitaire International (RSI) et le Global Health Security Agenda (GHSA).

Ce rapport met en lumière l’urgence d’une réforme structurelle du système de santé camerounais, au-delà des réponses ponctuelles aux crises. La sécurité sanitaire ne peut être garantie sans engagement budgétaire réel, transparence dans la gestion des ressources et implication active de toutes les parties prenantes, y compris les OSC et les communautés. L’avenir de la santé publique au Cameroun dépendra de la capacité des autorités à transformer ces recommandations en actions concrètes.

Mireille Siapje

 

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