Hilaire Nlend est Psychologue. Il est en poste à L’Hôpital de district de Logbaba. Nous l’avons rencontré pour cerner les contours d’une immolation humaine. Une dame au nom de Dieu a égorgé un enfant de 11 ans à Nkolndongo à Yaoundé. Une dame a égorgé un enfant selon la volonté de son pasteur. Comment expliquer un tel acte ?La première chose, d’abord, c’est eque c’est quand un état mental dissocié. Ça veut dire que nous sommes en présence d’une personne qui a perdu le contact avec la réalité et qui est dans ses chimères, dans son univers, dans sa rêverie. Et dans sa rêverie, elle entend des voix qui lui demandent de faire certaines choses.Et ces choses peuvent être justement des acteurs répréhensibles, comme des acteurs répréhensibles tels que le passage à l’acte violent dont nous parlons. Ce passage à l’acte peut également avoir un déterminant qui est… Il peut aussi être compris comme étant une forme de… un acte compulsif. C’est-à-dire que c’est peut-être un acte compulsif pour conjurer un mauvais sort.Nous sommes en présence d’une personne qui est convaincue qu’en effectuant certains actes, elle va réussir à conjurer le mauvais sort, réussir à se libérer d’une certaine emprise dont elle est en ce moment. Donc ça peut être un acte rituel pour conjurer le mauvais sort, pour changer les mauvaises choses. Selon vous, docteur, d’où vient ce courage ? Bon, je ne sais pas s’il faut parler de courage.Courage, ce n’est pas un terme… Le mot courage peut être compris comme cette rage, cette énergie investie dans cet acte. Eh bien, dans les moments de dissociation, justement, lorsqu’on est habité par… Lorsqu’on est en train de faire une hallucination auditive qu’on entend des voix, il est très facile de les écouter et de mettre en application ce que les voix sont en train de commander. Et du coup, la question du courage ne se pose plus.Ça va se puiser dans soi-même, dans ses propres ressources pour réaliser l’acte selon les instructions qui nous ont été données par ses voix. Est-ce qu’on peut dire que la croyance corrompt le psychique ? Est-ce que la croyance corrompt le psychisme ? Ça veut dire que la croyance, la religion, la foi influencent tel le psychisme ? Oui, la foi influence le psychisme parce que la foi, la religion, à travers la Bible et ses pasteurs, sont des puissants instruments de propagande de certains comportements.Et le bonheur de la Bible, c’est que la Bible valorise les comportements positifs, donc les comportements en rapport avec la vie, pas ceux de la mort. Ou nous sommes dans un contexte où la religion a ordonné la mort. Et ça, j’ai envie de dire que ce n’est pas un acte qui descend forcément de la religion des pasteurs, mais c’est plutôt un acte qui relève de la croyance personnelle de l’auteur présumé du crime, de l’acte.Peut-on alors parler de détresse dans ce cas ? Peut-être qu’il y a une détresse qui est latente. Peut-être que la patiente a été dans un état également de détresse. Et cette détresse a peut-être eu la forme d’un stress.Et pour justement diminuer son stress, alors on est passé à l’acte. Parce qu’il y aurait probablement eu la croyance d’être menacé, la perception d’avoir, d’être probablement victime de quelque chose de grave. Et alors pour ne pas arriver au stade de ce qu’on redoute, on préfère faire l’acte avant.Certains y voient un cas de maladie mentale. Très bien. Il y a plusieurs critères pour poser le diagnostic de maladie mentale. Parce que c’est une maladie, et la maladie répond à plusieurs critères. Le premier critère, c’est qu’il faut que le comportement dévie de ce qui est normalement attendu.Et puis ce qui est normalement attendu quand on est dans un état de détresse, dans notre contexte, ce n’est pas de tuer, mais c’est de consulter un spécialiste. Mais là, nous sommes dans un contexte où quelqu’un prend la volonté, c’est-à-dire fait un acte qui n’est pas du tout normal, donc du coup on s’est dévoré sur sa santé mentale. Peut-être qu’il y a un contexte de trouble mental qui est caché.Et si c’est le cas, peut-on en guérir? Bon, guérir, ce serait prétentieux, mais dans l’état actuel des connaissances dans la science, et surtout en santé mentale, il est possible d’agir sur la détresse de manière à la diminuer. Il est également possible de travailler sur ses croyances, de manière à les modifier, de restructurer les croyances.Et enfin, il est possible d’agir sur les comportements pour les modifier, les changer. Bon, après, il peut avoir un mieux-être émotionnel, il peut avoir des comportements sains, il peut avoir des pensées qui sont plus adaptées au contexte. Bon, est-ce que ça veut dire qu’elle est guérie ? Là, je ne sais pas.Est-ce que les condamnations arrangent alors les choses ? Les condamnations, c’est-à-dire le fait de la culpabiliser, arrangent-elles les choses ? D’une part, oui, parce que si elle a fait cette chose dans un état mental de préconscience, ça veut dire que si elle n’avait pas conscience de ce qu’elle faisait, avec la condamnation, elle va sortir de la préconscience pour la conscience. Elle va prendre conscience que ce qu’elle a fait est tellement grave, et les conséquences vont s’en suivre, et puis elle va réaliser les conséquences qui vont s’en suivre. Ce n’est pas bien, pourquoi ? Parce que la prise de conscience de cet acteur peut la faire paniquer.Ça peut la pousser à paniquer, à avoir une réaction de stress dépassée, même un état de panique qui peut peut-être être fatal selon ses vulnérabilités physiques, selon qu’elle a d’autres, peut-être elle est asthmatique, peut-être elle a des problèmes cardiaques, on ne sait pas. Et comment le psychologue que vous êtes, voit-il l’attitude de ces pasteurs-là ? Comment je vois l’attitude des pasteurs ? Je constate qu’il y a une prolifération des églises et donc des pasteurs dans notre contexte.Et pour quelles raisons ? Il y en a tellement. Il y a des raisons financières, il y a aussi des raisons qui sont personnelles à eux. Mais je pense que les pasteurs à la base sont formés pour aider les personnes à modifier leurs comportements et à se rapprocher de l’idéal, le père idéal qui est Dieu.Et est-ce que dans ce sens tuer, demander à un enfant de tuer un autre enfant pour se rapprocher de Dieu, c’est ça qui est enseigné ? Je ne pense pas. Je pense que les pasteurs font le travail qui leur est, qui est attendu d’enseigner la Bible et aider les gens à changer les comportements, pas le contraire. Donc je pense qu’ils sont dans leur rôle.Malheureusement, ils tombent sur des personnes qui ont des vulnérabilités. Ils ont aussi le droit d’intervenir. Mais quand il y a des cas qui les dépassent, bien vouloir référer chez un spécialiste comme un psychologue.
Alphonse Jènè














