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Lutte contre le paludisme : le système bCUBE, présenté à Yaoundé

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Ce petit appareil, déployé dans 25 centres de santé pilotes, analyse sur place les moustiques et le parasite, identifie les résistances et transmet les données en temps réel au ministère de la Santé publique.

Face aux 2,9 millions de cas de paludisme confirmés en 2023, le Cameroun est engagé dans une course contre la montre. Le principal obstacle ne réside pas seulement dans la disponibilité des moustiquaires ou des médicaments, mais dans l’opacité qui entoure l’ennemi lui-même : le moustique et son évolution rapide. Une avancée décisive a été présentée ce 4 décembre 2025 à Yaoundé lors d’une session d’engagement des parties prenantes du projet bCUBE. Financé par la Fondation Bill & Melinda Gates, ce programme inédit promet une révolution dans la surveillance épidémiologique, passant d’un système lent et centralisé à une collecte de données en temps réel, directement depuis les centres de santé du pays.

Cette initiative, dirigée par la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health en partenariat avec HYRIS Ltd., et exécutée localement par le Centre de Recherche en Maladies Infectieuses (CRID) et l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique Centrale (OCEAC), vise à combler un déficit majeur. Pour le Pr Charles Wondji, directeur exécutif du CRID, la faiblesse du système actuel est criante : « Nous envoyons des équipes sur le terrain… Cette procédure prend beaucoup de temps, tout comme la transmission des informations au ministère. On risque ainsi de distribuer des moustiquaires qui ne sont pas les plus appropriées, car on ignore si les moustiques locaux y sont devenus résistants ».

Une analyse corroborée par les chiffres officiels : la résistance croissante aux insecticides, couplée à l’apparition d’espèces invasives comme Anopheles stephensi, menace directement l’efficacité des outils de prévention. Actuellement, seuls 68% des ménages camerounais disposant de moustiquaires imprégnées les utilisent effectivement.

Une technologie de rupture pour une riposte dynamique

L’innovation du bCUBE réside dans sa capacité à décentraliser le diagnostic moléculaire de pointe. Ce petit appareil, conçu pour être déployé dans des formations sanitaires même éloignées, permet d’analyser sur place des paramètres cruciaux. Il ne s’agit pas seulement de confirmer un cas de paludisme, mais d’identifier la souche du parasite Plasmodium pour prescrire le médicament le plus efficace, et surtout, de détecter les marqueurs de résistance aux insecticides chez les moustiques capturés localement.

« C’est un système instantané », explique le Pr Wondji. « Les informations recueillies dans un centre de santé de l’Extrême-Nord sont envoyées directement au ministère de la Santé via le cloud. Le retard de six mois à un an entre la collecte et la décision est supprimé. Le ministère dispose ainsi d’une carte épidémiologique en temps réel. Désormais, lorsqu’il s’agira d’acheter des moustiquaires pour une région, nous saurons exactement quel type d’insecticide sera encore efficace là-bas. » Cette vision est partagée par Georges Dimopoulos, directeur de l’Institut de recherche sur le paludisme à l’Université Johns Hopkins. « Le concept de bCUBE est une méthode entièrement nouvelle. Cela n’a jamais été fait auparavant. Typiquement, il fallait attendre six mois ou un an avant d’obtenir les informations nécessaires pour concevoir un programme de contrôle dans une zone particulière. Désormais, nous pourrons le faire en quelques jours », souligne-t-il.

La technologie bCUBE, conçue par la société britannique HYRIS, ne sort pas de nulle part. Elle a d’abord été éprouvée pendant la pandémie de COVID-19 pour la surveillance génomique du virus en Europe et en Amérique du Nord. « Nous avons mis jusqu’à dix ans pour atteindre la maturité actuelle de notre produit, avec une équipe possédant une très longue expérience industrielle », précise Lorenzo Colombo, directeur de HYRIS.

Depuis 2021, l’outil a été adapté et “formé” spécifiquement pour la lutte contre le paludisme sous la houlette du Pr Wondji, dont les travaux sur la génétique des moustiques vecteurs font autorité mondiale. Lauréat de la médaille Chalmers en 2021 et expert auprès de l’OMS, le chercheur camerounais a obtenu le renouvellement d’une prestigieuse bourse Wellcome Trust de 2,2 millions de livres sterling pour étudier les bases moléculaires de la “super-résistance” des moustiques. Il est également le récipiendaire d’une subvention de 3,7 millions de dollars de la Fondation Gates pour le développement de tests de détection de la résistance. Le projet bCUBE s’inscrit donc au cœur d’une expertise scientifique de premier plan.

Déploiement pragmatique et objectif continental

Le projet entre maintenant dans sa phase opérationnelle. Une première phase de validation ayant été concluante, la deuxième phase, financée par la Fondation Gates, vise un déploiement sur le terrain. « Nous avons sélectionné 25 centres de santé, avec au moins deux centres dans chacune des dix régions du Cameroun », détaille le Pr Wondji. « Chaque région aura donc au moins deux centres, ce qui nous permettra d’avoir une image représentative et actualisée de l’état épidémiologique du pays. »

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Cette phase pilote, menée en étroite collaboration avec le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) dirigé par le Dr Albert Zeh Meka, vise à démontrer l’efficacité opérationnelle du système. L’ambition, cependant, dépasse largement les frontières camerounaises. « Ce qui sera fait au Cameroun pourra ensuite être étendu à d’autres pays de la sous-région et à travers tout le continent », affirme le Pr Wondji. Cette vision régionale est soutenue par l’OCEAC, qui coordonne déjà la lutte contre les endémies en Afrique centrale et promeut l’approche “Une Seule Santé”.

Elvis Serge NSAA

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