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Lutte contre l’onchocercose : Le MINSANTE introduit la moxidectine

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Face à la persistance de l’onchocercose au Cameroun, le ministère de la Santé publique a lancé une campagne nationale de traitement de masse le mercredi 10 juin 2026 à Bokito, département du Mbam et Inoubou, région du Centre au Cameroun ;

 L’innovation majeure repose sur l’introduction de la moxidectine via le projet EMINENCE, visant à éradiquer la maladie dans les foyers les plus touchés comme Bokito. Cette grande offensive nationale, qui cible près de 10 millions de citoyens grâce au déploiement de 39 000 distributeurs bénévoles, bénéficie du rôle prépondérant de l’ONG Helen Keller International ;

Aux côtés de l’Union européenne, cette organisation a su mobiliser des financements cruciaux auprès d’un donateur anonyme pour sécuriser l’accès gratuit aux soins.

Mobilisation générale pour un bon déroulement de la campagne.

C’est une page majeure de l’histoire de la santé publique au Cameroun qui s’est écrite le mercredi 10 juin 2026 à Yaoundé. La cérémonie officielle de lancement de la campagne nationale de traitement de masse contre l’onchocercose a réuni le gotha scientifique et politique du pays. Présidée par le Pr. Joseph Mendime Nkodo, représentant personnel du ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, aux côtés du Pr. Eddy Ngonkeu du ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, cette articulation marque un tournant stratégique majeur dans la lutte contre la cécité des rivières.

Pour dissiper les doutes et donner un signal fort d’innocuité aux populations locales, le directeur général de l’ISM, le Pr Joseph Kamgno, a consommé publiquement les premiers comprimés d’ivermectine, reçus des mains des autorités sanitaires. Ce geste symbolique fort introduit le projet EMINENCE, une initiative d’envergure visant à éradiquer l’onchocercose dans les foyers de transmission les plus persistants grâce à une nouvelle molécule révolutionnaire : la moxidectine.

L’innovation moxidectine : un bouclier de longue durée

Malgré deux décennies d’efforts continus basés sur l’ivermectine (TIDC), certains foyers dits « critiques » affichent encore des taux de prévalence alarmants atteignant les 60 %. L’introduction de la moxidectine redéfinit entièrement les règles du jeu.

Le Pr Joseph Kamgno en explique les fondements scientifiques : « Ce nouveau médicament est beaucoup plus efficace et dispose d’un effet prolongé dans le corps. Avec un seul traitement, au bout d’un an et demi, on ne retrouve toujours pas de microfilaires sous la peau. Cela aura un impact significatif sur l’interruption de la transmission de la maladie. »

L’avantage majeur de cette molécule réside dans sa capacité à contourner les contraintes logistiques répétitives. En protégeant les patients pendant au moins 12 mois complets sans réinterventions rapprochées, elle offre une respiration majeure aux équipes de terrain tout en neutralisant le parasite de manière pérenne. En parallèle, l’ISM déploie de nouvelles stratégies de lutte anti-vectorielle contre les simulies (mouches noires), combinant ainsi thérapie innovante et assainissement environnemental.

Un fléau multisectoriel à éradiquer

L’onchocercose ne se résume pas à une simple affection cutanée. Le secrétaire permanent du Comité national de lutte contre l’onchocercose (CNLO), le Dr Théophile Mistral Mpaba Minkat, a rappelé avec gravité la lourde charge sanitaire liée à cette maladie tropicale négligée (MTN) : cécité irréversible, oncodermatites invalidantes, mais également troubles neurologiques sévères comme l’épilepsie associée, et des retards de croissance (onanisme) chez les enfants vulnérables.

Face à ce tableau, le bilan épidémiologique national montre toutefois des motifs de réelle satisfaction. Grâce à l’impulsion du ministre de la Santé, le Dr Manaouda Malachie, qui insuffle un dynamisme constant depuis plus de sept ans, près de 20 % des districts de santé camerounais enregistrent désormais une séroprévalence inférieure à 2 %. Un seuil critique aligné sur les directives de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui présage, à terme, un arrêt progressif des traitements de masse dans ces zones assainies.

L’armée de l’ombre : 39 000 bénévoles mobilisés

Le succès de cette offensive nationale repose sur un modèle d’engagement citoyen unique. Sur toute l’étendue du territoire national, ce sont environ 39 000 distributeurs communautaires (DC) qui se déploient bénévolement pour apporter le traitement au cœur des ménages. Ce maillage exceptionnel permet de couvrir près de 10 millions de Camerounais exposés au risque sur l’ensemble du triangle national.

Cette stratégie de masse est solidement appuyée par les partenaires internationaux, au premier rang desquels l’ONG Helen Keller International et l’Union européenne Le Pr Robert Mba, directeur pays de Helen Keller International, a révélé qu’un financement crucial obtenu auprès d’un donateur anonyme garantit la couverture vaccinale et thérapeutique pour l’ensemble des neuf millions de Camerounais ciblés pour cette campagne 2026. L’ONG réaffirme sa totale disponibilité aux côtés de l’État pour bouter définitivement les MTN hors du Cameroun.

Pr Robert Mba, représentant pays de Helen Keller International

Appel à l’adhésion communautaire

L’efficacité de la moxidectine et de l’ivermectine dépend désormais d’un facteur humain crucial : l’adhésion des populations. Le gouvernement, par la voix du Pr. Joseph Mendime Nkodo, a exhorté les communautés à accueillir chaleureusement les distributeurs et à consommer massivement les traitements fournis gratuitement.

Après le lancement protocolaire de Yaoundé, le ministre de la Santé se rendra personnellement dans l’aire de santé de Bokito, dans le district de Bafia (ciblant également Ntui et Ebebda), pour administrer les toutes premières doses de moxidectine sur le terrain. Des évaluations rigoureuses à 3 ans et 5 ans permettront de valider scientifiquement l’impact de ce chef-d’œuvre de recherche médicale en population réelle, rapprochant le Cameroun du rêve d’un avenir sans onchocercose.

Réaction :

« Il est question d’introduire une molécule qui a fait ses preuves au plan international »

Pr. Joseph Mendime Nkodo, conseiller technique nᵒ 2 au MINSANTE.  

Nous demandons aux populations de faire confiance au gouvernement de la République en ce sens que nous cherchons la molécule la plus efficace pour mettre fin à l’onchocercose, tant qu’il est vrai que nous connaissons très bien les conséquences dramatiques de cette maladie au plan individuel comme au plan collectif. Au moment où nous lançons cette campagne de 2026, il est question d’introduire une molécule qui a fait ses preuves au plan international. Il est donc de bon ton pour profiter de cette campagne de traitement d’ajouter la nouvelle molécule qui est le moxidectine Cela nous permettra d’évaluer son efficacité sur le plan communautaire. Les résultats de cette campagne permettront que nous soyons capables d’étendre la campagne dans les autres régions du Cameroun. Et probablement continuer à compter sur l’appui des partenaires techniques et financiers pour que les produits soient disponibles à l’échelle nationale.

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Junior NTEPPE KASSI, 33 ans, est un journaliste scientifique camerounais au Groupe Échos Santé. Spécialiste de la médecine du sport, il met sa passion au service de l'information médicale de pointe.

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