À l’occasion des 16 jours d’activisme, le REMAPSEN et ONU Femmes ont réuni des journalistes à Yaoundé pour leur apprendre à parler des violences faites aux femmes sans les blesser une seconde fois, surtout quand elles se passent désormais derrière un écran.
Le 26 novembre 2025, à l’occasion des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et l’Environnement (REMAPSEN), en partenariat avec ONU Femmes Cameroun et le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, a réuni une trentaine de journalistes à Yaoundé. Objectif : leur donner les clés d’un traitement médiatique respectueux, humain et efficace des violences faites aux femmes, particulièrement celles qui se déploient aujourd’hui sur internet et les réseaux sociaux.
Marie-Pierre Raky Chaupin, Représentante d’ONU Femmes au Cameroun, au cours de ces travaux, a rappelé que, les médias restent les alliés les plus puissants de la lutte. « Vos micros et vos plumes atteignent des villages, des familles, des cœurs où nous, institutions, n’entrons pas toujours », a-t-elle lancé. Elle a insisté sur la responsabilité collective : la manière dont on parle des violences influence la perception de la société, l’engagement des décideurs et, surtout, la dignité des survivantes.
Les chiffres rappelés ce 26 novembre 2025, ont glacé l’assistance. Dans le monde, une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Au Cameroun, plus d’une femme sur deux a connu la violence dès l’âge de quinze ans, et 76 féminicides ont été recensés rien qu’en 2025. Le mariage précoce continue de priver des milliers de filles d’enfance, tandis que les nouvelles technologies ouvrent un champ inédit de souffrances : cyberharcèlement, diffusion d’images intimes sans consentement, deepfakes pornographiques, campagnes coordonnées de haine en ligne. « Ce qui se passe sur les écrans n’est pas virtuel, il tue, il brise, il pousse parfois au suicide », a martelé la Représentante.
Jule Elobo, journaliste et coordonnateur régional – radio du REMAPSEN, a appelé les journalistes à changer de posture. Face à une victime, il ne s’agit plus seulement d’informer, mais d’incarner une humanité différente. Écouter sans juger, protéger l’identité, éviter le sensationnel, choisir des mots qui ne revictimisent pas, privilégier la résilience plutôt que la seule douleur : voilà le nouveau visage du journalisme qu’il faut adopter quand on traite des violences de genre.
L’édition 2025 de la campagne mondiale UNiTE met l’accent sur la violence numérique, cette forme insidieuse qui touche aussi bien les militantes, les journalistes et les femmes politiques que les adolescentes des quartiers populaires ou des villages reculés. Les plateformes sont souvent complices par leur lenteur à réagir, leurs algorithmes qui amplifient la haine, leur opacité. Les journalistes camerounais ont donc été invités à devenir des sentinelles : dénoncer les contenus toxiques, exiger des géants du numérique plus de transparence et de responsabilité, donner la parole aux survivantes et aux associations qui luttent au quotidien.
À l’issue de la journée, l’appel a été clair et fort : du 25 novembre au 10 décembre, que les antennes, les journaux, les sites d’information et les réseaux sociaux camerounais se parent d’orange, couleur universelle de ces seize jours, et portent haut le message selon lequel aucune violence, physique ou numérique, n’est acceptable. Parce que mettre fin à la violence contre les femmes et les filles n’est pas seulement l’affaire des institutions ou des associations, c’est le devoir de toute la société. Et les médias, par leur puissance de frappe, peuvent accélérer la victoire.
Mireille Siapje














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